‹ 1815 (volume 2)Chapitre 124 sur 271 · LE FAUX MOUVEMENT DE D ERLON · texte numérisé non relu

LE FAUX MOUVEMENT DE D ERLON

colonne à droite 4. Malheureusement, il avait mal lu

reur qu'il avait transmis au général d'Erlon, se portait dans la direction de Saint-Amand.

11° Petiet, de l'état-major de Soult, Souvenirs militaires (1844), p. 199: « L'empereur envoie en toute hâte chercher le 1er corps, et le maréchal Ney ne l'apprend que lorsqu'il est en marche. »

A la vérité, d'Erlon rapporte les choses un peu différemment. Dans sa lettre au ducd'Elchingen (Documents inédits, 64), il dit : « Je pris l'avance sur ma colonne et arrivai à Frasnes. J'y fus rejoint par le général La Bédoyère, qui me fit voir une note au crayon qu'il portait au maréchal Ney et qui enjoignait à ce maréchal de diriger son corps d'armée sur Ligny. La Bédoyère me prévint qu'il avait déjà donné l'ordre pour ce mouvement en faisant changer de direction à ma colonne, et m'indiqua où je pourrais la rejoindre. Je pris aussitôt celte route. »

Et dans sa Vie militaire (95) d'Erlon a écrit : « L'empereur envoya un officier au maréchal Ney pour lui dire de diriger le 1er corps sur Ligny, afin de tourner l'aile droite prussienne. Cet officier rencontra la tête du lor corps, et avant d'avoir transmis les ordres à Ney, fit prendre à cette colonne la direction de Ligny. Vers les quatre heures, m'étant porté en avant, sans aucune connaissance de la nouvelle direction que venait de prendre mon corps d'armée, et l'ayant ensuite appris indirectement, je m'empressai de le rejoindre. »

On voit qu'entre ces deux récits de d'Erlon il y a contradiction flagrante dans les détails; mais ils concordent sur deux points: le premier, que le 1er corps fut dirigé sur Ligny à l'insu de d'Erlon; le second, que l'ordre de l'empereur était adressé à Ney et non à d'Erlon, et que c'est par un excès de zèle de l'officier chargé de le transmettre qu'il fut d'abord communiqué au 1er corps.

Tous les témoignages précités démentent ces deux assertions également intéressées. Il est visible que d'Erlon s'efforce de dégager sa responsabilité. Le mouvement qui paralysa si fatalement le 1er corps comprend une marche et une contre-marche. D'Erlon veut démontrer qu'il n'est pas responsable de la marche, puisque ses généraux se dirigèrent vers la droite sans lui en référer. Il plaide aussi non coupable pour avoir exécuté la contre-marche prescrite par Ney, puisque l'ordre ayant été adressé non à lui, d'Erlon, mais à Ney, l'empereur l'avait par cela même implicitement laissé sous le commandement du maréchal auquel il devait en conséquence continuer d'obéir. Là, il semble, est le double motif des témoignages embarrassés et inexacts du comte d'Erlon.

Reste à savoir pourquoi l'empereur a nié ou plutôt passé sous silence, dans les dictées de Sainte-Hélène, l'envoi de l'ordre à d'Erlon (ordre dont l'existence, on l'a vu, est prouvée, sans parler des dix autres témoignages, par deux lettres de Soult du 17 juin). Gourgaud, c'est-à-dire Napoléon, dit (p. 69) : « Napoléon ne put se rendre raison d'un pareil mouvement » ; et (p. (i?):« Les mouvements du 1er corps sont difficiles à expliquer. « — Comment? difficiles à expliquer! Mais le lendemain de la bataille, l'empereur ne put pas ne point en demander et en obtenir l'explication. Baudus, Ney, d'Erlon lui-même, étaient là pour le renseigner. Sans doute l'empereur n'a pas voulu reconnaître qu'il avait manqué de coup d'œil et de réflexion sur le champ de bataille de Ligny, quand déconcerté jusqu'au trouble par la fausse direction du corps de d'Erlon, que lui-même venait d'appeler, il l'avait pris pour un corps ennemi.

i. Relations précitées de De Salle et de Durutte. Cf. notes de Baudus.

cet ordre, griffonné au crayon et que Forbin-Janson, officier de laveur, sans aucune idée des combinaisons de la guerre, ne put lui expliquer1. L'ordre portait : sur la hauteur de Saint-Amand ; d'Erlon avait lu ou compris : à la hauteur de Saint-Amand2 . En conséquence, au lieu de prendre la direction Brye-Ligny pour attaquer les Prussiens à revers, il prit la direction Saint- Amand-Fleurus3 de façon à prolonger la gauche de l'empereur. Ce mouvement allait précisément à l'encontre des instructions de Napoléon. Aussi peut-on s'expliquer en une certaine mesure que l'empereur, informé qu'une colonne s'avançait, menaçant son flanc gauche, n'ait pas pensé à d'Erlon, qu'il n'attendait nullement sur ce point, et qu'il ait pris cette colonne, comme Vandamme l'avait fait lui-même, pour un corps anglais ou prussien7'.

C'était une inconséquence de l'empereur d'avoir confié un ordre d'une telle importance à un officier d'état-major aussi inexpérimenté que le comte de

1. Notes de Baudus. — Gamot et Heymès disent que cet officier était le colonel Laurent ; — De Salle dit : un maréchal des logis de lagarde; — D'Erlon (première relation) : le général La Bédoyère (ce qui est impossible, car nous savons par Petiet (Souv. mil., 198) qu'à 5 heures La Bédoyère était près de l'empereur). Jeuxième relation : un officier de l'étatmajor impérial.

Les notes de Baudus, si détaillées et si précises sur ce point, ne laissent aucun doute que c'était Forbin-Janson.

2. Voir l'ordre cité d'après De Salle, 1815, II, 201, note 4.

3. Des relations de Durutte et de De Salle et de l'avis envoyé par Vandamme à Napoléon vers 5 heures et quart, « qu'on voyait une colonne ennemie à une lieue sur la gauche, débouchant des bois et ayant l'air de se porter sur Fleuras », on doit inférer que la colonne de d'Erlon prit à travers champs entre Villers-Perwin et la Voie romaine, rejoignit la Voie romaine près du chemin qui longe le moulin deChassart et s'engagea ensuite sur ce chemin dans la direction de Fleurus. De l'embranchement de ce chemin avec la Voie romaine, au point, devant Saint-Amand, où se trouvait Vandamme, il y a juste une lieue à vol d'oiseau. Les bois d'où la colonne semblait déboucher étaient les bois de Villers-Perwin, aujourd'hui défrichés.

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