LES PLACES FORTES
4,000 ouvriers y furent employés, sans compter de nombreux détachements de volontaires de la garde, de la ligne, de la garde nationale et des tirailleurs fédérés1. Quand Napoléon partit pour l'armée, les retranchements et les ouvrages de la rive droite, entrepris les premiers comme devant couvrir les points d'attaque les plus probables, se trouvaient en partie achevés, mais on commençait à peine ceux de la rive gauche2.
On mena de front les travaux de fortifications, l'armement et l'approvisionnement des places. Les arsenaux de Metz, de Douai, de Lille, de Grenoble, de Toulouse fournirent des bouches à feu et de la poudre dans les villes fortes où le matériel d'artillerie était insuffisant. Des fourneaux y furent établis pour la fonte des projectiles. La Marine envoya de Toulon à Lyon, par Arles et le Rhône, 100 pièces de 24, de 12 et de 6, et de Brest et de Cherbourg à Paris, 300 pièces par le Havre et la Seine. L'armement de Paris comprenait en outre 300 pièces de campagne, dont 100 réparties en batteries mobiles : « Il faut mettre du canon tant qu'on peut, écrivait l'empereur, car on se bat à coups de canon comme on se bat à coups de poing3. »
1. Rapports de Davout, de Lannoy et de Dejean à Napoléon, 2, 3, 8, 20, 24, 29 mai. Rapports de police, 1er, 2, 4 juin. (Arch. nat. AF. IV, 1938, 1940, et F. 7, 3774.) Journal de l'Empire, 1er juin. Duponthon à Davout, 18 mai. (Arch. Guerre.)
2. Davout à Napoléon, 29 et 31 mai, 9 juin. (Arch. nat. AF. IV, 1940.) Davout à Duponthon. Rapport du commandant Martin, juin, s. d. Valence à Caffarelli, 19 juin. Grenier à Davout, 20 juin. (Arch. Guerre.) Cf. Rapport de Davout à la Commission de Gouvernement, 2 juillet. (Arch. nat. AF. IV, 1936.)
3. Napoléon, Corresp., 2185G, 21867, 21883, 21888, 21934, 21973, 21983, 21995, 22041, 22048. Davout à la direction d'artillerie de Metz, 21 avril , à Soult, 31 mai. Rapp. de l'artillerie, s. d. (juin). Rapport de Lannoy, Lyon, 1er juin. Rapport de Vallée, Paris, 15 et 17 juin. (Arch. Guerre.) Davout à Napoléon, 16 mai. Rapport de Decrès, 8 et 10 juin. (Arch. nat. AF. IV, 1940 et AF. IV, 1941.)
Afin de gagner dn temps, Davout chargea d'abord les commandants de corps d'armée de s'occuper eux-mêmes, avec les préfets et les ordonnateurs, de l'approvisionnement des places de guerre ^. Il était à craindre que par ce système, qui donna d'ailleurs de bons résultats partiels, on n'en vînt à employer les réquisitions. Il existait un marché conclu entre le gouvernement de Louis XVIII et le munitionnaire Doumerc. On maintint ce marché. Mais Doumerc, frère du général de cavalerie, n'était que le prête-nom d'Ouvrard, lequel se faisait un jeu de ses obligations. Il y eut des plaintes partout; on fut obligé d'entamer les vivres de réserve pour nourrir hommes et chevaux. On accusait Ouvrard d'employer à des opérations de Bourse l'argent avancé par le Trésor. Pour assurer les services, Davout autorisa les préfets à conclure les marchés d'urgence, à n'importe quel prix, au compte du munitionnaire. L'application générale de cette mesure eût pu coûter cher à Ouvrard. Il fit proposer par Doumerc un nouveau contrat qui fut passé le 24 mai avec Davout et Daru ; aux termes de ce contrat, l'approvisionnement devait être complété dans le délai de trente jours, moyennant un paiement anticipé de 4 millions de francs2. A la mi-juin, les places de première et de seconde lignes étaient, à quelques quantités près, approvisionnées pour quatre mois en moyenne, et les convois à la
1. Lettres de Davout, 23 mars et 1er avril. Feuilles de travail du Conseil des ministres, 5 avril. (Arch. nat. AF. IV, 1941, et AF. IV, 99(K) Cf. Napoléon, Corresp., 21971. Suchet à Davout, Chambéry, 21 mai. La Salcette à Davout, Grenoble, 25 mai. (Arch. Guerre.)
2. Rapport de l'ordonnateur Daure, 10 mai. (Arch. Guerre.) Davout, Corresp., 1587, 1595, 1656, 1070, 1685, 1693. Napoléon, Corresp., 21872, 21915. Souvenirs manuscrits de Davout (communiqués par le général Davout, duc d'Auerstaedt.) Minute du contrat Doumerc. (Arch. nat. AF. IV, 1941.)