‹ 1814Chapitre 41 sur 178 · SITUATION CRITIQUE DE BLÙCHEK · texte numérisé non relu

SITUATION CRITIQUE DE BLÙCHEK

C'était l'idée que Bliicher avait la veille*. Mais la veille, il comptait sur des renforts, et ces renforts faisaient défaut. Le second parti était d'accélérer la retraite, d'atteindre l'Aisne par le chemin lo plus direct et de passeï cette rivière soit à Soissons, soit sur un pont de bateaux. Mais Bliicher n'ignorait pas que Soissons était aux Français, et il ne pouvait songer à emporter cette place en une journée. Il ne pouvait pas davantage, en une journée, établir un pont et y faire défiler son armée. Or une journée, c'était toute l'avance qu'il eût sur Napoléon; si l'armée de Silésie perdait vingt-quatre heures devant l'Aisne, elle ne pourrait éviter la bataille. Le troisième parti coH" sistait à gagner Laon par Villers-Cotterets et Vicsur-Aisne, mais ce mouvement était excentrique. Le quatrième parti, enfin, était de se dérober aux Français par la route du nord-est. Bliicher remonterait l'Aisne jusqu'à Berry-au-Bac, oh il traverserait la rivière sur le grand pont de pierre nouvellement construit. Mais là encore, Blucher risquait de se heurter à Napoléon, qui manœuvrait de façon à déborder la gauche de l'armée de Silésie si elle restait en position derrière l'Ourcq et à lui couperla retraite par Berry-au-Bac ou Reims si elle filait do ce côté'.

L'armée de Blucher était dans le pire état de fatigue et de misère. Depuis soixante-douze heures , les troupes avaient livré tnis combats et fait trois marches de nuit. Depuis u le semaine, elles n'avaient reçu aucune distribution. Depuis le 22 février, plusieurs régiments de cavalerie, nommémentles dragons de Lithuanie, n'avaient point dessellé; beaucoup de chevaux étaient fourbus, presque tous étaient blessés

1. MQffling, Au$ meinem Leben, 123-184; Bogdano-witsch, I, 300. ï. Registre de Berthier (ordres de» 3 et 4 mars, à Grouchy, Drouot, Ney, Victor, etc.), et Grouchy à Marmont, Fismes, 4 man. Arch. de la guerre.

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au garrot. Des trains d'artillerie s'embourbaient dans les chemins défoncés; les conducteurs en étaient réduits, pour continuer leur marche, à abandonner des caissons de munitions qu'ils faisaient sauter. Les fantassins allaient pieds nus et en guenilles, portant des armes rouillées. Exténués et affamés, ces soldats marchaient sans ordre, murmurant contre leurs chefs et vivant à la fortune du pillage \

Avec une pareille armée , et les renforts attendus faisant défaut, Bliicher ne pouvait s'arrêter à Oulchy pour y livrer bataille. D'autre part, Soissons était fermé. Restait donc la retraite par Berry-au-Bac. Mais bien que Bliicher ne pût être informé encore du mouvement de Napoléon sur Fismes, il hésitait à entreprendre avec toute son armée une marche de flanc toujours périlleuse. Après bien des hésitations, il s'arrêta à un moyen terme, qui consistait, si la chose était possible, à passer l'Aisne sur plusieurs points : les bagages, l'artillerie et une partie de l'infanterie passeraient à Berry-au-Bac; les autres troupes sur un pont de bateaux qu'on établirait entre Soissons et Yailly*. En conséquence, le 3 mars, à six heures du matin, il fut prescrit aux commandants de corps d'armée de diriger leurs bagages sur Fismes et leurs troupes sur Buzancy. A Buzancy, ils attendraient des ordres. Le mouvement devait commencer à midi pour les bagages, de trois à quatre heures seulement pour l'infanterie. Ce retardfment s'explique par la nécessité oii se trouvait Bliicb er de laisser à ses soldats

1. Droysen, Lehen des Feldmarschalls York, III, 332. Grouchy à Napoléon, X" mars. Arch. de la f^nerre. Cf. manuscrit de Brayer. Arch. de Soissons. . La veille au soir, 2 mars, Bliicher avait déjà envoyé à Bûlow (à tout hasard, car il ne savait pas l'endroit précis où celui-ci se trouvait) une lettre où, en même temps qu'il lui ordonnait d"arrêier son mouvement sur Paris et de se joindre à lui, il lui demandait où l'on pourrait jeter un pont sur l'Aisne vers Buzancy. Lettre de Blûcher à Bûlow. citée par Varnhageu, Leben des Gênerais Bûlow, 359.

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