‹ 1814Chapitre 32 sur 178 · Correspondance de Napoléon · texte numérisé non relu

Correspondance de Napoléon

2. Correspondance de Napoléon, 21362, 21364; Reg^istre de Berthi«r (ordres et lettres, Troyes, 21 et 25 février). Arcb. de la guerre.

3. Marmont à Berthier, Vindé, 24 ferrier (au soir). Ar^h. lUit., AF., ir, 16«i9. Correspondance de Napoléon, 21 367. — Fain (p. 146' commet une grave erreur en disant que Napoléon reçut la lettre de Marr^out aeulemeat daa* U nuit da M aa t1.

flancs ou à masquer par une feinte offensive une retraite sur Châlons*?A tout hasard, cependant, l'empereur prit ses mesures pour profiter une fois encore de la témérité de Blûclier, si celui-ci prononçait son mouvement dans la direction de Paris. Ney, Victor et Arrighi reçurent l'ordre de se porter b premier à Arcis, le second à Méry, le troisième à Nog•ent^ Enfin le lendemain 27 février, à sept heures du matin, l'empereur arrêta son plan. Les desseins de Bliicher n'étant désormais plus douteux, Napoléon ne risquait plus de se laisser entraîner à un faux mouvement en marchant sur ses traces ^ Vers midi, l'empereur quitta Troyes avec sa garde *. Il allait renouveler sa belle manœuvre du milieu de février, à cette différence qu'au lieu d'attaquer l'armée de Silésie sur son flanc

1. Correspondance de Napoléon, 21367 et 21387 :« ... Il paraît bien évident que lorsque Bliicher n'aura plus les ponts sur l'Aube et qu'il verra des corps entre lui et Vitry, il renoncera à toutes ses opérations, si toutefois il en a eu d'autres que de regagner Chàlons, 27 février, 3 heures et demie du matin. »

— Cf. la lettre de Berthier à Victor, 26 février... « Dans peu d'heures l'empereur verra plus clair dans ses aifaires pour vous envoyer de nouveaux ordres... » Registre de Berthier. Arch. de la guerre.

2. Correspondance de Napoléon, 21368, 21369, 21373; Registre de Berthier, à Ney, Victor, Arrighi, Marmont, 25, 26 et 27 février. Arch. de la guerre.

3. Marmont prétend [Mémoires, VI, 198-199 et 207) que Napoléon eut le tort de ne pas se mettre en marche aussitôt qu'il fut instruit du mouvement de Bliicher, c'est-à-dire le 25 février dans la matinée. Si, en effet, l'empereur eût dès ce jour-là porté toutes ses troupes au delà de l'Aube, il eût gagné trente-six. heures ; par conséquent il eût atteint l'armée de ISilésie le 1" ou le 2 mars entre la Marne et l'Ourcq et il l'eût certainement détruite (les forces étaient égales, et les Prusso-Russes étaient pris entre deux feus). Mais Napoléon, le 25, n'était point suffisamment renseigné sur les desseins de Bliicher pour risquer un faux mouvement en opérant contre lui. Si, comme le pensait Napoléon, Bliicher cherchait seulement à regagner Châlous, il n'y avait aucune utilité à le suivre dans cette direction. Tout ce que pouvait faire Napoléon, et il le fit, c'était de prendre ses dispositions pour être à même de se porter contre Blùcher dès qu'il serait assuré de ses intentions.

— C'est une erreur de Thiers (XVII, 428-429) de dire que Napoléon « ne partit que le 27 de Troyes, de sa personne, parce qu'il devait donner à ses troupes le temps de marcher ». La Correspondance (21367, 21387, 21390, 21391.. 2 1392) et le registre de Berthier (ordres du 25 au 27 février) prouvent que IVapoléon hésita deux jours à suivre Blûcher et qu'il ne s'y décida que le 27 à 7 heures du matin.

4. Registre de Berthier (lettres à Priant, Nansouty, etc.,Troy«s, 9 beurea ia matin, 27 févriec). Corretpondance de Napoléon, 21395.

LK COMBAT DE BAR-SDR-AUBE. liî

il l'attaquerait sur ses derrières, tandis que les têtes do colonnes prussiennes seraient aux prises avec Marmont et Mortier, qui venaient d'opérer leur jonclion. Bliicher semblait condamné.

Quant à l'armée de Bohème, l'empereur laissait quarante mille hommes à Macdonald pour la contenir derrière l'Aube'. Au reste, cette armée était démoralisée et en pleine retraite. Il n'y avait pas apparence qu'elle reprît soudain l'offensive, à moins que Schwarzenberg ne connût le départ de Napoléon *. Mais ce départ, l'empereur espérait bien le lui cacher. Ordre fut donné à Macdonald et à Oudinot défaire croire par tous les moyens possibles que Napoléon était encore sur la ligne. Son logement devait être préparé ostensiblement en arrière de Bar, et l'on devait répandre le bruit de son arrivée pour le lendemain. Tout en ne s'engageant pas au delà de l'Aube, les maréchaux s'efforceraient de ne point montrer à l'ennemi qu'ils étaient sur la défensive. En cas d'attaque, enfin, les soldats crieraient : Vive l'empereur' ! Le duc de Vicence lui-même devait être de complicité avec Napoléon pour abuser les Alliés. « Il est convenable, lui écrivait l'empereur, que vous disiez que je suis à Bar et que vous dirigiez là tous vos courriers; car il est de la plus haute importance que l'ennemi ne doute pas que je ne sois entre Bar et Vendeuvre *. »

1. Jasqa'aa 27 février, les f corps (Gérard), T» corps (Oodinot) et ll*corp« (Macdonald), relevant tons trois du commandement direct de Fempereur, étaient indéoendanu les uns des autres. En quittant Troyes, Napoléon défera le commandement en chef au duc de Tarente comme plus ancien en grade que le duc de Reggio. Registre de Berthier (lettre à Macdonald, 27 février). Arch. de la guerre. — Pour le chiffre de 40000 hommes, voir • 18U », p. 81 2*, 7* ei 11* corps d'infanterie (moins la brigade Pierre Boyer) : 30082 hommes, 2*, &• et 6* corps de cavalerie : 9510 hommes.

2. « . . . Xespère que j'aurai le temps de faire une opération avant <m rennemi s'en aperçoive et marche en avant... ■ Correspondance 21396.

3. Registre de Berthier (lettres à Macdonald et à Oudinot, 27 févriar). *. Corrmpondmiue d* \<u>oUon. 21397.

Vaines précautions ! Vingt-quatre heures avapt que l'empereur qtilLIût Troycs et dix-huit heures même avant qu'il s'y fût résolu, le roi de Prusse était informé de ce départ imminent. Le 26 février^ vers midi, Frédéric-Guillaume, qui se trouvait à ce moment avec le ptince de Schwarzenberg à Golomboy-lesdeux-Égliscs, reçut une dépêche du quartier général de l'armée de Silésie. Cette lettre annonçait que Napoléon, se préparant à opérer contre Bliicher avec la majeure partie de ses troupes, avait seulement détaché deux ou trois corps vers l'Aube, à la poursuite de la grande armée'. Les Austro-Russes n'avaient donc devant eux qu'un rideau. C'était là sinon une fausse nouvelle du moins une nouvelle prématurée. L'opinion de Bliicher n'était fondée que sur des présomptions, puisque le 2o février, jour oii la lettre fut expédiée, pas un seul Français n'avait encore passé l'Aube. Aussi peut-on voir dans l'envoi de cette dépêche une ruse du vieux maréchal. Opposé en principe à la retraite de la grande armée, et appréhendant pour lui-même une attaque de Napoléon, il s'efforçait d'amener Sehwarzenberg à reprendre FofFensive: le mouvement des Austro-Russes obligerait l'empereur à concentrer toutes ses forces entre Troyes et l'Aube, et le commandant en chef de l'armée de Silésie, désormais tranquille pour ses derrières, marcherait en sécurité sur Paris.

Au conseil de guerre tenu à Bar-sur-Aube, il avait été résolu que la grande armée reprendrait l'offensive aussitôt que Napoléon se tournerait contre Blucher^ En communiquant à Sehwarzenberg la dépêche du

J. Danile'vrsïj, Feldzug tn Frankreich, I, 169.

2. Protocole de la délibération du 25 février, cité par Bogdauoxritscli, II, 314.* ... La continuation de là retraite dépendra des circonstances. » CL Dajiil3-:7sky, I, 166 ; Bernhardi, IV, 519-520; Plotho, 111,231.

LE COMBAT DE BAtl-SUR-ACBl. liS

quartier général prussien, Frédéric-Guillaume lai rappj'la celte décision. Le prince dut céder. Au reste, comme tous les généraux alliés, il redoutait non l'artnée françjiise mais son chef, et l'audace lui revenait à mesure que Napoléon s'éloignait. — L'empereur avait bien le droit de dire : « J'ai cinquante mille hommes et moi, cela fait cent cinquante mille hommes*, m — Les diiïérents corps de la grande armée firent demitour. L'attaque générale fut fixée au lendemain matin. Dès le soir même, le comte de Wrède tenta uno attaque vigoureuse sur Bar oii étaient entrées depuis quelques heures les deux divisions de Gérard. Les Bavarois convenablement reçus se retirèrent en désordre, perdant plus de deux cents hommes'.

Selon les apparences, celte attaque indiquait pour le lendemain un retour offensif; d'ailleurs les paysans signalaient un mouvement général des Autrichiens dans la direction do l'Aubo *. Mais abusé par les prisonniers qui disaient tous que l'armée continuait sa retraite, Oudînot établit ses troupes comme s'il fût à vingt-cinq lieues do l'ennemi. Les divisions Levai et Rothembourg et la cavalerie du général Saint-Germain bivouaquèrent entre Moutier et Ailleville, à cheval sur la route et le front tourné vers Bar, qu'occupait le corps de Gérard. Dans cette étroite vallée de la rive droite de l'Aube, les troupes d'Oudinot avaient à leur droite la rivière, à leur gauche les hauteurs de Vernonfays. De plus, leurs derrières pouvaient être menacés, car la division Pacthod et la cavalerie de Kellermann que le duc do Reggio aurait dû établir, telle-là à la tête du pont de Dolancourt, celle-ci vers

1. ConTersation aree le général Poltaratiky, citée par Uanilevsky, I, 101. 1. RApport d Oudinot k Beribier, Ailleville, i6 février, 5 heures da aoir. Arch. nai., AF., rv, 16^9. Cf. Plotho, UI, 235- Î3:; Dandewsk/, 1, 170. 3. Journal d« I& division Levai. Arch. dé la gaerre.

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Arsônval, étaient restées en deçà de l'Aube*. Puisque Oudinot, dépassant les intentions de Napoléon qui voulait qu'on défendît la ligne de l'Aube et non qu'on franchît cette rivière^, s'était imprudemment avancé sur la rivp droite, au moins aurait-il dû y prendre une position moins vicieuse. Celle-ci était également mauvaise pour l'offensive et pour la défensive, entre des hauteurs qu'il faudrait enlever et une rivière où l'on risquerait d'être acculé. Au reste, Oudinot condamna lui-même la position qu'il avait choisie, car dans la nuit il fit repasser l'Aube à toute son artillerie qui alla parquer à Magny-le-Fouchard — à douze kilomètres du gros des troupes! C'était à toute son armée que le maréchal aurait dû faire repasser l'Aube. Autrement il lui fallait garder son artillerie, appeler les trois mille chevaux de Kellermann et porter incontinent la division Levai sur les hauteurs de Vernonfays. Un des brigadiers du 7' corps, le général Maulmont, dit sans rire que le maréchal Oudinot fit retirer les batteries « parce qu'elles auraient été un embarras en cas d'attaque'. » Mais livrer bataille sans canons, n'est-ce pas le pire des embarras ?

Le matin du 27 février, l'armée ne prit encore aucune disposition de combat, bien que les avant-postes, d'accord avec les paysans revenus derechef avertir le maréchal, eussent signalé la présence de l'ennemi. Pour convaincre le maréchal de l'imminence d'une attaque, il fallut qu'une reconnaissance de cavalerie

1. Rapports d'Oudinot à Berthier, Ailleville, 26 février, et Magny-le-Fouchard, 27 février. Arch. nat., AF., iv, 1 669. Ordres de Gressot, chef d'étatmajor d'Oudinot, 26 février. Arch. de la guerre.

2. « Prenez une bonne position ep arrière sur l'Aube, occupez Bar-sur- Aube par une bonne arrière-garde ; soyez prêt à faire sauter le pont de Dolancourt », etc. Registre de Berthier (lettres à Macdonald et à Oudinot, 27 février). Arch. de la Guerre. — Ces ordres du 27 au matin ne furent pas connus d'Oudinot avant le combat de Bar. C'est pourquoi nous disons qu'il dépassa les intentions de Napoléon et non qu'il enfreignit ses ordres.

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