LE 26 JANVIER
proscrit trois fois pendant les guerres
de la révolution française
par les diverses tyrannies
a participé a quatre-vingt-trois combats
ou batailles blessé huit fois (1)
la vie est la condition de la mort
l'univers a toujours Été
et sera toujours ce qu'il est !
Il eût été plus exact d'écrire simplement : c La mort ne saurait être le dernier mot de la vie. d Plus que toute autre, en effet, Tâme ardente et fière d'Allix avait éprouvé ce besoin d'immortalité qui tourmente l'homme ici-bas, comme un rappel providentiel de ses destinées supérieures. A qui, plus qu'à lui, la pensée d'un éternel oubli a-t-elle lourdement pesé ? Sur ce mystère douloureux, où, suivant le mot d'un grand penseur, « le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas, » le cœur même d'Allix s'est chargé de donner la réplique aux maximes creuses et païennes d'un philosophisme qui ne saurait prévaloir contre les plus nobles aspirations de l'esprit humain.
(1) Ces blessures durent être légères, car outru que ses états de service n'en parlent point, Allix se vante lui-même, dans une de ses lettres au ministère, d'avoir a environ quatre-vingts combats ou batailles sur le corps, sans une blessure. » — Arch. de la guerre.
Le général avait ordonné que sa poitrine fût ouverte après sa mort, que son cœur en fût extrait, puis porté à son hameau natal de la Renardière, en Normandie. Là on devait l'insérer dans un granit indestructible et le sceller sous le seuil de l'humble maison paternelle. Ses instructions furent ponctuellement exécutées. Une dalle tumulaire, également en granit, recouvrit le funèbre dépôt et servit de seuil nouveau à la porte d'entrée de l'habitation ; l'inscription suivante y fut gravée :
« Ici repose le cœur de Mr Jes-Aldre-pois Allix, né à Percy, le 22 décembre 1768, membre de l'Académie des sciences de Gœthingue, lieutenant-général, chevalier de l'ordre royal de la Légion d'honneur et de celui de Saint-Henri de Saxe, décédé en son château de Bazarnes, département de la Nièvre, le 26 janvier 1836(1).»
En 1866, le cœur, ainsi que la dalle gravée qui le recouvrait, furent transportés dans le cimetière de Percy, où ils se trouvent aujourd'hui : c'est la preuve qu'il ne faut pas attacher son cœur aux choses qui passent.
Cependant, il est du devoir de la patrie de perpétuer, autant qu'il est en son pouvoir, le souvenir des vieux serviteurs du pays; sa reconnaissance aime à entourer d'une auréole la mémoire des braves de la grande épopée; elle veille sur leur tombeau avec l'attention jalouse de ce fier grenadier que le ciseau du fils de Pajol, général comme lui, a su si bien sculpter dans l'allure d'une faction farouche au seuil du sépulcre de son glorieux père. C'est encore là une immortalité relative, propre à relever les âmes vers la patrie éternelle, vers l'idéal, et à exciter l'ardeur d'une jeunesse guerrière, en la portant au mépris d'une vie égoïste, sceptique et molle. C'est pourquoi nous
(1) CeUe dalle est de forme rectangulaire, presque carrée. — Voy. App. n' VIlI, le procès-verbal de dépôt dressé par la municipalité de Percy. — J'adresse ici tous mes remerciements à M. lé secrétaire de la mairie de Percy, qui a bien voulu me transmettre ces divers renseignements.
souhaitons que la tombe du général Âllix ne périsse pas. Il appartient à Tune de nos sociétés militaires, gardiennes si fidèles de l'honneur national, d'assurer d'une manière digne de nos armées, la conservation des restes mortels de rémule de Pajol, du défenseur de la ville de Sens, du héros de la campagne de l'Yonne (1).
SIEGES DE SENS— ORDRES et PROCLAMATIONS
ORDRE adressé, le 23 Janvier Î8Î^, à tous les maires de V arrondissement, par M. de la Tour du Pin, sous-préfet de Sens. — Embrigadement des gardes champêtres.
Messieurs,
Au reçu de la présente, vous donnerez l'ordre au garde champêtre de se rendre à Sens, le 26 de ce mois, pour être passé en revue par moi, conjointement avec ceux de l'arrondissement.
(1; Nous avons emprunté les principaux éléments de ce simple exposé de la carrière du général Allix aux sources suivantes :
Mes Souvenirs, militaires et politiqueSt par le lieutenant général d'artillerie ÂLLIX, membre de l'Académie des sciences de Gœtlngen, insérés dans \e Journal des iciences militaires, tomes X-XXVII (1828-1832>« vingt-neuf articles.
Système d'artillerie, par le lieutenant-général Allix.
Notice nécrologique sur le général Allix, par le général G. de Vaudoncourt. Journal des armes spéciales, t. III, 1836.
Archives administratives delà guerre. Dossier et lettres d'AUix.
Biographie Didot et Dict. de la conversation, v Allix.
Il existe de grandes contradictions entre ces divers documents, et le récit
Votre garde champêtre doit être muni de poudre, de balles et d'un fusil simple ou à deux coups.
Si le garde champêtre ne possédait pas ce fusil, je vous autorise à le requérir de personnes de votre commune qui en possèdent.
Vous aurez soin que le fusil soit propre à faire un bon
service et de nature à bien porter la balle (1).
J'ai l'honneur, etc.
Latour-Dupin .
PROCLAMATION affichée dans la ville de Sens, par le général Allix. — La journée de Brienne.
Le 31 janvier 1814. — Le général commandant à Troyes, mande, sous la date de ce jour, que l'Empereur, après son premier succès de Saint-Dizier, avait complettement battu la grande armée ennemie à Brienne, dans la journée du 31 janvier. Si quelqu'un doutait de ce fait, il est invité à passer à la sous-préfecture, où il prendra communication de la lettre du général (Hamelinaye) et de celle du maire de la ville de Villeneuve-sur- Vanne à cet égard (2).
(Signé :) Allix.
DÉFENSE de communiquer avec Vennemi ou d'abandonner les travaux des fortifications.— Mise en activité de la garde nationale et des anciens militaires.
Le 5 février, le général Allix fit imprimer, publier et affî-
de M.Vaudoncourt renferme plusieurs inexactitudes, du moins en ce qui concerne le siège de Sens. La meilleure manière de porter un jugement sur Allix est encore de le lire. En dehors des documents inédits que nous avons fait connaître, il a beaucoup écrit pendant sa retraite, soit sur des questions d'artillerie, soit sous forme de pamphlet. La bibliothèque nationale conserve neuf plaquettes émanées de sa plume.
(1) Pièce extraite d'une relation de M.'Tarbé, imprimeur. J'en dois la communication à l'obligeance de M. Roblot, architecte, qui possède un fragment de cette relation.
(2) Relat. Tarbé. Ibid.
cher les avis suiyants, dans la ville et toutes les communes de l'arrondissement de Sens :
AVIS
Les citoyens sont prévenus que la loi porte la peine de mort contre quiconque communique avec Vennemi.
AVIS
« La garde nationale est mise en activité, elle est sous les ordres de Af. le commandant de la place.
Le commandant de la garde nationale fournira la suite des états de situation à V état -major de la 18^ division militaire. Tout officier y sous-officier et soldat sera traité, relativement à la discipline, conformément aux dispositions du code militaire.
Le présent sera communiqué à M. le maire, pour ordonner r exécution sous sa responsabilité personnelle.
(Signé :) Allix.
L'instruction suivante fut imprimée à la suite :
Les individus compris dans la garde urbaine de Sens sont invités à se rendre sur-le-champ à Vinvitation, qui leur sera faite par leurs officiers, de se réunir chez eux aujourd'hui.
Les citoyens qui n'auraient pas encore déposé leurs fusils, sont invités à les confier aux gardes urbains qui en manqueront. Ils s'adresseront à la municipalité, qui leur indiquera ces gardes (1).
De son côté, le sous-préfet fit publier l'avis suivant, qui fut aussi imprimé et affiché : .
AVIS
Tout ouvrier, employé aux fortifications de la place, qui quittera son ouvrage, sans V autorisation de son chef, sera incarcéré.
(1) Rel. Tarbé. Ibid.
APPEL des anciens militaires par le général AlliXyô février,