LE COMBAT DE BAR-SUR-A'JBE
On raconte que, pendant la bataille, les soldats français se voyant engagés sans artillerie crièrent à la trahison. Celle croyance persista môme assez longtemps parmi les paysans do l'Aube*. Rica n'est si absurde! Mais il faut cependant reconnaître que le duc de Rcggio montra dans cette affaire d'abord une imprévoyance, ensuite une indécision tout à fait condamnables. Oudinot pouvait choisir de bonnes positions : il prit les plus mauvaises. Il pouvait livrer bataille presque à forces égales* : il arrangea les choses de telle sorte que les trois seules brigades d'Espagne et la seule cavalerie de Kellermann — en tout 7 200 fusils et 3 800 sabres — furent opposés cinq heures durant et sans aucune artillerie aux 26 000 Russes et Autrichiens du prince de Wiggenstein et du général Wolkmann! Les Français auraient en vain crié : Vive l'empereur! pour tromper l'ennemi. A la façon dont la bataille était engagée et conduite, il était évident que Napoléon ne commandait pas.
La retraite d'Oudinot découvrait complètement
brigades d'Espagns et la cavalerie de Kellermann, seales tronpes d'Oadinot eDgagées, qa'ime perte de ISOO hommes. Ea admeitaot qae le corps de Gérird ait de son coté perdu 700 hommes (la siiuacioo da 5 mars faisant défaut pour ce corps, uous devons nous borner à donner on chiffre approxi- Batif), le toul serait an plus de 3 500 hommes.
1. Poagiat. r Invasion dan* VAube, 47, 48, i9 : « En passant k Troyes, le cnriendemain de cette affaire, on entendait les soldats accuser hautement le maréchal de les avoir trahis et fait massacrer... Les habitants de l'Aube conservent encore, en se rappelant les nombreuses accusations des soldats qui furent les victimes de cette odieuse défectioa, la même indignation contre û maréchal qu'à i instant de la bataille. >
î. Russes : corps Wiggenstein : ÎIOOO hommes. Cairassiers de Kretow : 1700. Renforts autrichiens détachés du corps de Wrède qui attaquait Baœ, défendu par Gérard : brigade Wolkmann (8 bataillons) : 4 000 hommes. Total : 36 700. Tableau de la composition de la grande armée alliée. Arcb. k^fîraphiques de Saint-Pétersbourg, 22 SM.
Français : division Levai: 5100 hommes. Brigade Chassé (d'Espagne), 1500. Division 'iothenbonrg : 2600. Division Pacthod : 4 000. Artillerie : 1100 iiommes et 51 bouche» à feu. Cavalerie de Kellermann : 3800. Cavalerie de Saint-Germain : 2400. Total: 215ÛC. Situations dea SI, »7 fémer •t 1* mars. Arcb. de la guerre.
Macdonald qui, le 27 février, marchait de Fontette sur la Ferlé-sur-Aube. Par bonheur, la belle contenance de son avant-garde imposa aux têtes de colonnes du prince royal de Wurtemberg. Conformément aux ordres de Schwarzenberg datés de la veille, et lui enjoignant de reprendre l'offensive, ce général avait porté au delà de l'Aube une partie de ses troupes. Les Wurtembergeois repassèrent la rivière et ajournèrent leur attaque au lendemain. Mais le lendemain, les reconnaissances envoyées sur la gauche par Macdonald afin de se lier avec Oudinot, ayant rapporté qu'elles avaient rencontré des partis ennemis, le duc de Tarente pressentit que les 7* et 2' corps battaient en retraite sur Vendeuvre et Troyes. Comme il ne lui convenait pas de rester en l'air, il se retira également sur Troyes par la route de Bar-sur-Seine. Dans cette marche son arrière-garde fut souvent engagée avec l'ennemi qui talonna les Français de très près. Macdonald arriva dans la journée du 3 mars à Troyes, où il opéra sa jonction avec les corps du duc de Reggio et du général Gérard, désormais placés sous son commandement *.
Napoléon reçut le 2 mars la nouvelle de la défaite d'Oudinot^. L'empereur était alors à la Ferté-sous- Jouarre, en pleine opération contre Bliicher qui s'était mis en retraite à son approche et qu'il se flattait d'atteindre le lendemain ou le surlendemain. Le mauvais succès du combat de Bar-sur-Aube était fait pour irriter et pour inquiéter Napoléon, mais non pour déranger ses plans. Si l'armée française avait abandonné la ligne de l'Aube, elle tenait encore celle de la Seine. Or, en raison de la prudence et de la len-
1. Rapports de Macdonald à Napoléon, Bar-sur-Seine, 2 mars, et Châtr», 4 mars. Arch. de la guerre et Arch. nat., AF., ir, 1669. i. Correspondance de Napoléon, 21 Ud