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RETOUR OFFE!«SIF DB NAPOLÉON SUR L^AUBE

seul, — et sa sagacité habituelle n'était pas en défaut', — mais quelque parti que ])rît Blucher, les résolutions de l'empereur n'en seraient point modifiées. Après être resté insensible à la nouvelle de le prise de Bordeaux, Napoléon envisageait froidement l'éventualité de la prise de Paris, oii tout était réglé pour le départ du gouvernement*. Il ne considérait plus ce malheur que comme un accident de guerre dont les conséquences seraient de peu de poids auprès de îa destruction totale de la grande armée ennemie. Que Paris suive ses destinées. La capitale de l'empire est désormais le quartier impérial.

1. Dans la matinée dn 20, Tamperenr fait écrir* k Mannont « de le rejoindre si Blûcher reprend lotTensive »; mais il ajoute : « Il n'est pas possible que Blùcher lasse aucun mouvement otfensif. Il faudrait que Blûcher fût fou pour tenter aucun mouvement sérieux. • {Correapondance, 21 522 et Registre de Berihier, 20 mars.) Vers 11 heures du matin ayant appris par une lettre du duc de Trévise (Mortier à Berthier, 19 mars, 5 heures du matin. Arch. de la guerre), que Blûcher a passé l'Aisne, Napoléon fait récrire de nouveau à Marmont • qu'il ait sur-le-champ à se retirer par Châlons afin que nous soyons tous groupés ». (Correspondance. 21 524 et Registre de Berthier.) Cette fois l'ordre n'est plus conditionnel. Marmont doit livrer la route de Paris. Mais Napoléon montre dans cette lettre ses pressentiments que Blûcher ne manœuvrera pas contre Paris, que tous ses efforts tendront à se réunir à Schwarîenber^. Et en effet, comme on le verra plus loin, tel était le but de la manœuvre du général prussien, que ses défaites de Montmirail et Vanchamps et le péril couru devant Soissons avaient guéri des marches aventureuses.

2. C(. Corretpondanee de Napoléon, 21210, 21497; et Fain, 185 et 203: ■ ... Depuis l'ouverture de la campagne on n'a cessé de prévoir cette extrémité (l'occupation de Paris); Napol*>on a, fait tous les efforts pour se lamili.-iriser avec les résolutions qu'elle comporie. Ses plans sont faits en cous«- 'luance... •

Le prince de Schwarzenberg- n'était point avare d'ordres et de contre-ordres. Il donnait parfois trois dispositions différentes dans la même journée, et encore changeait-il la troisième le lendemain, croyant toujours que le meilleur parti à prendre était celui qu'il n'avait point pris. C'eût donc été miracle que ce maréchal se tînt vingt-quatre heures à ses instructions delà soirée du 18 mars, en vertu desquelles les Austro- Russes devaient se replier sur Troycs puis sur Tranne? et Bar-sur-Aube. Informé le 19 au matin que l'arricre-garde du comte de Wrède avait repassé l'Aube à Arcis sans être inquiétée par les Français, qui cependant marchaient la veille dans celte direction, il conclut de cela que Napoléon se portait sur Brienne et il pensa à l'arrêter devant la petite rivière de la Voire. Les troupes reçurent l'ordre de se concentrer entre Lesmont et Braux, le front vers Dommartiu et Donnemont*. Mais dans l'après-midi arriva au quartier général un rapport de Kaizarow sur le combat de Plancy. Loin de se porter sur Brienne, comme se l'imaginait Schwarzenberg-, Napoléon avait passé l'Aube en aval d'Arcis, vraisemblablement pour marie Ordre g<^n<^ral de Schwarzenberg pour le 20 mars. l'oue;j, 19 mar», 9 heures du inaiiii, cité par Plotho, Der Krieg in Frankreich tSI4, III, 320.

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cher sui Troyes. Délivré de ses inquiétudes pour son flanc, et jugeant périlleuse la position de l'empereur, qui avait à dos une riv>3re et un marais, Schwarzenberi? fut pris soudain d'un accès d'éne»*gie. Non seulement il arrêterait sa retraite, non seulement il n'éviterait pas le combat; il le provoquerait. A neuf heures du soir, il envoya aux commandants de corps d'armée Tordre de masser leurs troupes entre Troyes et Chaudrey et de marcher de concert, le lendemain à onze heures du matin, sur Plancy et Méry, à la rencontre de Napoléon *.

Cette disposition qui n'avait rien d'audacieux, puisque, en réalité, il s'agissait d'attaquer avec cent mille hommes vingt mille soldats adossés à une rivière, marquait néanmoins une certaine résolution. Or on était si peu accoutumé chez les Alliés au moindre acte d'énergie de la part du général en chef, que cet ordre inattendu frappa toute l'armée d'étonnement. On alla mémejusquà ^«surer que Schwarzenberg ne pouvait en avoir eu l'idée lui-même, qu'il avait obéi aux conseils ou à la volonté d'autrui;etron nommait leczar, le général Radelzky, le général Toll, le comte de Wrède, le prince de Wurtemberg*. La vérité, c'est que l'empereur Alexandre n'apprit la disposition que dans la nuit ou dans la matinée du lendemain, et qu'il fut fort mécontent et fort effrayé quand il la connut; c'est que ni Toll, ni Wurtemberg, ni Radctzky, ni aucun autre n'influencèrent Schwarzenberg. Schwarzenberg prit cette résolution de lui seul; à lui seul on en doit rapporter l'honneur. Comme le constatent la plupart des historiens allemands et russes, le prince de

1. Ordre général de Schwarzenberg pour le 20, Pongy, 19 mars, 9 heure* énsoir, cité par Schels, Die Opemzionen der verbûndeten Utert qege» Paris l. 3.r^ 333. Cf. Clausewiu, Ler Feldzug von I8N.U6.

2. Cf. Ricbter, Gesehichte des deutzchen Freiheitskriegeê, III, SS7 ; Bo^dan»- «luch, Gtsckichte des Krieges 4SI*. U. 30.

Schwarzenberg rendit ce jour-, à un éclatant service aux Alliés. La retraite sur Trannes eût gravement compromis la grande armée, si peut-être elle ne l'eût conduite à tous les désastres d'une déroute jusqu'au Rhin^

D'après des instructions complémentaires du prince de Schwarzenberg, toutes les troupes devaient être arrivées à hauteur, à sept heures du matin. Vers onze heures, trois coups de canon et un grand feu allumé sur les hauteurs de Ménil, où se tiendrait l'étatmajor général, donneraient le signal de la marche en avant. Mais les premiers ordres de concentration étant parvenus à une heure avancée de la nuit, les différents corps d'armée ne se mirent en mouvement qu'assez tard dans la matinée. A peine si à neuf heures débouchèrent de Troycs les colonnes de Wurtemberg, de Gyulai et de Rajewsky. Seul, le comte de Wrède occupait de bon matin Chaudrey, position qui lui était assignée à l'extrême droite de la ligne, et il avait poussé à Arcis et jusqu'au bord de la Barbuisse quelques escadrons de Frimont^

Le général Sébastiani, dont les deux mille six cents chevaux (divisions Colbert et Exelmans) formaient l'avant-garde de l'armée impériale, leva ses bivouacs de Bessy entre neuf et dix heures du matin. Les lanciers de Colbert débusquèrent sans peine de la rive droite de la Barbuisse les Cosaques de Kaizarow et hs Bavarois de Frimont, qui se retirèrent au galop, les premiers sur la route de ïroye^, les seconds dans

1. Cf. Claiisewitz, 446-447 ; Danilewsky, II, 65 ; Damitz. III, 1" part., 359.Thielen, 295; Schùlz, XIII, 1" part., 31-34; Bernhardi, IV, 2» part., 279. Relation de Diebitsch. Arch. de la guerre, k la date du 24 mars. — Les plus dignes de foi parmi les auteurs de Mémoires et les plus sérieux parmi les historiens s'accordent, on le voit, pour attribuer la dispositioa à Schwarzenberg seul, et p wr constater l'opportunité de cette résolution.

2. Ordre général de Schwarzenberg pour le 20 mars, Pougy," 20 mari, » heures du matin, cité par Schels, I, 315-346. Cf. Plotho, III, 325-326.

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la direction d'Arcis. Sébastiani continua sa marche vers cette ville, évacuée à son approche par la cavalerie bavaroise; il y entra à onze heures. Pou d'instants après, /e maréchal Ney arriva à Arcis par la rive - ciuche de l'Aube, avec les divisions Janssens et Rouseau, tandis que les gardes d'honneur de Defrance et les cuirassiers de Mouriez (1" brigade des escadrons réunis) y arrivaient par la rive droite*. Les mouvements de la cavalerie de Frimont, qui bien plutôt indiquaient une retraite de la grande armée que des préparatifs d'attaque, ne pouvaient inquiéter Ijs généraux français. Ils prirent position à Arcis

1. Sébastiani àBerthier, Arcis, 20 mars. 11 heures du matin. Ordre de Ney, rcis, 20 mars (11 h. et demie du matin). Cl. Correspondance de I^aDoUon, . 523, et Registre de Berthier (à Mouriez et k Defrance, 20 mars, 9 heures . i matin). Arcb. de la guerre.

Presque tous les historiens prétendent que dès leur arrivée à Arcis, Sébaaani et Ney presseaUreut une attaque imminente et qu'ils en prévinrent >âpoléon à Flaucy. Or la lettre précitée de Sébastiani à Berthier ne trahit icune inquiétude : « Trois à quatre mille chevaux ennemis, écrit-il, sont •vani moi, et te retirent par la route de Brienne. Tous les Cosaques ■ !!s hier se sont retirés sur la route de Troyes. Je vais faire suivre Ten- ;aii dans ces deux directions. • L'ordre de Ney témoigne plus encore de ■■■ sécurité où se croyaient les deux généraux : « Aussitôt que la tète de cojnne sera arrivée, on fera passer sur la rive droite de l'Aube. L'artillerie j.-quera près de la ferme des Vasseurs (direction de Mailly). Le a* lé- ■T restera de garde devant le château de l'empereur. Dès que le batailla de service sera arrivé, le 2* léger passera sur la rive droite de l'Aube. » . est bien évident que, si Ney eût appréhendé quelque attaque, il n'eût ;jas fait pas^^er ses troupes sur la rive droite, ni fait parquer son artillerie. Ce fut seulement peu après l'arrivée de sa tête de colonne, probableuieat vers midi, que, inquiète par les rapports des paysans, il révoqua ses ordres et disposa ses troupes en bataille, entre Arcis et Torcy. Ce qui prouve encore que Napoléon ne fut point prévenu à Plancy d'un retour offensif de l'ennemi, c'est que, passé midi, il prit par la rive gauche pour se rendre à Arcis. S'il n'eût pas continué à croire à la retraite des Austro-Russes, il fut certainement passé par la rive droite, aân de ne point risquer da ae faire enlever par les Cosaques.

Les historiens commettent une erreur plus grave encore en disant que Nay irriva par la rive droite et passa ensuite sur la rive gauche, car ce mouveent eût indiqué alors le de&sein de Napoléon de poursuivre les Au!,troiiusses. Mais la Correspnmlance, le Registre de Berthier et l'ordre de Ney marquent expres^iémeat, au contraire, que le prince de la Moskowa arriva par la rive gauche pour passer sur la rive droits. Ainsi tombe l'accusation > de présoibption et de folle témérité • portée contre Napoléon par ia plupart des écrivains miUiairea.

et en firent réparer le pont. La cavalerie de la g-ardf» poussa deux reconnaissances sur le^ routes de Troyes et de Brienne, les gardes d'honneur et les cuirassiers éclairèrent les routes de Châlons et de Vitry et la rive droite de l'Aube.

Vers une heure, Napoléon devançant la vieille garde, arriva à Arcis, par la rive gauche de la rivière, avec un seul escadron de service. Déjà le prince de la Moskowa et le général Sébastiani étaient sur le qui-vive. Les reconnaissances n'avaient rien signalé de menaçant, mais d'après des rapports do paysans, des masses ennemies approchaient. A toute éventualité, Ney et Sébastiani prirent des dispositions pour tenir la rive gauche de l'Aube, jusqu'à la venue de l'empereur. Sébastiani déploya sa cavalerie en avant d'Arcis. Ney établit ses troupes à deux kilomètres à l'est de cette ville, à Torcy-le-Grand, oii une attaque de ûanc était à redouter. La division Janssens se plaça en première ligne, en avant du village; la brigade Rousseau en réserve, entre Torcy et Arcis.

Napoléon persistant à croire à la retraite de l'ennemi commen>^a par traiter de chimères les rapports des paysans. Néanmoins il envoya en reconnaissance sur la route de Troyes un de ses officiers d'ordonnance avec un escadron. S'il était vrai que Schwarzenbergse disposât à attaquer, la cavalerie de Sébastiani et l'infanterie de Ney auraient le temps de repasser l'Aube, et le pont détruit, on défierait derrière cette rivière tous les efforts de Tennemi, d'autant qu'on attendait sous peu d'heures la vieille garde, la réserve d'artillerie, le corps de Lefebvre-Desnoëttes et les 2*^ et 3* corps do cavalerie en marche vers Arcis par la rive droite. Malheureusement le jeune capitaine chargé de la reconnaissance n'alla pas assez loin sur le petit plateau qui s'élève en pente douce

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