‹ 1815 (volume 2)Chapitre 193 sur 271 · Napoléon, Mém., 140-141; Gourgaud, 90. Cf · texte numérisé non relu

Napoléon, Mém., 140-141; Gourgaud, 90. Cf

Sur l'exécution de ce mouvement, les deux relations de Sainte-Hélène ne concordent pas. Dans l'une, il est dit que Lobau changea de position peu après la cavalerie de Domon. Dans l'autre, on lit que Lobau alla seulement reconnaître alors sa future position de bataille et qu'il ne s'y établit que vers quatre heures et demie. En cette circonstance, comme en tant d'autres durant cette campagne, les ordres de l'empereur ne furent-ils point ponctuellement exécutés?

4. Kennedy, aide de camp du général Alten, dit (Notes on Battle of Waterloo, 166) : « Le second acte commença à une heure et demie. » Cf. Lettre du lieutenant Shelton (Waterloo Letters, 349\ et Siborne, II, 3.

quatre-vingts pièces commença avec le fracas du tonnerre un feu précipité auquel répondit l'artillerie anglaise. Après une demi-heure de canonnade, la grande batterie suspendit un instant son tir pour laisser passer l'infanterie de d'Erlon. Les quatre divisions marchaient en échelons par la gauche, à 400 mètres d'intervalle entre chaque échelon. La division Allix formait le premier échelon, la division Donzelot le deuxième, la division Marcognet le troisième, la division Durutte le quatrième. Ney et d'Erlon conduisaient l'assaut1.

Au lieu de ranger ces troupes en colonnes d'attaque, c'est-à-dire en colonnes de bataillons par division à demi-distance ou à distance entière, ordonnance tactique favorable aux déploiements rapides comme aux formations en carrés, on avait rangé chaque échelon par bataillon déployé et serré en masse. Les divisions Allix, Donzelot, et Marcognet (Durutte avait pris sur lui de ne pas se conformer à cette disposition) présentaient ainsi trois phalanges compactes d'un front de cent soixante à deux cents files sur une profondeur de vingt-quatre hommes2. Qui avait prescrit une telle formation, périlleuse en toute circonstance, et particulièrement nuisible sur ce terrain accidenté? Ney ou plutôt d'Erlon3, commandant le corps d'armée. En tout

1. Rapport de Kempt, Genappe, 19 juin. (Wellington, Supplément ar y, X, 524.) Souvenirs d'un vieux soldat belge, 84. Souvenirs d'un ex-officier, 285-286. Mauduit, II, 293-295. Janin, Camp, de Waterloo, 33. Kennedy, 107-108. Siborne, II, 3-5. Cotton, 02. Cf. Gourgaud, 92. Napoléon, Mém., 143. Damitz,

2. Souvenirs d'un ex-officier, 285-280. Mauduit, Derniers jours de la Grande Armée, II, 293. Note du général Schmitz, brigadier de Donzelot (comm. par le commandant Schmitz). Relation de Durutte. {Sentinelle de l'Armée, mars 18:>8.) Notes de Durutte (comm. par le commandant Durutte, de l'armée belge).

3. Durutte, dans une note (comm. par le commandant Durutte), dit expressément que l'ordre était de d'Erlon.

Peut-être l'aide de camp fit-il confusion, en transmettant l'ordre, entre la

cas ce n'était pas l'empereur, car, dans son ordre général, de onze heures, rien de pareil n'avait été spécifié; il n'y était môme pas question d'attaque en échelons '. Sur le champ de bataille, Napoléon laissait, avec raison, toute initiative à ses lieutenants pour les détails d'exécution2.

Irrités de n'avoir point combattu l'avant -veille, les soldats brûlaient d'aborder l'ennemi. Ils s'élancèrent aux cris de : Vive l'empereur ! et descendirent dans le vallon sous la voûte de fer des boulets anglais et français qui se croisaient au-dessus de leurs têtes, nos batteries rouvrant le feu à mesure que les colonnes atteignaient l'angle mort3. La tête de la division Allix (brigade Quiot) se porta, par une légère conversion à gauche, contre le verger de la Haye-Sainte, d'où partait une fusillade très nourrie. La brigade Bourgeois, formant seule désormais l'échelon de gauche, continua sa marche vers le plateau. Les soldats de Quiot débusquèrent vite du verger les compagnies allemandes et assaillirent la ferme. Mais, pas plus qu'à Hougoumont, on ne s'était avisé de faire brèche à ces bâtiments avec quelques boulets. Les Français tentèrent vainement plusieurs assauts contre les hautes et solides murailles, à l'abri desquelles les Allemands du major Baring faisaient un feu meurtrier. Un bataillon tourna la ferme, escalada les murs du potager, délogea les défenseurs qui rentrèrent dans les bâtiments; mais il ne put non plus

colonne de division (c'est-à-dire par bataillon serré en masse) et la colonne par division (c'eet-à-dire par compagnies accolées, marchant à demi-distance ou à distance entière)?

1. Ordre de l'empereur, en avant du Caillou, 18 juin, 11 heures- (Arch. Guerre.)

2. Voir à ce sujet Jomini, Précis de la Campagne de 1815, 229.

3. Siborne, History of the War, II, 3, 5. Cotton, A Voice of Waterloo, 63.

démolir les murailles à coups de crosse de fusil *.

Wellington se tenait au pied d'un gros orme planté à l'ouest de la route de Bruxelles, à l'intersection de cette route et du chemin d'Ohain. Pendant presque toute la bataille, il demeura à cette même place avec son état-major grossi des commissaires alliés, Pozzo di Borgo qui reçut une contusion légère, le baron de Vincent qui fut blessé, Mùffling, le général Hugel, le général Alava2. Voyant les Français entourer complètement la Haye-Sainte, Wellington prescrivit à Ompteda d'envoyer au secours de Baring un bataillon de la Légion Germanique. Les Allemands descendirent à la gauche de la grande route, reprirent le potager et, passant à l'ouest de la ferme, s'avancèrent vers le verger. A ce moment, ils furent chargés par les cuirassiers du général Travers, que l'empereur avait détachés du corps de Milhaud pour seconder l'attaque de l'infanterie. Les cuirassiers leur passèrent sur le ventre et, du même élan, vinrent sabrer au bord du plateau les tirailleurs de la brigade Kielmansegge 3.

A l'est de la route, les autres colonnes de d'Erlon avaient gravi les rampes sous le feu des batteries, les balles du 95e anglais et la fusillade de la brigade Bylandt, déployée en avant du chemin d'Ohain. La

1. Waterloo Letters, 404. Siborne, II, 3, 16. Kennedy, 107-108. Jomini, 204, 206. Cotton, 63, 73-74.

2. Hùgel au roi de Wurtemberg, 10 juin. (Cité par Pflister, Aus demZager der Verbûndeten, 69.) Rapport de Wellington, Waterloo, 19 juin. (Dispatches, XII, 478.)

D'après le plan de Craan, cet arbre était planté près du bord méridional du chemin creux. Wellington devait donc se tenir dans le chemin même où il était abrité contre les boulets et la fusillade.

L'orme fut acheté 200 francs par un Anglais avisé qui le débita à Londres sous forme de cannes, de tabatières et de ronds de serviettes aux idolâtres de Wellington.

3. Kennedy, 107-108. Siborne, II, 16, 19. Cotton, 73-74. Cf. Waterloo Letters, 38.

charge bat, le pas se précipite malgré les hauts seigles qui embarrassent la marche, malgré les terres détrempées et glissantes où l'on enfonce et où Ton trébuche. Les Vive l'empereur! couvrent par instants le bruit des détonations^. La brigade Bourgeois (échelon de gauche) replie les tirailleurs, assaille la sablonnière, en déloge les carabiniers du 95e, le rejette sur le plateau, au-delà des haies, qu'elle atteint dans sa poursuite2. La division Donzelot (deuxième échelon) s'engage avec la droite de Bylandt, tandis que la division Marcognet (troisième échelon) s'avance vers la gauche de cette brigade. Les Hollando-Belges lâchent pied, repassent en désordre les haies du chemin d'Ohain et, dans leur fuite, rompent les raDgs du 28e anglais3. De son côté, Durutte, qui commande le quatrième échelon, a débusqué de la ferme de Papelotte les compagnies légères de Nassau ; il est déjà à mi-côte, menaçant les Hanovriens de Best4.

Dans l'état-major impérial on juge que « tout va à merveille3». En effet, si l'ennemi conserve

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