‹ 1815 (volume 2)Chapitre 162 sur 271 · II · texte numérisé non relu

II

4. Lettre de Bonnemains, Ernage, 17 juin, 10 heures et quart du soir, et .Journal de la brigade Bonnemains. (Arch. Guerre. Armée du Nord.) Général Berton, Précis, 49.

d'après des propos d'officiers et de soldats, ces troupes allaient se masser près de Bruxelles pour livrer bataille*.

Tous ces renseignements, qui confirment ceux du soir précédent, ne font qu'une lumière confuse dans l'esprit de Grouchy. Il ne doute plus que l'ennemi ne se soit dirigé sur Wavre ; mais, prenant à la lettre, sans réfléchir, les propos des Prussiens, il s'imagine que leur armée a fait là non une concentration stratégique, mais une simple halte et qu'elle va filer vers Bruxelles par la grande route2. Il sait que l'empereur a prévu une bataille contre les Anglais en avant de la foret de Soignes3, et il ne pense pas qu'au lieu de gagner Bruxelles les Prussiens peuvent, de Wavre, rejoindre directement leurs alliés par une courte marche latérale. Il ne voit pas que, pour empêcher cette jonction, il faut non point suivre les Prussiens par Walhain et Gorbais, mais faire une poursuite de flanc par Saint-Géry et Mousty. A passer la Dyle au plus près et à manœuvrer par la rive gauche de cette petite rivière, il y a tous les avantages, il n'y a nul péril. Si les Prussiens sont restés à Wavre, qui est sur la rive

1. Renseignement recueilli à Sart-à- Walhain dans la nuit du 17 juin. (Arch. Guerre, Armée du Nord.) Cf. Lettre de Grouchy à Napoléon. Gembloux, 18 juin. (Arch. Guerre.) — Ce renseignement recueilli à Sart-à- Walhain est à tort numéroté premier renseignement. C'est en réalité le second. (Voir à ce sujet 1815, II, -.'47, note 1.) Il y est dit : « 30 à 40,000 Prussiens sont passés à Sart-à-Walhain, hier, 17, de 9 heures du matin à 3 heures après-midi. On pense qu'il a passé trois corps, le IIe et le IIIe, bien sûrement, et probablement le Ier. Tout se dirige sur Wavre. Ils ont annoncé vouloir livrer bataille près Bruxelles où ils veulent se masser. »

2. « Tous mes rapports et renseignements confirment que l'ennemi se retire sur Bruxelles. » Grouchy à Napoléon, Gembloux, 18 juin, 6 heures du malin. (Arch. Guerre.)

3. « Ayant été prévenu par Votre Majesté, quand je la quittai à Ligny, qu'Elle marchait aux Anglais pour les combattre, s'ils voulaient tenir de ce côté-ci de la forêt de Soignes...» Rapport de Grouchy à Napoléon, Rosieren, 1!) juin. (Arch. Guerre, Armée du Nord.)

gauche de la Dyle, cette position sera plus facile à attaquer par la rive gauche que par la rive droite. S'ils se dirigent vers Bruxelles, on les suivra quand on aura atteint Wavre. S'ils marchent directement aux Anglais, l'apparition de 33,000 hommes sur leur tlanc arrêtera ou tout au moins retardera leur mouvement. Si, enfin, ils ont déjà opéré leur jonction avec les Anglais et menacent d'écraser l'armée impériale sous leurs masses réunies, on sera, du moins, sur la rive gauche de la Dyle, assez près de l'empereur pour lui porter secours en pleine bataille.

Grouchy n'eut aucune idée de tout cela. Il ne modifia rien à ses ordres de la veille. Il laissa môme, bien qu'il fût dès alors résolu à se porter à Wavre, le corps de Pajol et la cavalerie de Vallin opérer le mouvement excentrique qu'il avait prescrit sur Grand-Leez'. Il écrivit à l'empereur que, tous les renseignements confirmant la marche des Prussiens par Wavre sur Bruxelles, « afin de s'y concentrer ou de livrer bataille après s'être réuni à Wellington», il partait à l'instant pour Wavre2.

1. 1815, II, 249-250. — Bien loin d'annuler ces ordres, Grouchy les confirma par une nouvelle dépêche à Pajol. (Gembloux, 18 juin au matin. Arch. Guerre. Armée du Nord.) — Pajol était, à quatre heures du matin, au Mazy ; du Mazy à Grand-Leez il y a, à vol d'oiseau, 10 kilomètres ; du Mazy à Gentinnes il y en a 12. Pajol aurait donc pu être à Gentinnes pour se concentrer avec l'armée dans la direction de Mont-Saint-Guibert presque en même temps qu'il arriva à Grand-Leez, où il n'avait rien à faire, au lieu que, pour rejoindre l'armée de Grand-Leez à Gentinnes, il aurait eu encore 12 kilomètres à parcourir, au total 22. Donc ce mouvement était bien excentrique ; mais Grouchy ne pensait qu'à couvrir sa droite et nullement à éclairer sa gauche. Même remarque pour le mouvement de la cavalerie de Vallin, qui avait passé la nuit à Bothey, entre le Mazy et Gembloux, et, qui fut dirigée aussi sur Grand-Leez. (Grouchy à Gérard, 17 juin, et à Vallin, 18 juin. Arch. Guerre.)

2. Grouchy à Napoléon, Gembloux, 18 juin. (Arch. Guerre. Armée du Nord.)

Cette lettre, que je donne plus loin in extenso, n'a pas d'indication horaire; mais on la trouve citée dans la Relation succincte de Grouchy

Grouchy avait dans la main 33,000 soldats et 116 pièces de canon '. En s'attachant servilement aux traces de l'arrière-garde prussienne, au lieu de manœuvrer, dès le matin du 18 juin, par la rive gauche de la Dyle, il commit une grosse erreur stratégique. En laissant, dans des circonstances si pressantes et si graves, ses troupes au bivouac une partie de la matinée, il fit une faute irrémissible. Le 18 juin, le jour point à deux heures et demie ; à trois heures, il fait assez clair pour marcher. Or Grouchy avait prescrit à Vandamme et à Gérard d<> se mettre en marche l'un à six heures et l'autre à huit heures2. Le malheureux!

(Appendice II, 4), avec la mention : trois heures du matin. D'un autr? côté, dans une lettre de Napoléon à Grouchy, du 18 juin, une heure après midi (citée par Grouchy, Appendice I, 21), il y a : « Vous avez écrit ce matin à ti^ois heures. » Mais, dans la copie de cette même lettre de Napoléon (Arch. Guerre), on lit : « Vous avez écrit ce matin à six heures. » Il semble donc assez difficile de décider si cette lettre de Grouchy fut écrite à 3 ou à G heures. Toutefois, deux raisons me font croire que Grouchy l'écrivit à 6 heures. La première, c'est que, dans une lettre de l'empereur à Grouchy de 10 heures du matin, il n'est pas question de cette lettre. Or, si elle avait été écrite à 3 heures, Napoléon l'aurait indubitablement reçue avant 10 heures, et, s'il l'avait reçue, il en aurait certainement fait mention dans sa lettre. La seconde raison, c'est que, comme on le verra plus loin, Grouchy ne quitta pas Gembloux avant 8 ou 9 heures. Il ne pouvait donc écrire à l'empereur à 3 heures du matin : « Je pars à l'instant. » C'eût été lui donner une fausse indication d'une extrême gravité vu les circonstances.

1. Infanterie de Vandamme : 13,960 hommes. Infanterie de Gérard : 10,275 hommes.

Division Teste (détachée du corps de Lobau) : 2,960 hommes.

Division de cavalerie Maurin (passée sous le commandement du général Vallin, Maurin ayant été blessé à Ligny) : 1,326 hommes.

Cavalerie d'Exelmans : 3,250 hommes.

Cavalerie de Pajol (moins la division Subervie) : 1,374 hommes.

Total : 33,145 hommes (défalcation des pertes à Ligny), et 116 pièces de canon, et comparer les effectifs à l'entrée en campagne et les pertes à Ligny, 1815, II, 102-103 et 184.

2. Grouchy à Vandamme, Gembloux, 17 juin. (Arch. Guerre) : « Ainsi que nous en sommes convenus, je désire que vous vous mettiez en mouvement demain à 6 heures du matin. »

Grouchy à Gérard, Gembloux, 17 juin, 10 heures du soir (Arch. Guerre) : « Je désire que vous vous mettiez en marche, demain 18 courant, à 8 heures du matin. Vous suivrez le corps du général Vandamme. »

Dans ses divers écrits (Observât., 15; Fragm., 8 ; Relat. suce, 28), Grouchy

Par suite de retards dans les distributions, les troupes ne partirent môme pas aux heures fixées1. Les dragons d'Exelmans, qui avaient passé la nuit à Sauvenière et devaient former la tête de colonne, montèrent à cheval seulement vers six heures 2. Le corps de Vandamme ne se mit en route de Gemblonx qu'entre sept et huit heures3, et le corps de Gérard ne quitta qu'à la môme heure ses bivouacs de la rive droite de l'Orneau4. Autre cause de retard, toutes ces troupes prirent la môme route. En marchant en deux colonnes, l'une par Sauvenière et Walhain, l'autre par Ernage et Nil-Pierreux, les deux corps d'armée eussent été massés en même temps à Corbais 5.

^Grouchy, il semble, ne quitta pas Gembloux avant huit ou neuf heures0. Il chemina lentement

prétend que, d'après ses ordres, Vandamme devait se mettre en marche à la pointe du jour, et Gérard de grand matin. Mais les lettres précitées font foi.

1. D'après le rapport de Hulot (comm. par le baron Hulot), toutes les troupes avaient dû envoyer des détachements à Gembloux pour les distributions, lesquelles n'étaient pas terminées à 8 heures.

2. Bonneniains,dans son Journal de marche (Arch. Guerre), rapporte que la cavalerie d'Exelmans, dont il commandait une brigade, arriva à Walhain à 7 heures. Or, de Sauvenière à Walhain (par Baudeset) il y a 5 kilomètres. Exelmans (lettre citée par Gérard, Nouvelles observ., 24-2à) dit qu'il leva ses bivouacs seulement à 7 heures et demie. Mais le témoignage de Bonnem<iins paraît plus sûr.

3. Berthczène (lettre citée par Gérard, Nouvelles Observ., 25) dit : 8 heures. Cf. le rapport de Hulot qui rapporte que, vers 9 heures, les troupes de Vandamme défilaient encore dans les rues de Gembloux. — Grouchy, dont la mémoire est décidément bien fautive, prétend que Vandamme se mit en marche avant le lever du soleil.

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