‹ 1815-1915, du Congrès de Vienne à la guerre de 1914Chapitre 2 sur 14 · LE PRINCIPE DE L'ÉQUILIBRE EUROPÉEN · texte numérisé non relu

LE PRINCIPE DE L'ÉQUILIBRE EUROPÉEN

napoléonien de Hollande pour former le royaume des Pays- Bas. La Suisse fut remise en possession de tous ses territoires, mais garda sa nouvelle conslilution. La Nor\ège, détachée du Danemark, lut donnée au roi de Suède.

Ce remaniement de l'Europe fut l'œuvre de gens qui avaient soulVert vraiment de la guerre et désiraient sincèrement en empêcher le retour. En ce point (mais en ce point seulement) il ressemblera à notre prochain règlement. Car ces politiciens de l'école de Machiavel, sceptiques sur l'elficacité du droit des gens, ne fondèrent la paix que sur le calcul des forces. Ils voulurent qu'aucun État ne fût assez fort pour être tenlé d'imposer sa domination au monde. Ils avaient déjà, avant la chute de Napoléon, dans le traité du 9 septembre 1815, affirmé l'intention d'assurer le repos de l'Europe « par le rétablissement d'un juste équilibre des puissnnces », puis annoncé au monde, tlans la déclaration du l*"' décembre 1815, « un état de paix » fondé sur une « sage répartition des forces ».

Ils rétablirent « l'équilibre européen » entre les « grandes puissances », qui passait, depuis un siècle, pour la garantie de la paix européenne. Cinq grandes puissances se faisaient contrepoids : l'Angleterre et la France rivales dans l'Ouest, — l'Autriche et la Prusse s'équilibrant au centre, — àlEst, une puissance unique, la Russie, dont l'énormité de territoire ét.iit compensée par la faiblesse économique. La masse de l'Europe centrale restait morcelée en petits États, trop faibles pour avoir une politique indépendante. En Allemagne, une trentaine de principautés et quatre villes libres formaient autant île petits Étais quasi souverains, unis seulement par le lien très lâche d'une confédéralion dans laquelle l'Empereur d'Autriche et les rois de Prusse, de Danemark et des Pays- Bas entraient pour une partie de leurs domaines. L'Italie, moins divisée (en huit Etats seulement, tlont trois très petits) était dépourvue de toute institution commune, de façon à rester, ce que voulait Melternich, « une expression géographique ». En Allemagne et en Italie, l'Autriche se réservait

la prééminence ; mais sa position privilégiée ne menaçait pas 'j la paix, car sa nature même d'État purement dynastique, assemblage de nations sans unité intérieure, l'obligeait à une j politique défensive.

Le concert européen et son caractère conservateur. — '

L'équilibre restauré fut renforcé par un accord permanent pour surveiller le trouble-paix, la France révolutionnaire. | Les quatre autres puissances en avaient posé le principe, pen- '< dant l'invasion de i814, par un traité d'alliance où elles s'engageaient à « se concerter sur les moyens les plus propres à ; garantir la paix ». Le retour de Napoléon les amena à pré- j ciser (25 mars 1815) l'engagement de « préserver contre toute atteinte l'ordre de choses si heureusement rétabli en Europe ». | Après la défaite de Napoléon à Waterloo et la seconde invasion, les vainqueurs imposèrent à la France, par le traité du 20 novembre 1815, en manière de précautions militaires, de nouvelles cessions territoriales. Pour affaiblir ses frontières, on lui enleva la Savoi^et, le long de l'Allemagne et de ^ la Belgique, plusieurs bandes de son .ancien territoire (Lan- | dau, Sarrebruck et Sarrelouis, Philippeville et Marienbourg). On construisit à ses frais, depuis Luxembourg jusqu'à Ulm, ] une ligne de forteresses fédérales confiée à des garnisons J allemandes. Pour surveiller la nation vaincue, les Alliés se promirent de tenir « des réunions consacrées... à l'examen • des mesures... pour le maintien de la paix de l'Europe » ; ils | se donnèrent expressément pour but l'an'crmissement en France de l'ordre de choses « fondé sur le maintien de l'au- ! torité royale et de la Charte » et « l'exclusion à perpétuité... \ de Napoléon et de sa famille ». i

Ce sont ces accords, conclus à Paris, que le public français i confondit avec les arrangements pris à Vienne sous le nom de « traités de 1815 ». ■

Ainsi fut achevée à Paris l'œuvre défensive du Congrès de '. Vienne, œuvre de la raison d'État, œuvre sage en somme, de cette sagesse sèche et bornée des diplomates qui connaissent ;

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