‹ 1815 (volume 2)Chapitre 214 sur 271 · LA LIGNE ANGLAISE ÉBRANLÉE · texte numérisé non relu

LA LIGNE ANGLAISE ÉBRANLÉE

simple lieutenant. On envoie prudemment sur les derrières les drapeaux du 30e et du 736 ' .

« Le centre de la ligne était ouvert, dit un aide de camp du général Alten. Nous étions en péril. A aucun moment, l'issue de la bataille ne fut plus douteuse 2. » Malgré son assurance accoutumée, Wellington devenait anxieux. 11 voyait bien les masses noires de Blùcher déborder le flanc de l'armée française, mais lui-même restait sans soutien. On l'entendit murmurer : « Il faut que la nuit ou les Prussiens arrivent ! » Déjà il avait dépêché vers Ohain plusieurs aides de camp pour presser la marche du corps de Zieten. Mais sa résolution ne faiblissait pas Des officiers arrivaient de tous côtés pour lui exposer la situation désespérée où l'on se trouvait et lui demander de nouveaux ordres. Il répondait froidement: « — Il n'y a pas d'autre ordre que de tenir jusqu'au dernier homme3. »

Le flottement et le léger recul de la ligne ennemie n'avaient pas échappé au maréchal Ney. Mais ses soldats étaient aussi épuisés que ceux de Wellington. Il eût suffi, il le sentit, de quelques troupes fraîches pour les ranimer, les entraîner

1. Rapport de Kempt, Genappe, 19 juin. Rapport de Lambert, Genappe, 19 juin. Rapports d'Alten, Bruxelles, 19 et 22 juin. (Dispatches of Wellington, SuppL, X, 533, 535, 537, 559.) Waterloo Letters, 161, 179,330,340. Lettres de Hûgel au roi de Wurtemberg, 19 et 25 juin. (Citée par Pfister, Aus dem Lager der Verbundeten, 370, o90.) Kennedy, 127. Mïiffling, Aus meinem Leben, 215. Cotton, 106, 119, 120, 123, 126-127. Siborne, II, 146, 152-153, 156. Capitaine Pringle, Remarques sur la Camp, de 1815 (dans le tome IX de la Vie de Napoléon, par Walter Scott, 649).

2. Kennedy, 127. Cf. Hùgel (lettre du 19 juin au roi de Wurtemberg): « Le feu commençait à devenir dangereux pour le duc. » — Pringle, 649 : « A cause des morts, des blessés et des fuyards, nos forces étaient bien diminuées. » — Cotton, 120 : « Il semblait que le combat était désespéré. » — Siborne, II, 121 : « La situation était extrêmement grave. »

3. Lettres du major Freemantle et du colonel Murray. (Waterloo Letter s, 20, 21-22, 178. Journaldu lieutenant Woodberry, 313-314. Cotton, 125. Siborne, II, 143.) Cf. Kennedy, 128; von Ollech, 243; et colonel Frazer, Ze«er.s,560.

et vaincre la dernière résistance des Anglais. Il envoya le colonel Heymès demander à l'empereur un peu d'infanterie. « — Des troupes ! s'écria Napoléon ! Où voulez-vous que j'en prenne? Voulez-vous que j'en fasse K ? »

L'empereur avait encore huit bataillons de la vieille garde et six bataillons de la moyenne garde. Si, à l'instant, il en eût donné la moitié au maréchal Ney, on peut croire, de l'aveu môme de l'historien anglais le mieux informé et le plus judicieux, que ce renfort aurait enfoncé le centre ennemi2. Mais Napoléon, sans réserve de cavalerie, ne croyait pas avoir trop de tous ses bonnets à poil pour conserver sa propre position. Le moment n'était pas moins critique pour lui que pour Wellington. Sous une troisième poussée de tout le corps de Biïlow, Lobau pliait, et la jeune garde, après une défense acharnée, se laissait arracher Plancenoit3. Derechef, les boulets des batteries prussiennes labouraient le terrain près de la Belle-Alliance. Napoléon, déjà débordé sur son flanc, était menacé d'une irruption des Prussiens en arrière de sa ligne de bataille. Il fit former onze bataillons de la garde en autant de carrés et les établit face à Plancenoit, le long de la route de Bruxelles, depuis la Belle-Alliance jusqu'à Rossomme. Le 1er bataillon du 1er chasseurs fut maintenu au Caillou. Les géné-

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