Lefol, Souvenirs
escadrons de Jùrgass. Les tirailleurs du 1er poméranien font un feu si vif et si nourri qu'en quelques instants ils épuisent leurs gibernes ; les hussards qui les flanquent leur apportent leurs propres cartouches. La division Pirch II, que secondent les troupes fraîches de la division Brause et d'une fraction de la division KrafTt, assaillent Saint-Amand sur trois points. Les Français plient. Les débris de la division Girard abandonnent le Hameau; Lefol et Berthezène cèdent tout le nord de Saint-Amand ; Habert recule jusqu'à sa première position, à la gauche de ce village. Du moulin de Bussy où il est retourné, Blùcher voit le succès de ses troupes. Il peut se croire déjà maître du chemin de Fleurus et bientôt libre d'aller attaquer de flanc la réserve française, manœuvre qu'il médite depuis longtemps * .
Mais la jeune garde de Duhesme s'avance au pas de charge. Elle dépasse la division Habert et aborde avec un entrain superbe les Prussiens de Tippelskirch. Ceux-ci, fort maltraités, se retirent partie dans Wagnelée, partie dans le Hameau. Contenue par les chasseurs de Domon et les lanciers d'Alphonse de Colbert, que l'empereur vient de porter de la droite à la gauche du champ de bataille, la cavalerie de Jùrgass, peut seulement protéger la retraite de Tippelskirch sans rien tenter contre la jeune garde. L'inlassable division Girard, dont les quatre intrépides régiments, les 11e et 42° léger et 4e et 82e de ligne méritent bien d'être cités, fond encore sur le Hameau, d'où elle chasse les Prussiens pour la troisième fois. Lefol et Berthezène refoulent Pirch II hors de Saint-Amand.
1. Wagner, IV, 33-34. Cf. Rapport de Gneisenau. Damitz, I, 117-121.
Les Français sont de nouveau maîtres de tout le terrain jusqu'aux premières maisons de La Haye^. « Quels soldats ! écrit un royaliste émigré, présent à la bataille. Ce n'étaient plus les faibles débris d'Arcis-sur-Aube. C'était, selon le point de vue, une légion de héros ou de démons2. »
A l'aile droite, la cavalerie de Grouchy occupe Tongrinelle, et l'infanterie de Hulot attaque vigoureusement Potriaux3. Dans la fournaise de Ligny, les bataillons de braves fondent comme l'or au creuset. Gérard s'y est jeté avec sa dernière réserve, la deuxième brigade de Vichery. Blùcher y a fait relever la division Henckel par la plus grosse fraction de la division Krafft. On combat toujours avec la môme rage, Prussiens et Français passant et repassant tour à tour le ruisseau, pour la possession de l'église, du cimetière, de la ferme d'En-Bas et du château des comtes de Looz, où malgré l'incendie qui les gagne tiennent intrépidement deux compagnies de tirailleurs silésiens. Des soldats tombent d'épuisement. Krafft n'a plus l'espoir de résister longtemps. Il fait dire à Gneisenau que lui et Jagovv vont être cernés dans Ligny. « — Tenez encore une demi-heure, répond Gneisenau, l'armée anglaise approche4. » Illusion ou mensonge! car Blùcher va recevoir ou a déjà reçu une dépêche de Mùffling, l'informant que Wellington, aux prises