Walerlo» Leicers
la grande route. On le vit traverser toute cette vallée mortuaire où lui seul était vivant. Les Allemands postés à la Haye-Sainte crurent que c'était un déserteur : ils s'abstinrent de tirer. Arrivé tout contre le verger, au pied de la haie, il roidit son corps de géant droit sur les étriers, leva son sabre et cria : Vive l'empereur ! Puis, au milieu d'une gerbe de balles, il rentra dans les lignes françaises en quelques foulées de son vigoureux cheval *.
A Hougoumont, la lutte se poursuivait de plus en plus ardente. Trois compagnies de gardes anglaises, un bataillon de Brunswick, un bataillon de la Légion allemande de Duplat, deux régiments de Foy, étaient venus successivement renforcer défenseurs et assaillants. Les Français, de nouveau maîtres du bois après l'avoir perdu, s'emparent du verger, mais les gardes anglaises ne cèdent pas le jardin en contre-haut que protège un petit mur muni d'une banquette naturelle et se maintiennent dans la ferme. Sur l'ordre de l'empereur, une batterie d'obusiers bombarde les bâtiments. Le feu s'allume dans un grenier, se propage, dévore le château, la maison du fermier, les étables, les écuries. Les Anglais se rembuchent dans la chapelle, les granges, la maison du jardinier, le chemin creux adjacent, et ils y recommencent leur fusillade. L'incendie même fait obstacle aux Français. Dans les étables en flammes, d'où les ambulances établies par l'ennemi n'ont pu être évacuées, on entend de vains appels et des hurlements de douleur2.
1. Lettre du lieutenant Graëme, de la Légion hanovrienne. (Waterloo Letters, 407.)
2. Lettres d'officiers du 1er régiment des gardes et des Colâstreams. (Waterloo Letters, 246, 249, 259, 261, 264, 266.) Kennedy, lu6. Notes journalières de Foy, et lettre du même à Guilleminot. (Registre de corresp., comm. par le comte Foy.) Van Lôben, 272-273. Gotton, 85-86.