CANONNADE A MONT-SAINT-JEAN
avec la tête de colonne les hauteurs de la Belle- Alliance1. L'infanterie de Brunswick, dans le plus affreux desordre, et l'arrière-garde de la cavalerie anglaise traversaient le vallon qui sépare ces hauteurs du plateau dé Mont-Saint-Jean. Les hussards de Marbot les suivirent. Ils commençaient à tirailler, lorsque des bords du plateau une batterie ennemie canonna le gros de cavalerie arrêté près de la Belle-Alliance. La pluie avait cessé, mais l'atmosphère était encore saturée d'eau. A travers ce voile de brume, l'empereur crut distinguer des masses de cavalerie et d'infanterie. Etait-ce toute l'armée de Wellington prête à livrer bataille ou seulement une forte arrière-garde qui avait pris position pour protéger la retraite? L'empereur voulut s'en assurer. Par ses ordres, quatre batteries légères ouvrirent le feu, tandis que les cuirassiers de Milhaud se déployaient comme pour charger. Le canon ennemi tonna de plus belle ; les Anglais se démasquèrent. Toute leur armée était là2.
La nuit approchait, et presque toute l'infanterie se trouvait encore très en arrière3. L'empereur fit
1. La Belle- Alliance est un cabaret situé sur la grande route de Charleroi à Bruxelles, au bord extrême du plateau qui fait face au plateau de Mont-Saint-Jean. Le nom de Belle- Alliance avait été donné ironiquement à cette chaumière en souvenir d'un mariage du premier propriétaire, qui était vieux et laid, avec une jolie paysanne.
2. Gourgaud, 79. Napoléon, Mém., 1 11-112. Mercer, I, 281-283. Pétiet, 208- 209. Lettre du capitaine Rudyart. {Waterloo Letters, 232.) Cotton, 27.
3. Relation de Reille. (Arch. Guerre.) Notes journalières du général Foy. Comm. par le comte Foy.) Notes du chef de bataillon Duuring. (Comm. par
M. de Stuers.) Relation de Durutte. (Sentinelle de L'armée, 8 mars 1836.) Relation delà dernière campagne (par René Bourgeois, chirurgien-major aux cuirassiers), 67.
cesser le feu4. Pendant la canonnade, il était resté près de la Belle-Alliance, exposé aux boulets que le capitaine Mercer, qui l'avait reconnu, dirigeait sur l'état-major2. Lui-même indiqua aux troupes les emplacements pour les bivouacs3. Le corps d'Erlon (sauf la division Durutte qui ne rejoignit que le lendemain matin) s'établit entre Plancenoit et la ferme de Monplaisir, son front et son flanc droit couverts par la cavalerie de Jacquinot. Les cuirassiers de Milhaud, la cavalerie légère de Domon et de Subervie et la cavalerie de la garde bivouaquèrent en seconde ligne, à la hauteur de Rossomme. Les corps de Reille et de Lobau et les cuirassiers de Kellermann s'arrêtèrent à Genappe et aux environs4. Après avoir traversé ce village à la chute du jour, la garde à pied quitta la grande route, qu'encombraient l'artillerie et le train, et chercha à gagner par des traverses le quartierimpérial. Seuls, deux ou trois régiments arrivèrent près de là, au village de Glabais, entre onze heures et minuit. Les autres régiments s'étant égarés, les hommes se débandèrent et errèrent par la campagne à la recherche de fermes et de maisons isolées. Ils ne rejoignirent leurs drapeaux que le lendemain matin5.
Vilaine nuit de bivouac ! Les troupes arrivaient,