‹ 1815-1915, du Congrès de Vienne à la guerre de 1914Chapitre 1 sur 14 · LE PRINCIPE DE L'ÉQUILIBRE EUROPÉEN · texte numérisé non relu

LE PRINCIPE DE L'ÉQUILIBRE EUROPÉEN

ration de Bethmann-Hollweg- au Reichslag, la formule delà morale inlernalionale prussienne?) Le droit public dont Talleyrand se faisait le champion n'était, il est vrai, que le droit des rois. C'est en faveur du roi de Saxe, dont la Prusse convoitait les dépouilles, que Talleyrand invoquait « la légitimité », le droit héréditaire des princes sur leurs sujets.

Le royaume de Saxe et la Pologne, donnée sous le nom de grand-duché de Varsovie par Napoléon au roi de Saxe, étaient tous deux occupés par les armées prussiennes et russes. Alexandre voulait garder toute la Pologne (sauf la Galicie, attribuée déjà à l'Autriche). La Prusse désirait s'annexer tout le royaume de Saxe par droit de conquête; elle proposait de transférer le roi à l'autre bout de l'Allemagne, sur la rive gauche du Rhin, dans les anciens domaines ecclésiastiques repris à la France, territoires vacants puisqu'ils n'appartenaient à aucune dynastie légitime. L'Autriche et l'Angleterre s'y opposèrent, non par respect du droit, mais par esprit de rivalité, et si violemment que les quatre Alliés parurent sur le point (en janvier 1815) de se diviser en deux ligues ennemies. On finit par s'entendre : mais à cette occasion, pas plus que dans les arrangements antérieurs, il ne fut question ni de consulter les habitants des territoires, ni même de tenir compte de leurs désirs ou de leurs affinités. Une « commission de statistique » fut chargée de faire la part de la Prusse en tenant compte de trois éléments, l'étendue du territoire, la valeur des recettes, le chiffre de la population. Elle opéra comme un expert découpe un domaine en lots à répartir entre des héritiers. Le lot de la Prusse fut fait de quatre morceaux séparés : la Posnanie détachée de la Pologne, une province arrachée au royaume de Saxe, les territoires ecclésiastiques de Westphalie, la province du Rhin. Aucune des quatre populations ne fut heureuse de son sort, ni les Polonais séparés de leur patrie, ni la province de Saxe enlevée à son roi, ni les Weslphaliens, ni les Rhénans, catholiques soumis à un maître protestant. Les souverains traitèrent entre eux, à la façon de

grands propriélaires, se répartissant les terres, les revenus, les tenanciers. De leurs sujets ils ne voulaient connaître que le nombre et la richesse. Les évaluations se faisaient suivant le chilïVe des âmes; le terme, enipiunlé à la langue des registres ecclésiastiques, n'impliquait aucun respect du sentiment ou de la volonté ; les âmes ne comptaient que comme appendices des corps.

Le règlement de 1814-15 fut donc Toeuvre exclusive des princes et de leurs ministres ; les nations n'y prirent aucune part. 11 fut, suivant l'esprit du « despotisme éclairé » du xviii^ siècle, dirigé uniquement parla « raison d'Etat », combinaison de convenances dynastiques, d'inlérêls des classes dirigeantes, de traditions, de conceptions théoriques dont le fond remontait au machiavélisme du xvi-^ siècle, imperméable aux sentiments et aux idées qui avaient inspiré les trois révolutions d'Angleterre, d'Amérique et de France.

Ce fut une œuvre de restauration, accomplie dansun esprit conservateur assez modéré. On n'essaya pas de restaurer l'Europe de 1789;' on ne ressuscita ni les républiques aristocratiques (Venise, Gênes, Je s Provinces-Unies), ni les villes libr£â,..d'Allemagne, pas même les Étals ecclésiastiques, malgré les protestations du pape. La France fut ramenée à ses limites de 17U2, mais on lui laissa la Savoie et les enclaves annexées depuis la Révolution. L'Angleterre gnrda ses conquêtes coloniales, le tsar ses agrandissements aux dépens de ses voisins, le grand-duché de Finlande, la Bessarabie, la Pologne dont il fit un royaume. Les acquisitions de l'Autriche et de la Prusse furent déguisées sous le nom de compensations. L'Autriche remplacja ses anciens domaines de Belgique et d'Allemagne occi<lentale par le Salzbourg, les possessions de Venise sur la côte de l'Adrialiqne et le royaume ; lombard-vénitien, de faç-on que son empire Ibrma désormais un^ternt pjre çqmpact. La Prusse, à la place de sa part de j Pologne pauvre, dépeuplée et hostile, reçut trois riches pro- j vinces allemandes qui portèrent sa domination jusqu'à la j frontière de la France. La Belgique fut réunie au royaume !

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