‹ 1814Chapitre 38 sur 178 · MARCHE DE BLÙCHER SUR PARIS · texte numérisé non relu

MARCHE DE BLÙCHER SUR PARIS

blirent à Meaux, résolus d'y défendre à tout prix la rive droite de la Marne. Après une première attaque, les Russes se retirèrent. Bliicher, renonçant à forcer le passage de la Marne sous le feu des deuy maréchaux, rallia ses troupes dans la nuit du 27 au 25 février à la Ferté-sous-Jouarre, où il leur fit traverser la rivière. Il les porta de là dans la direction de l'Ourcq de façon à prendre à revers les Français postés devant Meaux*.

La brusque retraite des Russes et l'examen de la carte révélèrent à Marmont le plan de Bliicher. Dans la matinée du 28 février, il quitta sa position et marcha avec Mortier surLizy-sur-Ourcq. Le corps de Kleist, tête de colonne de l'armée de Silésie, avait déjà franchi rOurcq et s'était solidement établi à Gué-à-Tresme, derrière la Thérouanne. Les deux maréchaux attaquèrent. Après une heure d'un furieux combat, les Prussiens pliant de tous côtés, se retirèrent à plus de huit kilomètres en arrière, par la route de la Ferté- Milon. La nuit était venue. Mortier proposa de s'arrêter jusqu'au lendemain sur la position conquise. Marmont, stratégiste plus sagace, représenta au duc de Trévise que leur succès serait sans effet s'ils n'occupaient point avant le jour la rive droite de l'Ourcq. Mortier se porta à Lizy-sur-Ourcq ; Marmont s'avança un peu plus loin, au-dessus du village de Mav, que Kleist, restant toujours sur la rive droite de l'Ourcq, avait dépassé dans sa rapide retraite *.

Le lendemain, 1" mars, Blucher, dont toute l'armée était arrivée au bord de l'Ourcq, prit ses dispositions pour passer cette rivière qui lui barrait la route de Paris. Ardent comme l'était le feld-maréchal, son

1. Ordres de marche de Blûcber, 27 et 28 février, cités par Plotho, in, 271, tn. Rapport d'un agent de la guerre k Clarke, 27 février. Rapport de Mai>- ■lont à Berihier, 28 février. Arch. de la guerre,

2. Rapporta de Marmont à Berthi,er et à. Clarke, May, l" mars; lettre d« Mortier à Clarke, LÛ7-sar-Oarca, l**'mars. Arch. de la guerre. Plotbo, m, 27».

esprit ne pouvait concevoir, sa vanité ire pouvait souffrir qu'une poignée de Français s'avisât do di-sputer le pasâige d'un méchant ruisseau à une armée de cinquante mille hommes commandée pa»' lui en personne. L'ennemi exécuta trois attaques simultanées. Sacken fit une énergique démonstration sur Lizy que défendait Mortier, tandis que Kleist, par la rive droite de l'Ourcq, et Kapzéwitsch, par la rive gauche, tentaient d'enlever les positions do Marmont à May et à Crouy*. Prussiens et Russes furent également bien reçus, d'autant mieux reçus que, pendant la nuit, il était arrivé de Paris aux deux maréchaux six mille hommes de troupes fraîches *.

Bliicher voulait renouveler l'attaque le lendemain', mais dans la nuit du 1" au 2 mars, il apprit par les coureurs du général Tettenborn* des nouvelles qui le forcèrent à changer complètement ses dispositions stratégiques. Il devait renoncer à l'offensive et battre en retraite au plus vite. Napoléon marchait sur lui à grandes journées. Parti de Troyes le 27 février, l'empereur arriva le 28 à Sézanne; le 1" mars il était à Jouarre, avec son avant-garde à la Ferlé-sous-Jouarre,

1. Marmont à Clarke, May, 1" mars, 3 heures du soir. Arch. de la guerre ; Marmont à Napoléon, Neufchelles, 3 mars. Arch. nat., AF., iv, 1670. Journal de Langeron. Plolho, IH, 274-275; — Langeron avoue 406 tués ou blessés pour le seul corps de Kapzé-witsch.

2. Division provisoire de jeune garde (Porret de Morvan) : 4879 hommes; division provisoire de cavalerie de la garde (Boulnoir) : 1 026 hommes; une compagnie d'artillerie : 150 hommes. Clarke à Napoléon, à Marmont, à Mortier, 2S février; Ornano à Berthier, 28 février; et Fabvier à Marmont, 27 février. Arch . de la guerre.

3. Ordre de marche de Bliicher pour le 2 mars, Fulaines, 1" mars (soir), cité par Plolho, III, 275. Cf. Clausewitz, Feldzug in Frankreich, 436.

4. Tettenborn battait l'estrade entre l'Aube et la Marne. Attaqué le 28 février au matin près de la Fère-Charapenoise par les dragons da Roussel, il se retira sur Vertus et Épernay (Journal de Langeron. Arch. de Saint-Pétersbourg et Journal de Roussel. Arch. de la guerre). A Vertus, il envoya, le 1" mars, à Bliicher plusieurs courriers pour l'informer que Napoléon marchait sur les derrières de l'armée do Silésie (lluflliug, Kriegsgesch. de» Jahrei 1814, II, 84). Une de ces dépêches, prise pAr nos coureurii, s* trouve aux Archives nationales, AF.,iv, 1663.

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et le 2 au malin, il so portait de sa personne au bord de la Marne*. L'arméo impériale comptait environ trente-cinq mille combattants. L'empereur avait avec lui Victor et les divisions de jeune garde Charpen. lier et Boyer de Rebeval; Ney et les divisions de jeune ^arde Meunier et Curial et la brigade d'Espagne Pierre Boyer; Priant et la vieille garde; Dulauloy et la réserve d'artillerie; la division du duc de Padoue; enfin six mille cavaliers de la garde et des dragons d'Espagne sous Belliard et Grouchy*. Si Bliicher n'avait eu la prévoyance de faire détruire le pont de la Ferté, Napoléon, dans la journée du 2 mars, fût tombé sur l'armée de Silésie en pleine retraite. « Si j'avais eu un équipage de ponts, écrivait-il ce jour-là au duc de Feltre, l'armée de Bliicher était perdue'. » En effet, lorsqu'il apprit la marche de Napoléon, le feld-maréchal n'eut plus qu'une idée, celle de se dérober au plus vite à l'étreinte menaçante de l'armée impériale. Il s'en explique sans réticences dans l'ordre général daté de Fulaines, le 2 mars : «... Comme l'empereur Napoléon j venant d'Arcis, a passé le 28 février à Sézanne et qu'on ignore s'il traversera la Marne à Meaux, à la Ferté-sous-Jouarre ou à Chûteau- Thierry; comme, en ces circonstances, notre jonction avec les généraux de Biilow et Winzingerode devient de la plus haute importance; marcheront : le corps

1. Registre de Bsrthier, ordres du 27 février au 2 mars. Arch. delà guerre.

2. Divisions Charpentier et Boyer de Rebeval ; 12 555 hommes: divisions Meanier et Curial : 2244; brigade Pierre Boyer: 1912; division Priant: 6 600; division du duc de Padoue : 4 000; réserve d'artillerie : 1000. Total pour l'infanterie et l'artillerie : 28 291.

,"avalerie de Groucbj : division des dragons de Roussel: tl74; 2»et3*di- .^ ons de cavalerie de la garde : 3168. Ayant rejoint Tarmèe le 3 mars :

600 lanciets polonais, fotal pour la cavaleria : 5942 hommes. Total général :

34233 hommes.

Rapport de Drouot k Napoléon, Fismes, 4 mars. Musée des archives natio»

nales; situation de la division de Arrighi an 16 février; situation de lacara»

lerie 'signée Belliard), 2 mars, et Correspondance de Napoléon, 21431.

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