SITUATION CRITIQUE DE BLUCHEL
une demi-journée de repos. En même temps qu'il dictait ces ordres à Gneisenau, le feld-maréchal envoyait ua aide de camp avec mission de voir où Ton pourrait jeter un pont sur l'Aisne. Bliicher en personne devait se rendre de bonne heure à Busancy, décider du lieu où le pont serait établi et faire tenir aux colonnes des ordres définitifs pour le passage*.
A peine cette disposition, qui trahit assez l'embarras où se trouvait Blûcher, était-elle communiquée aux chefs de corps, que le feld-maréchal reçut enfin des nouvelles de ses deux lieutenants. Une estafette, venue à franc étrier, lui remit vers sept heures du matin cette lettre de Winzingerode, datée du bivouac devant Soissons, 3 mars, cinq heures du matin : «J'apprends que Votre Excellence se retire par Oulchy. Soissons étant occupé par l'ennemi et une tentative de prendre cette place ayant échoué hier, je ne puis croire autre chose, sinon que Votre Excellence se dirigera sur Reims par Fismes. Dans ces circonstances, je crois bien agir en faisant traverser par la plus grande partie de mon infanterie l'Aisne à Vailly, où Biiiow a jeté un pont Pour moi, j'attendrai le point du jour devant Soissons avec une division d'infanterie et toute ma cavalerie, et s'il n'est rien survenu de nouveau d'ici là, je me mettrai en route au lever du jour pour Fismes*. »
Ces nouvelles n'étaient pas, il s'en faut, celles qu'attendait Bliicher. Ses ordres si précis du 25 février, relatifs à la marche sur Paris par Fismes et
1. Ordra de marche du 3 mars, cité par Plotho, III, 281. Cf. Milffling, 124. Les commandants de corps devaient attendre des ordres à Buzancy, Blûcher
■'ayant pas encore résolu l'endroit où il jetterait an pont, s'il en jetterait un. ^on, 21436. Cf. Bogdanowitsch, I, 311 et 315. — Le prmoe uagaiiuc, surpris à Reims dans la nuit du 4 au 5 par Corbinean, battait en retraite snr Laoo, par Berry-au-Bac, avec quelques troupes. 11 arriva au pont de Berry juste a'i moment de l'attaque de Nansouty.
2. Registre de Berthier (ordres des 5, 6 et 7 mars). Arch. de U guerr*.
Oulchy, n'avaient pas été exécutés. Winzingerode ayant appris, le 27 lévrier, le mouvement offensif de Napoléon, avait jugé que dans ces circonstances il importait à Blûcher d'avoir sa retraite par l'Aisne assurée. Or, le meilleur passage do l'Aisne pour l'armée de Silésio, c'était le pont de Soissons. Il avait donc écrit à Bulow, l'engageant à se porter de Laon sur Soissons, tandis que lui-même s'y porterait de Reims : la place, attaquée par la rive droite et par la rive gauche, serait enlevée en vingt-quatre heures, et les deux généraux marcheraient alors, s'il y avait lieu, au secours de Bliicher. Biilow avait acquiescé au plan de Winzingerode\ Le 1" mars, les deux corps s'étaient mis en marche; le 2, ils avaient investi Soissons; mais le 3, comme on l'a vu par la lettre de Winzingerode à Bliicher, cette ville, qui semblait faire bonne résistance, nes'étaitpas rendue, et, comme on l'a vu par la même lettre, le commandant de l'armée russe, désespérant d'enlever la place en temps opportun, se disposait à lever le siège*.
Certes, il y avait là de quoi surprendre et irriter Bliicher (sa colère fut vive, à entendre Miiffling). Non seulement Winzingerode n'avait pas suivi ses instructions et avait ainsi empêché la concentration à Oulchy, qui était l'objectif indiqué ; non seulement il n'avait pas pris Soissons, ce qui eût justifié en une certaine mesure l'inexécution des ordres reçus; mais encore, sachant la situation périlleuse où se trouvait l'armée de Silésie, au lieu de réunir toutes les troupes
1. Lettres de Winzingerode à Bûlow, et de Baio^ à Winzingerode, 28 fé- Trier 1814, citées par Bogdanowiisch, I, 305.
2. Lettre précitée de Winzingerode à Blûcher. « J'attendrai le point da jour devant Soissons, et, s'il n'est rien survenu d'ici là, je me mettrai en route... » — On ne saurait exprimer plus nettement l'idée de lever le siège. Mùffling dit aussi que Blûcher était d'avis de lever Itt siège si la place ne s* rendait pa« dans la jouméo.