II
Du moulin de Fleurus à la hauteur de Pierrepont (point où devait se trouver Ney sur la route de Bruxelles) par Ransart et Gosselies, il y a 20 kilomètres 500 mètres, sur un bon chemin dont les pentes sont douces. On peut donc admettre que, sans presser son cheval, l'officier porteur de l'ordre dut aller d'un train de 10 ou 1 1 kilomètres à l'heure. — Dans les Documents inédits (41), le duc d'Elchingen fixe à 4 heures l'arrivée de cette lettre.
2. Van Lôben, 203-204. Relation de Reille. Mémoires du roi Jérôme, VII.69-75,
A la droite, la colonne de Bachelu avait traversé le petit vallon qui sépare les hauteurs de Gémioncourt de celles que couronne la route de Namur ; elle gravissait cette pente quand elle subit, presque à bout portant, le feu de la première ligne de Picton, embusquée dans les blés. La colonne s'arrêta, oscilla. Picton voyant l'hésitation des Français les fit charger à la baïonnette par la brigade Kempt qui les repoussa sans reprendre haleine jusque près de Piraumont. Là, cependant, mitraillés par les batteries de Bachelu et fusillés par le 108e de ligne resté en réserve, les bataillons anglais durent s'arrêter à leur tour et regagner au plus vite leurs premières positions. Dans leur retraite, ils soutinrent les charges des 1er et 6e chasseurs (division Pire). Les tirailleurs furent sabrés, mais les bataillons, rapidement ployés en carrés, ne se laissèrent point entamer. Le carré du 28°, abordé sur deux faces, semblait près de se rompre. Picton ranima ses soldats en criant : « — 28e, rappelez-vous l'Egypte M »
Les 42° (highlanders) et 44e, qui formaient la droite de Pack, furent moins heureux. Les lanciers de Pire, galopant à la poursuite des Brunswickois, aperçurent les habits rouges en bataille à l'angle des deux routes ; ils piquèrent droit sur eux et les rompirent sans toutefois les culbuter. Baïonnettes contre
Mûffling, Ausmeinem Leben, 10. Damitz, 198-199. Siborne, 109-117. — D'après une tradition rapportée dans les Mémoires de Jérôme, Brunswick aurait été blessé pendant qu'il haranguait la tête de colonne du 1er léger, pour l'engager à abandonner la cause de l'empereur. Le fait paraît peu probable, étant donnée surtout la haine que le duc de Brunswick avait vouée à tous les Français.
1. Relation de Reille (Arch. Guerre.) Lettres d'officiers des brigades Kempt et Pack. [Waterloo Letters, 348, 353-354, 358, 373-374.) Siborne, I, 111-112.
Ces mots : « Rappelez-vous l'Egypte! » étaient une allusion à la bataille de Ramanieh (21 mars 1801), où le 28e anglais résista aux charges désespérées de la cavalerie du général Roize.
LE FAUX MOUVEMENT DE d'eRLON 199
lances, une furieuse mêlée s'engagea; le drapeau du 44e fut pris et repris. Le colonel de Galbois avec le 6e lanciers perça jusqu'à la route de Namur, où il mit en pièces un bataillon hanovrien^.
Pour seconder son attaque, Ney comptait sur les 20,000 hommes du comte d'Erlon qui ne pouvaient tarder à déboucher de Frasnes. Mais par un enchaînement de fatalités ou plutôt par la conséquence logique de retards dans les dispositions préparatoires, d'ordres mal compris et mal exécutés, de contre-ordres inopportuns, ce corps d'armée tout entier allait lui manquer comme il avait manqué à Napoléon.
Le matin, d'Erlon avait concentré ses cinq divisions à Jumet (une demi-lieue en arrière de Gosselies) où il était de sa personne depuis la soirée de la veille avec les divisions Durutte et Donzelot2. Le corps de Reille sur lequel il devait serrer ne bougeant pas de Gosselies, il attendit des instructions. Un peu avant onze heures, il reçut l'avis de Reille de se préparer à suivre le mouvement du 2e corps; Reille l'informait d'ailleurs que lui-
1. Lettres d'officiers de la brigade Pack. (Waterloo Letters, 37G-379, 381.) Siborne, 117-122. Cf. Damitz, I, 1<J7-1!)S. — Le 42e eut en un instant son colonel tué et 284 hommes hors de combat. Galbois reçut une balle en pleine poitrine ; il resta à cheval et combattit le surlendemain à Waterloo.
2. D'Erlon à Soult, Jumet, 15 juin. (Arch. Guerre.) Cf. l'ordre de Delcambre (Marchienne, 17 juin, 3 heures du malin) de mettre immédiatement en marche la division Marcognet, « de façon qu'elle soit rendue à Gosselies au plus tard à G heures du matin ». (Arch. Guerre.) —Des ordres analogues furent certainement envoyés à la division Allix, qui se trouvait encore à Thuin, et à la deuxième brigade de Jacquinot arrêtée à Sobray. Ainsi, il n'est pas douteux que tout le 1er corps fut concentré autour de Jumet dans la matinée du 16 juin.
même resterait dans sa position jusqu'à nouvel ordre1. D'Erlon ne pouvait qu'en faire autant. Vers midi et quart, l'ordre de Ney de se porter à Frasnes lui fut transmis, soit directement, soit par l'intermédiaire de Reille2; mais pour se mettre en marche, il dut attendre l'écoulement de tout le 2e corps qui précédait le sien. La division Jérôme n'ayant guère quitté ses bivouacs, au sud du bois de Lombuc, avant une heure3, la tête de colonne du 1er corps ne put arriver à Gosselies qu'entre une heure et demie et deux heures. Là, d'Erlon arrêta ses troupes jusqu'au retour d'une forte reconnaissance qu'il avait envoyée de Jumet sur Chapelle-Herlaymont où la présence d'un corps anglo-belge, menaçant sa gauche, lui était faussement signalée par des paysans4. Malgré l'ordre de Ney, de onze heures, rédigé d'après les instructions de l'empereur, de huit heures5, il négligea ou différa de porter à Marbais une de ses divisions. Il comptait probablement détacher cette division vers ce village dès qu'il aurait atteint Frasnes6. On ne se remit en marche que sur les trois heures.
Entre quatre heures et quatre heures et quart, la moitié de la colonne avait dépassé la Voie romaine quand d'Erlon fut rejoint par le colonel
1. Reille à Ney, Gosselies, 16 juin, dix heures et quart. (Arch. Guerre.)
2. D'Erlon au duc d'Elchingen, 9 février 1829. (Docum. inédits, 64.)
3. On a vu que la tête de colonne de Reille, mise en route vers midi, n'arriva à Frasnes que vers 1 heure et demie, et que la division Jérôme n'y arriva que vers 3 heures. Il y a 2 lieues de Gosselies à Frasnes.
4. Lettre de d'Erlon à Soult, Gosselies, 16 juin [sans indication horaire, — entre 1 heure et 3 heures — ]. (Papiers du général G.)