L ORDRE DE NEY A LA CAVALERIE
Drouot, l'assurant qu'il était certain du succès * . Tout d'abord Ney, qui ne devait engager la cavalerie qu'après en avoir reçu l'ordre de l'empereur2, avait voulu seulement prendre pied sur le plateau avec une brigade de cuirassiers. Puis l'idée lui était venue de brusquer la retraite des Anglais en lan-
après midi il avait été mis à la disposition du maréchal Ney. » — Notes journalières du général Foy (précitées) : « L'empereur avait dit à la ferme du Caillou : Je ferai jouer ma nombreuse artillerie, je ferai charger ma cavalerie, et je marcherai avec ma vieille garde. »
1. Discours de Drouot à la Chambre des Pairs. (Moniteur, 24 juin.)
2. Du passage précité de la lettre de Jérôme, il ressort que l'empereur avait mis la cavalerie sous le commandement de Ney, mais que celui-ci ne devait point l'engager tout de suite, et avait vraisemblablement à attendre un nouvel ordre. Cf. Gourgaud, 96: « ... Le maréchal Ney, emporté par trop d'ardeur, et oubliant l'ordre qu'il avait reçu (de se maintenir dans la Haye- Sainte sans faire aucun mouvement), déboucha sur le plateau avec les cuirassiers de Milhaud et la cavalerie légère de la garde. »
Cette grande charge de cavalerie entrait dans le plan de l'empereur. Il n'a jamais dit, il faut bien le remarquer, qu'elle ait été contraire à ses intentions. Il a dit seulement (Mém., 150, et Gourgaud, 97): «Le mouvement fut prématuré ; » et (Notes sur l'Art de la Guerre, Corresp., XXXI, 393) : « La charge de la cavalerie, à quatre heures du soir, a été faite un peu trop tôt. » Il a dit aussi (Mém., 189) : « L'intention de l'empereur était d'ordonner ce mouvement, mais une heure plus tard. »
Dans sa lettre du 15 juillet, Jérôme ne donne pas le motif pourquoi l'empereur voulait que Ney n'exécutât cette grande charge que « trois quarts d'heure plus tard ». Gourgaud (96) dit qu'il fallait auparavant « voir l'issue de la manœuvre des Prussiens ». Ce ne peut être la raison. A 3 heures et demie, quand l'empereur ordonna à Ney d'occuper la Haye-Sainte, mouvement préparatoire à la grande attaque projetée, l'avant-garde de Bùlow arrivait à peine dans le bois de Paris, où son approche n'était même pas signalée. Si la fumée n'était pas trop épaisse, Napoléon voyait à 2 lieues, sur les hauteurs de Chapelle-Saint-Lambert, une partie des masses prussiennes (la division Hacke). Il pouvait donc croire que Bûlow gardait encore l'expectative et il ne pouvait vouloir, sous peine de perdre au moins trois heures, différer sa grande attaque jusqu'à « l'issue d'une manœuvre » qui n'avait pas commencé, qui était même encore dans le futur contingent. D'ailleurs l'empereur, cela tombe sous le sens, ne voulait pas attendre d'être attaqué par les Prussiens pour attaquer les Anglais; il voulait, au contraire, culbuter les Anglais avant l'arrivée des Prussiens, comme on le présumait dans l'état-major de Bliicher. « Napoléon, dit Gneisenau, essaiera par des efforts suprêmes de forcer la ligne anglaise. Il n'emploiera contre nous que le minimum nécessaire pour nous arrêter tant qu'il n'aura pas frappé le grand coup contre les Anglais. » (Von Ollech, 227.) — Si donc Napoléon avait ordonné à Ney de ne rien brusquer, c'était vraisemblablement pour donner le temps à l'artillerie d'exercer ses ravages, à l'infanterie de d'Erlon de se rallier complètement, à l'infanterie de Reille d'occuper Hougoumont, à la garde à pied d'avancer; c'était enfin pour bien préparer et bien soutenir la grande charge de cavalerie.
çant contre eux tous les cuirassiers de Milhaud. C'est pourquoi il avait fait avancer ces deux divisions. Peut-être, cependant, eûl-il hésité à les engager sans un nouvel ordre de Napoléon. Mais quand il vit descendre dans les fonds de la Haye-Sainte, avec cette multitude d'escadrons cuirassés, les chasseurs à cheval de la garde et les lanciers rouges, il ne douta pas que ce ne fût d'après les instructions mêmes de l'empereur, qui avait jugé l'heure opportune pour la grande attaque. Autrement, la cavalerie légère de la garde aurait-elle suivi les cuirassiers ? 11 paraît à peu près certain, pourtant, que Napoléon n'avait rien vu de ce mouvement*. Du pli de terrain où se trouvaient en position les divisions de Milhaud et de Lcfebvre-Dcsnocltes, elles pouvaient gagner la route de Bruxelles, la traverser tout contre la Belle- Alliance et descendre daus le vallon sans que les aperçût l'empereur, posté près de la maison Decostcr2. Mais le maréchal Ney n'en était pas moins bien fondé à supposer que cette masse étincelante de cinq mille cavaliers n'avait pas échappé aux regards de Napoléon, Il forma en hâte ces Beaux escadrons
1. Le général Rogniat, qui, à Waterloo, commandait en chef le génie, et qui est peu suspect de bienveillance pour Napoléon, dit dans ses Considérations sur l'Art de la Guerre, 235 : « Lorsque la cavalerie s'engagea sur les lignes anglaises, Napoléon parut surpris et douta un moment que les masses de cavalerie qu'il voyait au milieu des Anglais lui appartinssent; et, lorsqu'il en eut la certitude, il sembla mécontent de celte charge prématurée. » — Si donc l'empereur avait vu partir la cavalerie, il eût vraisemblablement donné des ordres pour l'arrêter.
2. Celle configuration du terrain suffit à expliquer pourquoi l'empereur ne vit pas le mouvement de la cavalerie. — Napoléon a dit aussi (Notes sur l'Art de la Guerre, Corresp., XXXI, 398) : « Quand le général Milhaud s'engagea sur le plateau, Napoléon était occupé à repousser Bùlovv dont la mitraille arrivait déjà sur la chaussée de la Belle-Alliance. » L'empereur fait confusion entre les charges de Milhaud et celles de Kellermann. Milhaud commença ses charges entre 4 heures et 4 heures et quart, au plus tard. Tous les documents étrangers sont d'accord sur ce point. (Rapport du prince d'Orange. Kennedy, 115, 119, 120. Waterloo Letlers, 52, 124, 292, etc.) L'empereur lui-même, dans la même note, dit : à 4 heures. D'autre part, il est certain que Bûlow se démasqua seulement à 4 heures
dans le creux du vallon, sur la gauche de la route de Bruxelles, et s'élança à leur tête contre l'armée anglaise *.
Wellington songeait si peu à battre en retraite qu'il venait de renforcer son front de bataille par plusieurs brigades de sa seconde ligne et de sa réserve. Les Brunswickois se portèrent au soutien des gardes de Maitland, les brigades Mitchel et Adam traversèrent la route de Nivelles pour s'établir au-dessus d'Hougoumont, en avant du chemin d'Ohain2. On n'était pas, d'ailleurs, sans inquiétude dans l'armée alliée. L'état-major observait avec anxiété — anxiously — les positions françaises, en cherchant à prévoir quel mouvement préparait Napoléon, lorsque la cavalerie descendit vers la Haye-Sainte. La surprise fut extrême et beaucoup
et demie. Jusque-là il resta caché dans le bois de Paris. (Rapport de Bulow. Rapport de Gneisenau. Damitz, II, 273.) Napoléon dit lui-même (Gourgaud, 94) : « A 4 heures et demie, le général Domon fit prévenir que le corps de Bulow débouchait du bois. » Donc, à 4 heures, Napoléon n'était pas occupé à repousser Bulow, dont l'approche ne lui avait même pas encore été signalée.
1. Kennedy (114, 117), Cotton (88), le major Lautour du 23e Light dragoons (Woterloo Letters, 99), Siborne (II, 65-GG), disent expressément que cette première charge fut soudaine et générale. Leur témoignage est confirmé par la Relation de Reille et les Notes journalières de Foy.« En peu de minutes, dit Foy, les plateaux ont été couverts, inondés par la procella equestris. Cf. Heymès, 23.
Il est absolument faux que la grande charge de Milhaud ait été provoquée, comme on l'a dit parfois, par un engagement des lanciers de Jacquinot contre la cavalerie anglaise, ou, comme on l'a dit aussi, par un engagement d'une brigade de cuirassiers contre un bataillon hanovrien qui se portait au secours de la Haye-Sainte. Il y a là une double confusion avec les charges partielles des cuirassiers et des lanciers entre 2 heures et demie et 3 heures.
2. Lettres d'officiers des brigades Adam, Maitland, Byng, Mitchel. [Waterloo Letters, 252, 270-271, 289-290, 316, 391.) Craan, Notice pour le Plan. Siborne, II, 63.
de craintes se dissipèrent. « Nous nous étonnâmes, dit Kennedy, que l'on tentât une attaque de cavalerie contre une infanterie encore non ébranlée et qui, grâce aux plis de terrain derrière lesquels elle était couchée, avait peu souffert de la canonnade *. » Aussitôt, les hommes furent debout, formés en carrés. Les batteries restèrent en avant du front, sur le bord môme du plateau. On envoya les attelages au Join, et les canonniers reçurent l'ordre de tirer jusqu'au dernier moment, puis de se réfugier dans les carrés en abandonnant leurs pièces 2.
La cavalerie française s'avançait en échelons de colonnes d'escadrons, les cuirassiers à la droite, les chasseurs et les chevau-légers à la gauche. La direction était légèrement oblique, les premiers échelons manœuvrant pour aborder la partie plane du chemin d'Ohain, les échelons de gauche conversant vers les rampes qui s'élèvent au-dessus de Hougoumont3. On prêtait le flanc à l'artillerie ennemie. Dès que les cuirassiers commencèrent à déboucher des fonds où ils s'étaient formés, les batteries françaises cessèrent de tirer et les batteries anglaises accélérèrent leur feu. Les pièces avaient double charge : boulet et paquet de mitraille ou boulets rames4. Une rafale de fer. Les chevaux montaient au trot, assez lentement, sur ces pentes
1. Kennedy, 114-115. Général Hûgel au roi de Wurtemberg. Bruxelles, 19 juin. (Citée par Pfister, Aus dem Lager der Verbûndeten, 369.)
L'infanterie anglaise formant le centre gauche avait souffert davantage, mais de ce côté-là le plateau était inaccessible à la cavalerie à cause des hautes et fortes haies du chemin d'Ohain.
2. Kennedy, 115. Lettres d'officiers de l'artillerie anglaise. {Waterloo Letters, 186, 193.) Cotton, 88. Siborne, II, 67. Cf. Mercer, I, 310, et Mùffling (C de W.), 27.
3. Kennedy, 116. Notes du capitaine de Stuers, des lanciers rouges. (Comm. par M. de Stuers.) Siborne, II, 65-66. Cotton, 88.
4. Lettre de Yalcott, ûnJioyal horse artillery {Waterloo Letters, 193.) Kennedy, 1 10. Siborne, II, 66. Cotton, 88, 92. Mercer, Journal of the Catnpaign, I, 320.
roides, clans ces terres grasses et détrempées où ils enfonçaient parfois jusqu'aux genoux, au milieu de ces grands seigles qui leur balayaient le poitrail. En précipitant le tir, les batteries purent faire plusieurs décharges. Une dernière salve, à quarante pas, des batteries de Lloyd et de Gleeves, établies au point où s'élève aujourd'hui la butte du Lion, faucha à moitié les escadrons de tête. Les survivants s'arrêtèrent quelques secondes, paraissant hésiter. La charge sonna plus vibrante; on cria: Vive l'empereur ! Les cuirassiers se ruèrent sur les canons. Successivement, toutes les batteries furent prises ^. Superbe fait d'armes, mais capture illusoire. Les attelages manquaient pour emmener les pièces, les clous pour les mettre hors de service. On pouvait les renverser dans le ravin, enfoncer dans les lumières, à défaut de clous, des baguettes de pistolet. Rien ! Pas un officier ne songea même à faire briser les écouvillons2.
Les canons se sont tus, mais la fusillade roule et crépite. Entre la route de Nivelles et la route de Bruxelles, vingt bataillons anglais, hanovriens, brunswickois, allemands3, forment deux lignes de carrés en échiquier. Les balles frappent et ricochent
1. Lettres d'officiers de l'artillerie anglaise. {Waterloo Letters, 186, 193, 195, 215, 282.) Lettre de Hervey. (Nineteenth Century, mars 1893.) Capitaine Pringle, Remarques (t. VIII, de la Vie de Napoléon, par Walter Scott, 644). Kennedy, 116. Siborne, II, 65-68. Cotton, 88. Notes du colonel Planzeaux. (Arch. Guerre.) Notes journalières de Foy. — Foy dit que toutes les batteries étaient dépassées, et Siborne « que le feu cessa complètement pendant vingt minutes ». C'est bien preuve qu'elles étaient en notre pouvoir.
2. Le colonel Baudus (Relation comm. par M. de Montenon) s'étonne à juste titre qu'on ne donne pas dans chaque régiment, à quelques cavaliers d'élite, des marteaux et des clous sans tête pour enclouer rapidement les pièces prises. L'occasion s'en présenta quatre fois à Waterloo.
3. Il y avait alors en première et en seconde ligne un bataillon de Byng (les autres à Hougoumont) ; les quatre de Colin Halkett ; les deux de Maitland (à 1,000 hommes d'effectif chacun); deux d'Adam (les autres en réserve); deux d'Ompteda (les autres à la Haye-Sainte); les cinq de Kielmansegge; les trois de Kruse ; quatre de Brunswick (les autres en réserve).
sur les cuirasses avec le bruit de la grêle sur un toit d'ardoises. Cuirassiers et lanciers, les rangs déjà rompus par le feu, parla montée, par le passage môme de cette haie de canons, fondent sur les carrés. Mais, du bord du plateau où ils prennent le galop jusqu'à la première ligne d'infanterie, le champ est insuffisant. La charge manque d'élan et par conséquent d'action. Les Anglais sont en carrés sur trois rangs, le premier rang genou terre, le bec des crosses appuyé au sol, les baïonnettes inclinées formant chevaux de frise. Malgré leurs coups d'éperons et leurs coups de sabre, malgré leur vaillance et leur rage, les cavaliers ne peuvent percer ces murs d'hommes ^. Ils obliquent à droite et à gauche et, sous les feux croisés, vont charger les carrés de la seconde ligne. Gomme les vagues aux vagues, les escadrons succèdent aux escadrons. La nappe de cavalerie inonde tout le plateau. Cuirassiers, chasseurs, lanciers rouges tourbillonnent autour des carrés, les assaillent sur les quatre faces, s'acharnent contre les angles, rabattent les baïonnettes à coups de sabre, trouent les poitrines à coups de lances, déchargent leurs pistolets à bout portant, en des luttes corps à corps font des brèches partielles aussitôt fermées2.
Lord Ûxbridge voit cette mêlée. Les deux tiers de
Plus tard, les quatre bataillons de Duplat quittèrent leur position près de Merbe-Braine et vinrent prolonger la ligne des carrés.
Les carrés étaient d'un bataillon, sauf les carrés de Ilalkctt, qui étaient de deux bataillons à cause des pertes subies aux Qualre-Bras. — Sur le plan très minutieux de Craan, 16 carrés sont figurés.
1. Lettres d'officiers de l'artillerie et des brigades Mitchel et Halkett. (Waterloo Letters, 193, 216, 311, 318, 320, 326, 339.) Siborne, II, 67-68. Gotton, 88-89. Heymès, 23. Pringle, Remarques, 644. Relation de Kellerraann. (Arch. Guerre.) Notes de Foy. Notes de Stuers.
Certains carrés étaient sur quatre rangs. La plupart avaient les angles arrondis.
2. Lettres d'officiers de l'artillerie et des brigades Maitland, Halkett, Adam,
sa cavalerie n'ont pas donné. Il lance sur ces masses en désordre les dragons de Dôrnberg, les hussards d'Arenschild, les lanciers noirs de Brunswick, les carabiniers hollandais de Trip, les deux brigades hollando-belges de van Merlen et de Ghigny, en tout cinq mille chevaux frais. Ils ont le nombre, ils ont la cohésion. Les Français plient sous le choc, refluent dans les intervalles des carrés, échappent aux sabres pour tomber sous les balles. Ils abandonnent le plateau. Les canonniers raccourent à leurs pièces; sur toutes les crêtes, se rallume la ligne de feu des batteries anglaises1.
A peine au fond du vallon, les valeureux soldats de Milhaud et de Lefebvre-Desnoëttes reprennent la charge. De nouveau, ils gravissent sous la mitraille les pentes boueuses de Mont-Saint- Jean, s'emparent des canons, couronnent la hauteur, fondent sur l'infanterie, sillonnent d'éclairs d'épées tout l'échiquier des carrés2.
Plus d'un Anglais croyait la partie perdue. Des batteries de réserve prenaient leurs dispositions pour battre en retraite au premier ordre. Le colonel d'artillerie Gould dit à Mercer : « — Je crains bien que tout ne soit fini3. » De la Belle-Alliance, on
Mitchel. {Waterloo Letters, 189, 235, 242, 252, 272, 302, 311, 320.) Rapport de Pozzo di Borgo au prince Wolkonsky, Nivelles, 19 juin. (Papiers du général G.) Lettre de Hervey, aide de camp de Wellington. Kennedy, 116. Mercer, II, 301. Siborne, II, 69. Cotton, 89. De Brack, Avant-postes de cavalerie, 79. Ileymès, 23. Notes de Foy. Notes de Stuers, des lanciers rouges.
1. Lettres de lord Uxbridge, du major Lautour du 23e Light dmgnons. (Waterloo Letters, 10. 99, 100.) Mercer, II, 307-309. Kennedy, 117. Siborne, II, 70. Notes de Stuers. Tomkinson, Diary, 305.
2. Lettres d'officiers de l'artillerie et des brigades Dôrnberg, Halkett, Adam. (Waterloo Letters, 99, 1*9, 193, 234, 235, 302, 328, 339.) Kennedy, 117. Rapport du prince d'Orange, Bruxelles, 22 juin. (Suppl. Dispahhes of Wrliinr/ton, X, 555.) Siborne, II, 71-72. Mercer, II, 308. Notes de Foy. Notes de Stuers.
3. Capitaine Mercer, I, 301, 307, 308: « / fear ail is over. » Cf. Muffling, Aus meinem Leben, 213.
regardait ces magnifiques chevauchées ; on voyait les canons abandonnés, les cavaliers galopant sur le plateau, les lignes ennemies percées, les carrés entourés; on criait victoire autour de l'empereur '. Lui était surpris et mécontent que sa cavalerie se fût engagée sans ses ordres contre des troupes encore inébranlées2. Il dit à Soult : « — Voilà un mouvement prématuré qui pourra avoir des résultats funestes sur cette journée3. » Le major-général s'emporta contre Ney : « — Il nous compromet comme à Iéna ! » L'empereur promena un long regard sur le champ de bataille, réfléchit un instant, puis reprit : « — C'est trop tôt d'une heure, mais il faut soutenir ce qui est fait4. » Il envoya un de ses aides de camp, le général Flahaut, porter à Kellermann l'ordre de charger avec les quatre brigades de cuirassiers et de carabiniers s.
Kellermann jugeait, comme l'empereur, que le mouvement de Milhaud avait été prématuré ; il croyait imprudent d'engager aussi sa propre