CONCLUSION
rable à la guerre. Ouand l'opinion piibli({ue soufllera dans le monde, jusqu'ici fermé, où vivent les diplomates, elle dissipera l'esprit de Machiavel et de Bismarck, l'esprit de ruse et de violence.
Renoncer à un pouvoir absolu, n'est-ce pas un trop grand sacrifice d'amour-propre pour ceux qui gouvernent? Ce sacrilice, on peut l'espérer dans les pays de régime parlementaire : les hommes d'État habitués à reconnaître des puissances audessus d'eux, le Parlement, le vote des majorités, les suffrages des électeurs, ne soufîriront pas trop de se soumettre • à des règles internationales. Mais les souverains des pays de régime personnel, élevés dès l'enfance à se sentir d'une essence supérieure et à ne voir dans les peuples que l'instrument de leur grandeur, habitués à vivre en uniforme, en compagnie d'officiers pour qui la guerre est la seule occupation honorable, comment accepteraient-ils de reconnaître audessus d'eux des règles dont toute la force réside dans l'opinion des sujets, leurs inférieurs? Gomment renonceraient-ils à faire respecter leur volonté souveraine par l'appel au canon, « la raison dernière des rois »? Ce n'est pas le moindre mal de ce régime que le penchant qu'il donne aux gouvernants pour la guerre ; nous ne le savons que trop, nous qui venons de voir la guerre la plus effroyable de tous les temps décidée par deux souverains qui certainement ne dépassent ni l'un ni l'autre en intelligence le niveau moyen de l'humanité.
Il est certain que la défaite des deux empires agresseurs, en détruisant la caste des officiers prussiens, la bureaucratie policière de Vienne, l'oligarchie magyare de Budapest, ruinera dans l'opinion même de leurs peuples le gouvernement personnel et l'absolutisme militaire et fera rentrer les nations de l'Europe centrale dans l'évolution générale des États civilisés. Il sera plus facile alors de plier leurs gouvernements à l'observation dune morale internationale. Quant a Tempereur de Russie, par une heureuse exception, pénétré de cet esprit pacifique qui est le fond de l'âme russe, il est prêt à accepter les règles nécessaires à la paix; il l'a prouvé
no prenant ((ui INIID) l'inilialivc de la propo.'^ilioii (Je limiLer les armements d'où sont sorties, aux deux conférences de la Haye, les seules tentatives pratiques faites jusqu'à ce jour pour éviter la guerre. Sa victoire, comme la défaite de nos ennemis, augmentera les chances d'une paix durable, à condition de prendre des garanties pratiques contre la Prusse qui, par ses déclarations comme par sa conduite, s'est ouvertement mise en dehors du droit international.
Que les gouvernements reconnaissent au-dessus d'eux, sinon des institutions positives, du moins l'autorité morale des règles internationales; qu'ils respectent les conventions politiques comme les particuliers respectent leurs engagements : qu'ils acceptent le contrôle mutuel de leurs armements; qu'ils soumettent sincèrement à l'opinion publique leurs négociations et leurs décisions, en se faisant aider par des délégations officieuses des parlements, les institutions internationales de la paix viendront d'elles-mêmes.
^'î. ''. — Impriini.-i-ie Laiiuue, rue de Fleiinis, !». à Paris.