‹ 1815 (volume 2)Chapitre 201 sur 271 · SECONDE ATTAQUE DE LA HAYE-SAINTE · texte numérisé non relu

SECONDE ATTAQUE DE LA HAYE-SAINTE

de Grouchy, c'étaient peut-être des raisons pour engager l'empereur à rompre le combat, comme à Essling, et à prendre une forte position défensive sur le plateau de la Belle-Alliance. Il ne semble pas qu'il ait songé à cet expédient, bon tout au plus pour la journée. Le lendemain, l'armée française, même renforcée par Grouchy, aurait eu à livrer bataille presque dans la proportion d'un contre deux aux armées réunies de Wellington et de Blùcher. L'empereur aima mieux profiter de l'expectative où paraissait rester Bùlow pour enfoncer les Anglais avant l'entrée en ligne des Prussiens1.

Dès que d'Erlon eut rallié quelques-uns de ses bataillons, vers trois heures et demie, l'empereur ordonna à Ney d'attaquer de nouveau la Haye- Sainte2. Il comptait se servir de ce poste comme point d'appui pour un mouvement d'ensemble avec le corps de d'Erlon, le corps de Beille, qu'il pensait devoir être bientôt maître d'Hougoumont, toute la cavalerie et enfin la garde à pied3. Ney mena contre la Haye-Sainte la brigade Quiot,

1. « Turenne ou Condé, dit très judicieusement Clausewitz (Der Krieg von 1815, 166) se seraient retirés dès midi sans livrer bataille, mais Napoléon ne pouvait pas ne pas combattre, car il n'avait de salut que dans la victoire. »

2. Gourgaud, 93. Cf. 96. — Kennedy, en général témoin très précis et très véridique, dit (Notes on the Battle of Waterloo, 114) qu'il s'écoula un intervalle considérable entre le grand assaut de d'Erlon et la seconde attaque de la Haye-Sainte. D'après les Waterloo Letters (404) et le Rapport de Kempt (Dispatches of Wellington, Suppl., X, 534), la seconde attaque de la Haye-Sainte suivit de près la première. Sans doute, il y eut une suspension du combat après l'engagement de la cavalerie de lord Uxbridge contre les cuirassiers et les lanciers français, car il fallut rallier les bataillons dispersés de d'Erlon ; mais cet arrêt fut court. L'assaut de d'Erlon et les engagements de cavalerie qui le suivirent avaient dure au moins une heure, de 2 à 3 heures. (Delort, dans sa Relation, dit expressément que ce moment du combat prit fin à 3 heures.) Dès 4 heures ou 4 heures et quart, commencèrent les grandes charges de cavalerie. Dans l'intervalle, la seconde attaque de Ney contre la Haye-Sainte avait échoué.

3. Lettre de Jérôme à la reine Catherine, 15 juillet 1815. (Além. du roi Jérôme, VII, 23.) Cf. Gourgaud, 96 : « L'empereur avait ordonné au maréchal

tandis que Fune des brigades de Donzelot, tout entière déployée en tirailleurs, gravit les rampes à l'est de la route de Bruxelles et vint fusiller à vingt pas les Anglais embusqués derrière les haies du chemin d'Ohain. L'attaque échoua. Les tirailleurs de Donzelot furent repoussés à mi-côte ; les soldats de Quiot, décimés par le feu à bout portant des Allemands du major Baring, qui venait de recevoir un renfort de deux compagnies, se replièrent dans le verger1.

Pour seconder cet assaut, la grande batterie avait redoublé son feu contre le centre gauche de la position ennemie pendant que les batteries de Beille, renforcées par une partie des pièces de 12 de la garde, canonnaient sans relâche le centre droit. C'est l'instant de la journée où le feu d'artillerie fut le plus intense. « Jamais, dit le général Alten, les plus vieux soldats n'avaient entendu pareille canonnade2. » Quelques bataillons de la première ligne anglaise rétrogradèrent d'une centaine de pas afin d'être abrités par les bords du plateau. En même

Ney de se maintenir dans la Haye-Sainte en la crénelant et en y établissant plusieurs bataillons, mais de ne faire aucun mouvement...» — Napoléon, Mém., 187 : « L'intention de l'empereur était d'ordonner cette attaque de cavalerie, mais une heure plus tard, et de la faire soutenir par l'infanterie de la garde. » — Notes journalières de Foy (comm. par le comte Foy): « L'empereur avait dit le matin au Caillou : Je ferai jouer ma nombreuse artillerie, je ferai charger ma cavalerie et je marcherai avec ma vieille garde. »

On remarquera que les manœuvres dont parlent Jérôme et Foy furent en effet exécutées, mais sans méthode, sans ensemble, comme à l'aventure.

1. Rapport de Kempt à Wellington, Genappe, 19 juin. (Letters and Dispatches, Suppl., X, 534.) Relation du major Baring (Hanoversches militarisches Journal, 1831.) Lettres d'officiers des brigades Somerset, Kempt, Lambert et de la Légion Germanique. (Waterloo Letters, 52, 354, 391, 394, 404-40B.) Siborne, II, 62. — La brigade anglaise Lambert qui, sur l'ordre de Wellington, était venue vers 3 heures s'établir à l'est de la route de Bruxelles pour renforcer la droite de Kempt, prit part à ce combat.

2. Lettre d'Alten au duc de Cambridge, Bruxelles, 20 juin. (Papiers du général G.) Lettre de Pratt, de la brigade Halke-tt. (Waterloo Let ters, 327-3,'8.) Notes du général Foy (précitées). Kennedy, 114. — Cotton (87-88) dit aussi : « Jamais nous n'avions ouï pareille musique. »

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