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devant Arcis et dont le terrain, très ondulé au £onimcl, peut dérober à la vue des divisions entières. II revint bientôt rendre compte à l'empereur que quel' ques partis de Cosaques étaient seuls en présence. C« rapport concordait trop bien avec l'idée de Napoléon pour qu'il n'y ajoutât pas foi; il donna l'ordre à Sébasliani de ne point bouger et il se porta de sa personne à Torcy pou^ inspecter les positions du marécbal Ney '.
Moins rassuré que l'empereur par cette reconnaissance, trop rapidement opérée à son gré, le général Sébastiani voulut voir de ses yeux ce qui en était. Il s'élança au galop sur la route de Troyes, suivi de deux escadrons et bien résolu à percer, s'il le fallait, le rideau des Cosaques. Mais à peine eut-il atteint les premières sommités du plateau qu'il aperçut à portée de canon de grandes masses de cavalerie. C'étaient tout le corps des Cosaques de Kaizarow et les cinquante-six escadrons de Frimont qui, après avoir attendu trois heures le signal de l'attaque, commençaient à s'ébranler '.
L'occupation d'Arcis par les Français était la cause de ce long retard. Ce mouvement, qui obligeait le comte de Wrède à reculer sa droite et toute l'armée à étendre son front, avait déconcerté Schwarzenberg, Retombé dans son irrésolution coutumière, il hésitait à livrer bataille. Au reste, l'air soucieux et réprobateur du czar ne semblait point fait pour l'y encourager. Alexandre était à la fois fort étonné et fort mécontent qu'au lieu de battre en retraite selon le plan arrêté dans la soirée du 1 8 mars, le général en chef eût marché contre Napoléon. En arrivant avec le roi de Prusse Bur le plateau de Ménil, le czar affecta de ne poloi
t. v.'f. Hlotfao, m, 326; Koch, II, 65-66; Bogdanovitsch, II, 33. S. Cf. Bogdaaowitsch, H. 36-37 ; iScLeU, I, ni ; Kodi, II, 66.
S'approcher du prince de Schwarzenberg. Il le salua dv ioiu, puis mettant pied à terre il dit d'un ton irrité aux généraux Toll et Barclay de Tolly : « — Je voudrais bien savoir pourquoi le maréchal a changé encore une fois toutes les dispositions ? Comment l'armée n'a-t-elle point continué la retraite sur Trannes ? » ToU répondit : « — Si Napoléon avait débordé notre droite, hier matin, par Arcis, au lieu de se porter sur Plancy, l'armée aurait continué sa retraite vers Trannes. Mais comme il a perdu au moins vingtquatre heures par sa marche sur Plancy, il nous a donné le temps de concentrer nos troupes entre Troyes et Pougy et la possibilité de frapper un grand coup. Nous avons l'avantage du terrain, car nous pouvons manœuvrer à notre guise au lieu que l'ennemi est acculé à une rivière bordée de terrains marécageux. » Peu convaincu par ces arguments, Alexandre répliqua : « — Napoléon va nous amuser ici au moyen de feinies démonstrations tandis qu'il nous tournera par Brienne avec le gros de son armée ! » Puis jugeant que le seul corps de Wrède ne suffirait pas à tenir la droite, il ordonna à Barclay de Tolly de hâter la marche des réserves russes *.
La journée s'avançait. Non moins inquiet peutêtre que le czar, mais ne voulant point laisser voir ses craintes, et estimant d'ailleurs qu'il était trop tard pour reculer, Schwarzenberg se décida vers deux heures à donner l'ordre d'attaque. C'est au moment où les Austro-Russes se mettaient en mouvement que la reconnaissance de Sébastiani atteignit le plateau. Le o'énéral revint bride abattue à Arcis, rassembla ses deux divisions, et sachant bien que surtout pour la cavalerie la meilleure défense est l'attaque, il les lança
1. Bornhardi, IV, 2' part. 279-280. Cf. Bogdanowitsch, II, 17.
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H la rencontre de l'ennemi. La division Colbert, qui m-irchaitcn première ligne, fut accueillie par la miaillc des batlcries légères placées sur le front des scadrons de Frimont. En même temps les Cosaques lie Kaizarow, soutenus par un régimeni, de hussards autrichiens, poussèrent une charge à fond sur le flanc 'l'oit des chevau-légers de la garde. L'odieux cri de : uve qui peut! éclate dans les rangs. Saisis de panique, les cavaliers de Colbert prennent la fuite et viennent donner dans la division E,\e!mans placée en seconde ligne. Les lanciers et les dragons plient sous ■ choc, puis rompus et désunis, ils tournent bride à iir tour et s'enfuient ventre à terre vers Arcis, poursuivis par les Cosaques *,
De Torcy, Napoléon entend la canonnade. Il met •n cheval au galop et suivi seulement par quelques officiers et im peloton d'escorte, il court à Arcis. Au moment d'y arriver, l'empereur est submergé par les flots des cavaleries française et ennemie presque confondues. U met Tépéoà la main, se dégage et se réfugie dans le carré du bataillon de la Vistule. Les solides baïonnettes des Polonais arrêtent hussards et cosaques ; leurs feux de trois rangs les font reculer, A peine le terrain est libre que l'empereur abandonne le carré. Il s'élance, il vole dans Arcis où déjà ses cavaliers crdus encombrent les rues qui aboutissent à l'Aube, -lapoléon passe au milieu deix comme un boulet, les devance à la tête du pont et là, se retournant soulin et leur faisant face, il crie d'une voix tonnante : — Qui de vous le passera avant moi! ))A ce mot, Lvalanche des fuyards s'arrête. L'empereur les rallie, les reforme et les ramène contre les escadrons ennemis, qui reculent nais qui reviennent aussitôt à la
1. Journal des opérations de Barclay do ToUy. Arcb. topog^aphiques d* Saintr-Peierabourg, a» 29188. Schela, I, 351-352.
charge'. Napoléon n'a que deux mille six cents sabre;» pour résister à plus de six mille, et les cavaliers de Frimont et de Kaizarow sont appuyés par une artillerie formidabh et ils ont derrière eux une armée entière. L'empereur risque d'être refoulé dans Arcis, pris ou jeté à la rivière.
L'infanterie de Ney ne peut lui venir en aide, car elle-même est aux prises à Torcy-Ie-Grand, avec tout le corps du comte de Wrède. Soixante-douze canons écrasent les Français sur leur front, tandis qu'à leur gauche les colonnes d'attaque se succèdent à l'assaut. Les Austro-Bavarois ont débusqué de Torcy la division Janssens. Le maréchal Ney ne se laisse pas ainsi enlever une position. Il entraîne la brigade Rousseau, aborde le village à la baïonnette, culbute les Autrichiens dans les rues et les rejette par une poursuite à outrance jusqu'en arrière de Torcy-le-Petit. Mais les forces de l'ennemi croissent de quart d'heure en quart d'heure, et son artillerie fait dans les rangs français des vides que l'on ne peut combler*. Le péril est extrême. La vieille garde dont on signale au loin la tête de colonne arrivera-t-elle à temps?
Les bonnets à poil apparaissent enfin de l'autre côté de l'Aube. Chasseurs,, grenadiers et gendarmes d'Espagne franchissent le pont au pas de charge et débouchent par la grande rue d'Arcis. Napoléon envois comme renforts au prince de la Moskowa deux bataillons de gendarmes et un de grenadiers, puis guidant lui-même la garde sur le terrain labouré de boulets, il la range en bataille face à la route de Troyes. Pendant qu'il indique les emplacements, un obus tombe juste devant le front d'une compagnie ; quelques sol-
1. Cf. Fain, 191. Lettre du raameluck Roustan, Gaxette de France da *9 avril 1814. Pougiat, le Département de l'Aube en 1814,401-402 ; Koch, II, 68; Bogdanowitsch, li, 37-38.