Grouchy, (Jbserv., 12-13; Relat. suce, t
A en croire Grouchy, il aurait dit en outre que les troupes seraient très lentes à se mettre en mouvement ; « qu'elles n'avaient pas été prévenues qu'elles marcheraient ce jour-là ; qu'il y avait des escouades à la corvée de vivres; que l'infanterie avait démonté ses fusils pour les nettoyer; que la cavalerie (la division Maurin) avait ses chevaux dessellés ».
Je doute fort que Grouchy ait osé, devant l'empereur, émettre de si pitoyables objections. Comment des soldats, qui n'avaient pas bougé depuis le réveil, avaient-ils commencé, seulement à 10 heures, à nettoyer leurs armes ? D'ailleurs, il ne fallait pas tant de temps pour remonter les fusils. Quant à la cavalerie dont les chevaux étaient dessellés, il suffisait de cinq minutes pour les ressellcr.
Je doute aussi que le maréchpl ait conseillé à Napoléon de le garder près de lui « pour couvrir son flanc droit » (comme il l'assure, Relat. sure, 20), « en marchant par la rive gauche de la Dyle pour empêcher la jonction des Anglais et des Prussiens » (comme l'aide de camp Bella, questionné en IS'd par Grouchy, prétend que le maréchal le lui a dit dans la soirée du 17 juin, Append. IV, 42). Ce sont là des assertions après coup. Grouchy ne pouvait conseiller à l'empereur de l'employer à couvrir le flanc droit de l'armée, puisque Napoléon le chargeait précisément de cette opération. .Niais il fallait pour cela retrouver les Prussiens. Grouchy le reconnaît (Observ., 12), Napoléon lui dit : « C'est à vous de découvrir la route prise par Bliicher. » Grouchy dit encore (Fragm. Itistor., 31) : « Quand je quittai l'empereur, il était incertain si ce serait sur Bruxelles ou sur Namur que je devrai me porter. » Ainsi, de l'aveu de Grouchy luimême, il n'était nullement lié par les instructions de l'empereur. Comment donc, si, comme le prétend le maréchal, il avait eu dès midi l'idée de
manquer de lui répliquer quelque chose comme ceci : « Pajol1 est en marche à la suite de l'ennemi depuis trois heures du matin; il lui a pris, dès cinq ou six heures sur la route de Namur, des hommes, des bagages et du canon. Exelmans2, qui a suivi un corps d'infanterie prussienne massé à Gembloux, a certainement maintenant retrouvé le contact. Donc, si les têtes de colonnes de Blucher peuvent avoir huit ou dix heures d'avance sur vous, votre cavalerie talonne les arrière-gardes. » Il est même très possible que l'empereur ait ajouté, comme l'affirme Grouchy : « — Toutes les probabilités me portent à croire que c'est sur la Meuse que Blucher effectue sa retraite. Ainsi dirigez-vous de ce côté3. » Les rapports de Pajol et d'Exelmans semblaient, en effet, confirmer la présomption que selon les principes de la stratégie les Prussiens se repliaient sur leur base d'opérations.
Grouchy parti pour donner ses ordres, l'empereur réfléchit qu'il fallait plus de cavalerie avec la fraction principale de l'armée. Il se détermina à reprendre à son lieutenant la division Domon, du corps de Vandamme, et le corps de cuirassiers de
marcher par la rive gauche de la Dyle, ne le fit-il pas le lendemain de grand matin, quand tous les renseignements recueillis l'engageaient à le faire ? On remarquera enfin que dans les déclarations du général Baudrandet du colonel de Blocqueville, présents à cet entretien (déclarations citées par Grouchy en ses volumineux appendices), il n'est point dit que Grouchy, ait fait la moindre objection à Napoléon.
1. Pajol, comme je l'ai dit, p. 224, note 3, avait envoyé trois dépêches à Grouchy avant 7 heures du matin. — Les huit canons prussiens étaient, arrivés au quartier-impérial avant 8 heures et demie. (Grouchy, Relat. suce, 17.)
2. Exelmans avait écrit de Sombreffe, vers 8 heures, qu'il marchait sur Gembloux, et, dès 9 heures, la brigade Berton se trouvait en position devant ce village, en face du corps de Thielmann. (Exelmans à Grouchy, Gembloux, 17 juin, et Journal du général Bonnemain. Arch. Guerre.) Berton, Précis, 47.