L ORDRE DE NEY A LA CAVALERIE
temps, des groupes de blessés, des convois de prisonniers, des caissons vides et des fuyards filaient vers la forêt de Soignes '. Ney, se méprenant sur ces mouvements, qu'il distinguait mal à travers la fumée, crut à un commencement de retraite et s'avisa de prendre pied sur le plateau avec de la cavalerie. Il fit demander incontinent une brigade de cuirassiers2.
L'aide de camp s'adressa au général Farine qui mit ses deux régiments en marche. Mais le général Delort, commandant la division, arrêta le mouvement. « — Nous n'avons, dit-il, d'ordre à recevoir que du comte Milhaud. » Ney, impatient, courut à Delort3. Le maréchal était fort irrité de ce refus d'obéissance. Non seulement il réitéra l'ordre concernant la brigade Farine, mais il ordonna que les six autres régiments du corps de Milhaud se portassent aussi en avant. Delort ayant encore objecté l'imprudence de cette manœuvre sur un pareil terrain,
1. Lettre de "Windham, des Scots-Greys. {Waterloo Letters, 80.) Ileymès, 23-24. Bulletin de l'armée (Moniteur, 21 juin). Kennedy, 113. Siborne, II, G5. Cf. Relation (anglaise) de la Campagne de Flandre, 170.
On a vu (1815, II, 343) que, pendant le feu de la grande batterie qui précéda l'attaque des quatre colonnes de d'Erlon, plusieurs bataillons anglais et écossais avaient opéré un même mouvement rétrograde.
2. Heymès, 23. Relation du général Delort. (Papiers du général G.) Ces deux témoignages conformes, dont l'un rendu par le chef d'état-major
de Ney, me paraissent décisifs. Ce fut Ney qui demanda de la cavalerie, comme le dit implicitement Gourgaud (97) ; ce ne fut pas l'empereur qui, de lui-même, la fit donner, comme plusieurs historiens l'ont prétendu. Gamot, beau-frère de Ney, dit que le maréchal demanda des troupes à l'empereur et que la cavalerie de Milhaud se porta en avant. (Réfutation, 40.) Ces deux apologistes de Ney s'efforcent d'ailleurs d'insinuer que Ney ne réclama de la cavalerie que parce qu'il n'avait pas d'infanterie à sa disposition. Cela est manifestement inexact; car, outre les divisions Allix, Donzelot, Marcognet, présentant 10,001) ou l^OUO hommes encore, que Ney pouvait employer, toute la division Bachelu et la seconde brigade de Foy se trouvaient intactes et disponibles à la gauche de la Belle-Alliance. Voir à ce sujet les notes journalières de Foy et sa lettre à Guilleminot (précitée). Foy dit expressément que seules étaient alors engagées à llougoumont une de ses brigades et la division Jérôme.