‹ 1815 (volume 2)Chapitre 155 sur 271 · Mercer, I · texte numérisé non relu

Mercer, I

3. D'Erlon à Ney, au bivouac, 17 juin au soir. (Arch. Guerre.)

4. D'Erlon à Ney, au bivouac, 17 juin. (Arch. Guerre.) Relation de Reille. Notes précitées de Foy. Notes du capitaine de Stuers, des lanciers rouges (Comra. par M. de Stuers.) Dupuy, Souv. milit., 288-289. Cf. Relation de la dernière camp., 71.

5. Relation du général Petit. Notes précitées du chef de bataillon Duuring du 1er chasseurs à pied de la garde. Cf. Mauduit, Derniers jours de la Grande Armée, II, 230. — Dans sa relation, Petit laisse en blanc le nom du village, mais ce ne peut être que Glabais, seul village qui se trouve entre Genappe et la ferme du Caillou, à l'est de la route de Bruxelles. Il n'y eut que le 1er bataillon du 1er chasseurs qui vint jusqu'au Caillou; il servit de garde

dans l'obscurité, brisées de fatigue, ruisselantes d'eau, « chaque homme traînant deux ou trois livres de boue à ses souliers ». Des soldats marchaient pieds nus, leurs souliers perdus dans la terre grasse des labours. Il fallait se coucher au milieu de seigles hauts d'un mètre et demi et trempés par la pluie. « C'était comme si l'on entrait dans un bain. » On ne pouvait songer à construire des abris; le bois coupé dans les boqueteaux de Vardre. du Ghantelet, du Caillou, servait à faire des feux de bivouacs, que l'on allumait à grand'peine, qui s'éteignaient sans cesse et qui donnaient plus de fumée que de flamme. La pluie ne cessait qu'à de rares intervalles. Pour recevoir moins d'eau et recouvrer un peu de chaleur, des soldats se pelotonnaient dix ou douze et sommeillaient debout, étroitement serrés les uns contre les autres. De plus stoïques ou de plus fatigués s'étendaient en pleine boue. Il y a des heures, à la guerre, où l'on dormirait sur des baïonnettes. Après avoir mis leurs chevaux au piquet, nombre de cavaliers remontaient en selle et s'endormaient penchés sur l'encolure, enveloppés dans leurs grands manteaux. Des quatre jours de pain portés sur les havresacs, tout était consommé. On souffrait de la faim. Dans la plupart des régiments, les distributions ne furent faites qu'au milieu de la nuit et même dans la matinée. On s'imagine le mécontentement des soldats, comme aussi la maraude effrénée dont furent victimes les paysans belges ^.

au quartier-impérial. Duuring, qui commandait ce bataillon, rapporte que le lendemain il vit du Caillou défiler la garde sur la grande route.

1. René Bourgeois (chirurgien-major aux cuirassiers), Relation de la dernière campagne, 67, 71. Lemonnier, Souv. milit., 375. Mauduit, II, 231-233. Précis des journées des 15, 16, il et 18 juin {Ambigu de Londres, LU, 430). Souvenirs d'un ex-officier, 281-283. Pétiet, Souv. milit., 209. — On pilla aussi

La garde, qui pendant une partie de la nuit erra par les champs et les traverses, était surtout furieuse. Jamais les grognards n'avaient tant grogné. Aux murmures et aux jurons se mêlaient des imprécations contre les généraux; les hommes les accusaient de les avoir entraînés, égarés volontairement dans ces chemins inconnus. Et les souvenirs de 1814 aidant, ces vieux soldats disaient : « Gela sent la trahison. » Mais dans la garde comme dans la ligne il n'y avait ni démoralisation, ni même découragement; on gardait au cœur l'espoir de la vengeance, la foi à la victoire. Malgré tout, avant tout, c'était aux Anglais, aux habits rouges, aux « goddams » qu'on s'en prenait de cette nuit sous la pluie, sans pain et sans feu. Et l'on se promettait de la leur faire payer cher le lendemain1.

Les Anglais n'étaient pas beaucoup mieux sur le plateau de Mont-Saint-Jean. Toutefois l'infanterie, ayant commencé sa retraite dès dix heures, avait atteint de jour ses positions. Les divisions de tête étaient même arrivées avant l'orage. Les soldats s'établirent sur un terrain encore sec, se firent de confortables lits de paille en couchant les grands seigles, allumèrent des feux; et, le service des vivres étant bien assuré, ils purent tranquillement préparer leur repas. Seule, la cavalerie de lord Uxbridge,

à Gembloux, et la nuit précédente on avait pillé à Fleurus, à Ligny, à Saint-Amand, à Gosselies. Voir les ordres du jour de Vandamme, Gembloux, 18 juin (Arch. Guerre); de Foy, Gosselies, 17 juin (^Registre de corresp. conim. par le comte Foy); et la lettre du général Radet à Soult, Fleurus, 17 juin, où il offre sa démission de grand-prévôt de l'armée. (Arch. Guerre.)

1. Mauduit, II, 231. Lettre de Lavoye, sous-lieutenant au 29e de ligne, Soissons, 20 juin. (Comm. par M. Piat.) Lemonnier, 375. Souvenirs d'un exofficier (du 45e), 28.')-28i ; Relation de la dernière campagne, 71. — L'auteur de cette relation, le chirurgien Bourgeois, des cuirassiers, ne cache point ses sentiments ultra-royalistes; son témoignage n'eu a que plus de poids sur ce point.

qui ne prit ses bivouacs qu'à la nuit, eut à souffrir durement de l'inclémence du temps1.

L'empereur, revenu sur ses pas, avait pris gîte pour ]a nuit dans la jolie petite ferme du Caillou, située en bordure de la route, à 2,700 mètres de la Belle-Alliance2. Le fermier Boucqueau et les siens s'étaient enfuis pour échapper aux espiègleries des Brunswickois qui, en battant en retraite, avaient tiré des coups de fusil contre les fenêtres, enfoncé la porte et finalement pillé l'habitation. L'empereur

1. Colonel Tomkinson, The Diary of a caralry officier, 287. Lettres de Gomm, Kennedy, Taylor, Pratt, etc. {Waterloo Lptters, 28, 67, 1GS, 326, et ptissim.) Colton, A Voice of Waterloo, 28; Jïelation anglaise de la bataille de Waterloo, 13, 32; liiation (anglaise) de la campagne de Flandre, 215, 223, 236, 285. Mercer, Journal of the Campaign, II, 285-292. Lettre de Hcrvey, aide de camp de Wellington, 3 juillet 1815. (Nineteenth Century, mars 1893.)

2. Journal des séjours de l'empereur. (Arch. nat. AF* IV, 437.)

Avec sa façade à deux étages, ses petites proportions et le jardin qui l'entoure, le Caillou a plutôt l'aspect d'une maison de campagne que d'une ferme. C'est d'ailleurs aujourd'hui une habitation de plaisance. Une grange qui y attenait en 1815 a été incendiée par les Prussiens dans la nuit du 18 juin. La chambre où coucha l'empereur, le 17 juin, est située au rez-dechaussée et donne sur la route. Ses gens de service y avaient dressé son lit de camp, garni d'une courtepointe de soie à. crépines d'or et orné de rideaux de satin vert. Près de cette chambre, et prenant jour sur le jardin, est le salon-salle à manger où il dîna le 17 et déjeuna le 18. — Par la cordiale hospitalité des propriétaires actuels du Caillou, Mme veuve Emile Coulon et ses deux fils, MM. Emile et Henry Coulon, je me suis assis à la table même, pieusement conservée, où Napoléon prit pour ainsi dire son dernier repas comme empereur.

Avec M. Emile Coulon, que je ne saurais assez remercier pour les traditions locales et les documents de toutes sortes qu'il a recueillis dans la contrée à mon intention, je veux remercier, de sa réception et de ses renseignements, M. Clément Lyon, de Charleroi. Il a bien voulu me servir de guide depuis celte ville jusqu'au-delà de Ligny, dans une des excursions que j'ai faites sur le théâtre de la guerre avec mon aimable confrère de la Sabretache, M. Paul Marmottan. — Que MM. Gouttier, notaire à Braine- L'Alleud; Van Malderghem, sous-conservateur des Archives de Bruxelles: Berger, bourgmestre de Genappe; le Dr Delpierre, de Braine-L'Allcud; Viandier. notaire à Nil-Saint-Vincent, agréent aussi mes remerciements.

fit allumer un grand feu ; en attendant ses bagages, iJ se sécha tant bien que mal devant la cheminée4.

Sur les neuf heures, le général Milhaud lui rendit compte verbalement que, dans sa marche de Marbais sur les Quatre-Bras, ses flanqueurs de droite avaient reconnu une colonne de cavalerie prussienne qui, de Tilly, s'était repliée vers Wavre2. Il est possible que l'empereur ait aussitôt écrit à Grouchy, dont il n'avait encore reçu aucune nouvelle, pour lui signaler la direction de cette colonne et lui enjoindre de se porter sur Wavre de façon à se rapprocher de l'armée impériale. Mais si l'ordre fut envoyé, il ne parvint point à destination. L'officier porteur de la dépêche ne- rejoignit pas le maréchal, soit qu'il ait été pris ou tué en route par les coureurs prussiens, soit pour toute autre cause3.

1. La Belle- Alliance, ode à la Princesse d'Orange, par Conquébau (fils du fermier du Caillou, Boucqueau, dont Conquébau est l'anagramme), note 9. - Tous ces faits, ainsi que les détails donnés dans notre note précédente, sont consignés dans les actes de vente du Caillou (communiqués par M. Emile Coulon).

2. Napoléon, Mém., 114. Cf. lettre de Soult à Grouchy, le Caillou, 18 juin, 10 heures du matin. (Registre du major-général.) Cf. Wagner, IV, 55. Damitz, II, 226.

C'était la brigade du colonel de Sohr postée derrière Tilly pour observer les mouvements des Français. Deux ou trois pelotons se détachèrent du gros des cuirassiers afin de reconnaître la cavalerie prussienne. Après une légère escarmouche, celle-ci se retira lentement et fut suivie à distance jusque près de Mont-Saint-Guibert (9 kilomètres à vol d'oiseau de Tilly). Là, à 4 heures environ, les cuirassiers s'éloignèrent.

Wagner se trompe en disant que la cavalerie de Sohr n'arriva à Mont- Saint-Guibert qu'à la nuit tombante. Nous savons par le rapport de von Grôben (cité par von Ollech, 170) que dès 5 heures cette cavalerie fut relevée à Mont-Saint-Guibert par le détachement de Ledebur (corps Bùlow).

3. Napoléon (Mém., 115) dit expressément qu'il envoya à 10 heures du soir, le 17, l'ordre à Grouchy de porter un détachement de 7,000 hommes à Saint- Lambert pour se relier à la droite de l'armée impériale, et de marcher lui-même avec toutes ses troupes sur ce point dès qu'il se serait assuré que Blùcher avait évacué Wavre. (Cf. Gourgaud, Camp, de i815, 82, où le même ordre est rapporté en termes un peu différents.)

Cette assertion est manifestement inexacte. Si, comme il est vraisem-

Au reste, il ne semble pas que l'empereur prit alarme du rapport de Milhaud. Depuis midi, il manœuvrait dans l'idée que l'armée de Blùcher battait en retraite sur Namur ou Maëstricht, ou se repliait au nord pour se réunir à l'armée anglaise devant Bruxelles4. La marche d'une colonne prussienne sur Wavre ne faisait donc que confirmer l'une de ses prévisions. Encore cette colonne pouvait-elle n'être qu'une troupe égarée, coupée de sa ligne de retraite. Mais, au pis-aller, si tous les corps prussiens cherchaient à se concentrer à Wavre, Grouchy les rejoindrait à temps pour les combattre. S'ils filaient incontinent vers Bruxelles

blable, mais non certain, l'empereur écrivit, le soir du 17, à Grouchy, ce fut uniquement pour l'informer de la marche d'une colonne prussienne sur Wavre et lui enjoindre de se porter lui-même dans cette direction, « afin de se rapprocher de l'armée impériale et de se mettre en rapport d'opérations avec elle ». La preuve, c'est que le lendemain matin, à 10 heures, Napoléon envoya ces instructions-là à Grouchy. (Soult à Grouchy, le Caillou, 18 juin, 10 heures. Registre du major-général.) — Si le 17, alors que Napoléon ignorait encore s'il livrerait bataille le lendemain, il avait envoyé à Grouchy l'ordre précis et formel d'occuper Saint-Lambert, à plus forte raison le 18, à 10 heures du matin, quand la bataille allait s'engager, il lui eût donné ce même ordre. Or, dans la lettre écrite au Caillou, il est question de Wavre et non de Saint-Lambert.

Le témoignage de Baudus (souvenirs manuscrits), que Soult ayant conseillé à l'empereur, le soir du 17, de rappeler une partie des forces de Grouchy, son avis fut repoussé, est une autre preuve que la lettre en questionne fut pas envoyée.

Quant à l'argument de nombreux historiens, que Napoléon ne put envoyer cet ordre à Grouchy le soir du 17, puisque cet ordre ne figure pas au registre du major-général, il est sans valeur. Durant cette campagne, plusieurs ordres de Napoléon ne furent pas transcrits sur ce registre, notamment la lettre de Soult à Ney du 17 juin, Ligny, midi (duc d'Elchingen, Docum. inédits) et la lettre de Soult à Grouchy, 18 juin, 1 heure. (Citée par Grouchy, Relat. suce, App. I, 21.)

Au témoignage d'un certain Letourneur, dont la lettre est citée dans la Relation succincte de Grouchy (App. IV, 21), un aide de camp de Blûcher racontait à Caen, en 1815, que l'officier français porteur de l'ordre de 10 heures du soir fut amené à Wavre au feld-maréchal, « soit qu'il eût été pris, soit qu'il eût trahi ». Il n'est question de cela dans aucun document allemand.

1. « Il faut savoir si Blùcher et Wellington se proposent de se réunir pour couvrir Bruxelles. » Napoléon à Grouchy, Ligny, 11 heures et demie du matin. (J'ai cité cette lettre in extenso, pp. 229-230.)

par la route de Wavre à cette ville, ils ne seraient pas immédiatement menaçants. Quant à supposer que Blucher, trente-six heures après une défaite et ayant 33,000 Français à ses trousses, risquerait une marche de flanc, de Wavre sur Plancenoit ou sur Ohain, pour reprendre l'offensive, cette hypothèse ne vint pas à la pensée de l'empereur '.

Le soir du 17 juin, c'étaient moins les mouvements des Prussiens que les projets des Anglais qui préoccupaient Napoléon. 11 craignait que Wellington n'eût fait qu'une simple halte à Mont-Saint- Jean et qu'il ne se dérobât, dans la nuit, pour aller prendre devant Bruxelles une position où le rejoindraient les Prussiens. Si tel était l'objectif de l'ennemi, l'empereur regardait la partie comme très compromise, car autant il se croyait sûr d'exterminer l'armée anglaise à Mont-Saint-Jean, autant il regardait comme hasardeux de déboucher de la forêt de Soignes devant les deux armées réunies2. D'ailleurs, tout cela n'était que conjectures pour l'empereur, car il doutait encore si la masse des Prussiens se repliait vers Bruxelles ou vers Liège 3. Et dans le flot de pensées contradictoires qui battaient son cerveau, surnageait l'espérance que, au cas môme où Blucher manœuvrerait pour se rapprocher de Wellington, l'armée prussienne abîmée, tronçonnée, démoralisée par la bataille de Ligny, ne serait pas

1. Même le lendemain matin, Napoléon n'admettait pas encore cette hypothèse. C'est seulement à une heure après midi qu'il fit écrire à Grouchy : « Rapprochez-vous de l'armée afin qu'aucun corps ennemi ne puisse se mettre entre nous. » Voir les deux lettres à Grouchy, le Caillou, 18 juin, 10 heures (Registre du major-général), et en avant du Caillou, 18 juin, 1 heure. (Citée par Grouchy, Itdat. mec, Appendice I, 21.)

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