‹ 1815 (volume 2)Chapitre 163 sur 271 · Ordre précité de Grouchy. Rapport de Hulot · texte numérisé non relu

Ordre précité de Grouchy. Rapport de Hulot

5. Gérard {Quelques Docum., 47) se plaint que Grouchy ait fait marcher les deux corps d'infanterie en une seule colonne. Grouchy a répliqué (Relut. suce, 28-2'J) qu'il avait prescrit à Gérard de prendre une autre route. Mais cet ordre était beaucoup trop tardif ; déjà Gérard s'était engagé à la suite de Vandamme, ainsi que le lui marquait l'ordre de mouvement de la veille.

6. Dans ses divers écrits, Grouchy ne précise pas l'heure de son départ. Il dit seulement qu'il rejoignit en route, à 5 ou G kilomètres de Gembloux, la tête du corps de Vandamme (Relut, suce., 28), et son assertion est confirmée par les témoignages de ses officiers d'ordonnance, La Fresnaye et Legouest. (Relut, suce, Appendice IV, 13, 25.) Or, comme la première division de Vandamme ne commença pas son mouvement avant 7 heures du matin,

LES DISPOSITIONS DE GROtCHY 289

et rejoignit la tête du 3e corps un peu en-deçà de Walhain '. Parvenu à dix heures environ aux

Je maréchal Grouchy ne dut pas quitter Gembloux avant 8 heures. En outre, comme, à ce que rapporte Grouchy, il écrivit à l'empereur dès qu'il fut arrivé à Walhain (ou Sart-à-Walhain) ; comme sa lettre est datée de 11 heures, et comme enfin il n'y a pas 7 kilomètres de Gembloux soit à Walhain, soit à Sart-à-Walhain, il est évident que non seulement le maréchal partit très tard de Gembloux, mais encore qu'il fit ce court trajet au plus petit pas de son cheval. La déclaration de Le Sénécal (App. IV, 6) que Grouchy « partit avant le lever du jour » est donc d'une insigne fausseté.

1. Le village de Walhain et le hameau de Sart-à-Walhain, distants de 1,700 mètres, furent réunis en une seule commune en 1822. De Gembloux à Gorbais, itinéraire de l'armée de Grouchy, il y avait quatre chemins, dont l'un passait par Walhain et un autre, le plus long des quatre, par Sart-à- Walhain.

Gela établi, je rappellerai que tous les historiens français, même Charras et Quinet qui ont habité la Belgique, disent que Grouchy s'arrêta le 18 juin à Sart-à-Walhain. De fait, dans tous les ordres, rapports et relations de Grouchy, ainsi que dans les souvenirs écrits de ses officiers d'étatmajor, il est parlé constamment de Sart-à-Walhain et jamais de Walhain.

Mais Gérard (Quelques Documents sur la Bat. de Waterloo, 7) dit : « Walhain ou Sart-à-Walhain, petit village entre Gembloux et Wavre, » et, aux pages suivantes et dans ses autres écrits, il dit alternativement : Walhain et S arra- Walhain. Le colonel Simon Lorière dit : Walhain. Le général Berton dit : Walhain. Berthezène dit: Sarra-Walhain ; mais ces mots : « village situé peu avant Nil-Saint-Vincent, » indiquent qu'il parle de Walhain. Lefol dit Walhain et Sarra-Walhain. Le Belge Gatoire, dans une lettre à Gérard, dit : Sarra-Walhain, mais c'est manifestement un lapsus pour Walhain, car il parle du château du notaire Hollaërt (exactement Hollërt), qui habitait Walhain et non Sart-à-Walhain.

Faut-il donc croire que, comme Berthezène et Catoire, Grouchy et d'autres officiers ont confondu le hameau et le village et ont écrit : Sart-à-Walhain pour Walhain? L'erreur serait d'autant plus facile à expliquer que sur la carte de Ferrari, qui servait à Grouchy, le nom de Sart-à-Walhain est inscrit presque au-dessus des clochers des deux villages, tandis que le nom de Walhain se trouve à gauche. A une lecture rapide, on peut se tromper. Grouchy, d'ailleurs, était coutumier de ces sortes de confusion. On verra lus loin qu'il écrivit : Dion-le-Val pour Dion-le-Mont,el Temploux pour Gembloux.

Il y a une indication d'une grande importance pour la discussion. C'est ceci : la maison du notaire Hollërt, où Gérard et ses officiers rapportent que Grouchy s'arrêta pour déjeuner, se trouve non pas à Sait à Walhain, mais à Walhain. Aussi lit-on dans XUistoiredes Communes belges, de Tarlier et Wauters, que la discussion fameuse entre Grouchy et Gérard se passa à Walhain et non à Sart-à-Walhain.

Mais tout est problème en cette question. Ni dans sa lettre à l'empereur, ni dans ses Relations, Grouchy ne parle du notaire Hollërt. Il dit : « Un ancien militaire décoré, chez qui je m'arrêtai pour écrire à Napoléon. >• J'ai pensé d'abord que l'ancien militaire décoré et le notaire de Walhain n'étaient qu'une même personne. J'ai pris des informations. Or Hollërt avait bien servi dans l'armée française de 1792 à 1795 (Campagne des Pays- Bas^, mais comme officier de santé, et il n'était pas décoré. Grouchy, pour

premières maisons de ce village, il laissa filer la colonne d'infanterie et entra dans la maison du notaire Hollërt pour écrire à l'empereur1. Son aide de camp, Pontbellanger, envoyé en reconnaissance sur les bords de laDyle, vers Mousty, lui avait rapporté, paraît-il, qu'aucune troupe ennemie ne se trouvait dans cette région 2 ; et un habitant, ancien officier dans l'armée française, ou se disant tel, venait de lui donner de nouveaux et importants renseignements3. Il assurait que la masse des

donner plus d'autorité aux avis qu'il transmettait à l'empereur, a-t-il donc transformé l'ex-médecin militaire en ancien officier décoré, ou, plutôt, comme semble le dire le major LaFresnaye, le maréchal, après avoir reçu d'un ex-officier ou d'un individu se donnant pour tel, de faux renseignements, est-il entré chez Hollé'rt pour en faire part à l'empereur?

Ce qui est certain, c'est que, d'après les détails très circonstanciés donnés par Gérard, le colonel Simon Lorière, le général Valazé, l'intendant en chef Denniée, on ne peut douter que la discussion entre Grouchy et Gérard n'ait eu lieu dans une maison bourgeoise attenant à un grand jardin où s'élevait « un kiosque peint en vert ». Or, à Walhain, la ferme de la Marette (ancienne maison ou château de Longpré) répond à cette description, tandis que, au hameau de Sart-à-Walhain, il n'y a ni trace ni souvenir d'une habitation de ce genre. En outre, Gérard et Simon Lorière citent nommément Hollërt; il est de notoriété publique dans le pays que Grouchy fut l'hôte d'Hollërt; à la mort de celui-ci, cette circonstance fut rappelée dans son oraison funèbre (qui m'a été communiquée par son arrière-petit-fils, M. Vianvier, notaire à Nil-Saint-Vincent). Enfin ce discours funèbre nous apprend qu'Hollërt fut couché après sa mort, d'après son vœu formel, sur lacivière qui avait servià transporter, le soir dul8 juin 1815, dans sa maison de Walhain, le général Gérard blessé à Bierge et qu'il avait pieusement conservée pendant quarante ans. Or nous savons par une lettre de l'intendant général Déniée que Gérard fut en effet transporté, après sa blessure, dans la maison où avait eu lieu, à midi, sa discussion avec Grouchy.

En résumé, il est possible qu'en 1815 un officier décoré habitât Walhain ou Sart-à- Walhain, mais on n'a gardé de lui nul souvenir, au lieu que le notaire Hollërt a bel et bien existé et a maintes fois porté témoignage que Grouchy avait été son hôte le matin du 18 juin.

1. Grouchy, Observât., 15; Jîelat.succ, 33. Cf. la note précédente.

2. Grouchy, Relat. suce, 27. Cf. Déclaration de Le Sénécal et lettres de Grouchy à Marbot (App. IV, 6; App. VIII, 50, 51, 5G).

La mission de Pontbellanger ne paraît pas certaine. En tout cas, cet officier l'avait mal remplie, puisqu'il ne signala pas à Grouchy la présence àMont-Saint-Guibert du détachement du colonel Ledebur (2 bataillons et 4 escadrons) qui resta là jusque vers 1 heure. (Voir la lettre de Ledebur Bùlow, Mont-Saint-Guibert, 18 juin, midi et demi, citée par von Ollech, 207.)

3. Grouchy, Observ., 15; Fragm. histor.,§; Relat. suce, 33. Déclaration de La Fresnaye. (App. IV, 13.)

Prussiens, qui avait passé par Wavre, était campée dans la plaine de la Chyse, près de la route de Namur à Louvain (trois lieues à vol d'oiseau au nord-est de Wavre1).

Ce faux avis, que l'ancien officier « donnait comme positif », était des plus satisfaisants pour Grouchy. Non seulement l'armée de Blùcher ne cherchait pas à opérer sa jonction avec Wellington par une marche de flanc, mais, au lieu de se porter directement sur Bruxelles, elle avait commencé par faire un long détour pour se concentrer d'abord dans la direction de Louvain. Ainsi l'ennemi se mettait temporairement hors de cause. Grouchy pouvait se féliciter d'avoir si heureusement manœuvré. S'il n'avait pas atteint les Prussiens, il était sur leurs traces et il les avait éloignés des Anglais, ce qui était le principal objectif de son mouvement. Le soir, toutes ses troupes allaient se trouver massées à Wavre, en position entre les deux armées ennemies. Le lendemain, il serait maître soit d'aller

1. Renseignement recueilli à Sart-à-Walhain (Walhain). (Arch. Guerre.) Cf. Grouchy à Napoléon, Sart-à-Walhain (Walhain), 18 juin, 11 heures. (Arch. Guerre.) Cf. Déclaration de La Fresnaye {Relat. suce, IV, 13) : « Un officier décoré vint près de vous et vous dit que des colonnes prussiennes s'étaient portées sur Wavre, bien qu'il pensât que Blûcher réunissait son armée vers Louvain. »

Comme je l'ai expliqué précédemment (Cf. p. 247, note 1), ce renseignement, qui est faussement numéroté deuxième renseignement, est en réalité le troisième renseignement reçu. C'est là qu'il est pour la première fois question de la Chyse. De même Grouchy parle pour la première fois de la Chyse dans la lettre écrite de Walhain à 11 heures.

Voici ce troisième renseignement : « Les blessés filent sur Liège, se dirigeant sur Beauwale, Jodoigne et Tirlemont. Les disponibles et ceux qui n'ont pas pris part à la bataille de Fleurus marchent sur Wavre et quelquesuns sur Tirlemont. — La masse est campée sur la plaine de la Chyse, près de la route de Namur à Louvain. La plaine de la Chyse est à 2 lieuo> et demie de Wavre sur la droite, près de Goddechins. — Ce dernier avis est positif. C'est là qu'ils parussent vouloir se masser. Ils disent qu'ils ont conservé le champ de bataille (à Ligny) et qu'ils ne se retirent que pour livrer bataille de nouveau après leur réunion qui a été combinée entre Blùcher et Wellington. »

combattre les Prussiens dans les plaines de la Chyse, soit de les attaquer dans leur marche de flanc s'ils se dirigeaient vers Bruxelles, soit de se porter lui-même sur cette ville pour se réunir an gros des forces françaises. Le maréchal s'empressa d'écrire à Napoléon afin de lui transmettre ces nouveaux renseignements. La fin de la lettre portait : « ... Ce soir, je vais être massé à Wavre et me trouver ainsi entre Wellington, que je présume en retraite devant Votre Majesté, et l'armée prussienne. J'ai besoin d'instructions ultérieures sur ce que Votre Majesté désire que je fasse. Le pays entre Wavre et la plaine de la Chyse est difficile, coupé et en partie marécageux. J'arriverai facilement à Bruxelles avant tout ce qui sera arrêté à la Chyse... Daignez, Sire, me transmettre vos ordres ; je puis les recevoir avant de commencer mon mouvement de demain ^. »

« Demain ! » Il s'agissait bien de demain!

1. Grouchy à Napoléon, Sart-à-Walhain (Walhain), 18 juin, 11 heures du matin. (Arch. Guerre.)

La première partie de cette lettre est quelque peu confuse. Grouchy dit : « Les Ier, IIe et IIIe corps de Bliicher marchent dans la direction de Bruxelles. Un corps venant de Liège a opéré sa jonction avec ceux qui ont combattu à Fleurus. Quelques-uns des Prussiens que j'ai devant moi se dirigent vers la plaine de la Chyse. Il semblerait que ce serait à dessein de s'y masser ou de combattre les troupes qui les poursuivraient ou enfin de se réunira Wellington, projet annoncé par les officiers. »

Grouchy croit-il donc que trois corps prussiens marchent vers Bruxelles et qu'un quatrième se dirige vers la Chyse? Mais quel serait ce corps-là, puisqu'il dit que le corps de Liège a fait sa jonction avec ceux qui ont combattu à Fleurus? Et si Grouchy suppose que la masse de l'armée prussienne est déjà en marche sur Bruxelles, comment peut-il dire : « Je vais me trouver à Wavre entre Wellington et l'armée prussienne. » Comment encore, s'il pense que le gros des Prussiens s'approche déjà de Bruxelles, parle-t-il d'aller chercher un simple détachement dans les contrées marécageuses de la Chy:.e? Comment enfin, s'il croit que trois corps prussiens se dirigent sur Bruxelles, ne les suit-il pas au plus vite ou ne se rapproche-t-il pas de Napoléon, et se propose-t-il de commencer son mouvement seulement le lendemain?

Donc, à comparer le commencement de cette lettre avec la conclusion, il est évident que, si Grouchy avait bien compris les renseignements de

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