RftnDort de Moreau, et rapport du conseil d'enqaét
des officiers fut invité à donner son avis. Le chef de bataillon de Saiut-IIillier prit le premier la parole, comme le moins élevé en grade. II interrogea d'abord le colonel Strols sur ses ressources en munitions. Celui-ci ayant répondu qu'il avait 3000 gargousses et 200 000 cartouches*, Saint-IIiliier dit que s'il en était ainsi, on pouvait et on devait tenir encore. D'une part, l'ennemi n'avait pas fait brèche au corps de place, et deux jours peut-être se passeraient avant que le canon entamât sérieusement les remparts ; si la garnison avait subi des perles, elle comptait néanmoins un nombre d'hommes suffisant pour la défense et ils étaient animés du plus grand courage. D'autre part, on avait dans la soirée entendu le canon au loin, ce qui indiquait l'approche d'une armée de secours. Le plus strict devoir commandait donc de prolonger la défense au moins pendant vingt-quatre heures, ce qui, àson avis, étailpossible'.Saint-Ilillier, paraît-il, cédant à quelque sentiment de timidité dont il fut plus tard blâmé par le conseil d'enquête, n'osa pas découvrir toute sa pensée, qui était-celle-ci : N'y avait-il pas corrélation entre la canonnade entendue dans la soirée et l'insistance des Alliés à proposer une capitulation, insistance tout à fait extraordinaire puisque l'ennemi était certain de s'emparer de la place sous deux jours? Dans la conjoncture, la reddition de Soissons ne pouvait-elle pas être de la plus grave conséquence pour la marche générale des opérations ' ?
Le colonel Kozynski, appuyant énergiquement la
1. Saint-HilUer à Clarke, prison da rAubave, 7 mars. Arch. d« la guerre (carton des capitulations). Rapport du conseil' denquêt*.
2. Rapport du conseQ denquète, et Saini-Hillier k Clarke, 7 mars. — Moreau dans son rapport ne parle naturellement pas de la motion de Saint»
riiihor.
a. iCappori du conseil d'enquête, 24 mars. Arch. do la gaem.
motion de Saint-Hillier, dit qu'il fallait tenir jusqu'à la deruièro oxlrémité. « — Mes soldats sont braves, ajouta-t-il, j'en réponds un contre quatre. » Le colonei Strols, qui parla ensuite, opina ég-alement pour la résistance, mais sans chaleur et sans conviction. Seul i'adjudanl-commandant Bouchard se prononça nettement pour la reddition. Le général Morcau était un' irrésolu. Il se sentait raffermi paries avis énergiques de la majorité de son conseil comme une heure auparavant il avait été gagné par les insidieuses paroles de Mertens. Saint-Ilillier reprit la parole et dit que « soit en négociant, soit en combattant, il fallait tenir encore au moins vingt -quatre heures m. Le conseil et Moreau lui-même l'approuvèrent. Il fut décidé que l'on demanderait un délai. Uouchard rédigea dans ce sens une réponse à Biilow et l'on se disposa à se séparer*.
Saint-nillier quitta le premier la salle des délibérations. A peine était-il sorti qu'un nouveau parlementaire se présenta chez Moreau. C'était le colonel russe Lowenstern, qui avait eu mille difficultés à passer les grand'gardes do la porto de Reims, moins accessibles, paraît-il, que celles de la porte de Grouy. D'ailleurs, Lowenstern n'avait quitté les cantonnements russes qu'à une heure du malin^ Sauf Saint- Ililiior, tous les membres du conseil étaient encore présents Moreau rouvrit la séance et fit introduire le parlementaire*. Lowenstern était porteur de cette
1. Saint-TTillier k Clarke, 7 mars. Arch. de la guerre (carton des capitula tions). et. Rapport du conseil d'enquête (dossier de Moreau). 9. Mémoires manuscrits de Lowenstern, cit. par Beruhardi, IV, 413 sqq.
— Lowenstern conte avec beaucoup de détails tous les subterfuges qu'il dut employer pour entrer dans Soissous.
3. Manuscrit de Lowensiern. Cf. lettre de Saint-IIillier à Clarke, 7 mars,
— Beaucoup de détails donnés par Saint-Hillier sont confirmés par un rapport d'un ingénieur des Ponts et Chaussés qui se trouvait k Soissons, les 2 et 3 mars. Arch. nat., F. 7,4290.
LA CAPITCLATION DE SOISSOIfS. 151
lettre de Winzingerode : « Avant de donner l'assaut et pour sauver Soissoas des horreurs du pillage et du massacre, je propose à M. le commandant de Soissons de rendre la ville à l'armée combinée du nord de l'Allemagne. L'honneur militaire no commande pas une résistance contre une force aussi disproportionnée et dont les suites immanquables resteront toujours à la responsabilité du commandant*. »
Cette sommation où se succédaient les mots d'assaut immédiat, de pillage et de massacre, intimida de nouveau le général Moreau et jeta le trouble dans l'esprit de Strols. Quant à Bouchard, il s'était déjà prononcé pour la capitulation. Saint-Uillier absent, Kozynski se trouvait seul à conseiller la résistance, et, en sa qualité d'étranger, il n'avait pas voix délibérative. Lowenstern voyant l'effet produit par le ton de la lettre de son général s'empressa de dire : « — Dans deux heures, nous serons dans la ville, dussions-nous nous frayer un passage sur les ruines et les cadavres. Réfléchissez, messieurs, que dans une bataille on reçoit les vaincus à composition, mais qu'après l'assaut tout tombe sous le sabre, Soissons et ses habitants seront la proie de nos soldats *. » Moreau prit alors Lowenstern à part et lui annonça qu'il était disposé à capituler mais sous certaines conditions. La ville n'aurait à payer aucune contribution et serait préservée du pillage; la garnison se retirerait avec armes et bagages*. Lowenstern ne demandait qu'à tout accorder pourvu que la ville fût évacuée. Il se rendit à l'instant au quartier général russe et en revint presque aussitôt apportant à Moreau cette nouvelle lettre de Win-
1. Winzingerode h Horean. deTUit Soissons, 18 fATirier, S mars. Archires d« lA gnerre (dossier de Moreso).
2. Maanscrit de Lowensteri. Cf. Rapport de Itoreaa et rapport dn ooasei d' enquête.