PRISE DE LA HAYE-SAINTE
les Allemands se défendent à l'arme blanche. Le major Baring, avec quarante-deux hommes — tout ce qui reste de ses neuf compagnies — perce la masse des assaillants et regagne Mont-Saint-Jean1. Ney fait aussitôt établir une batterie à cheval sur un monticule près de la Haye-Sainte et pousse un régiment sur la sablonnière qu'abandonne de nouveau le 95e anglais. De ces deux positions, les canonniers tirent à moins de 300 mètres, les tirailleurs à moins de 80 sur le centre même de la ligne ennemie. Soutenus par ce feu qui fait brèche, les débris des divisions Allix, Donzelot et Marcognet montent des deux côtés de la ferme jusqu'au chemin d'Ohain. On se fusille à travers les haies, par-dessus les berges, on s'aborde à la baïonnette. Ompteda, avec les 5e et 8e bataillons de la Légion Germanique, opère sur la grande routeune contre-attaque qui réussit d'abord. Une balle
1. Relation du major Baring. Lettres de Leach, du 95e rifles, et de Graëme, de la Légion Germanique. {Waterloo Zetters, 365, 404-406.) Kennedv, 121-123. Cotton, 104-105, 110-111. Mauduit, II, 3^3-334. Siborne, II, 62-63. Dossier du chef de bataillon Borrel-Vivier, du 1er régiment du génie. (Arch. Guerre.) Note du général Schmitz (comm. par le commandant Schmitz).
Toutes les relations des combattants, Baring, Kennedy, Planzeaux, Heymès, et ceux des Waterloo Letters, s'accordent sur ce point, que la Haye- Sainte fut prise seulement entre 6 heures et 6 heures et demie. Comment, devant une pareille concordance des témoignages de visu, les historiens français, sans exception, peuvent-ils, sur la seule autorité de Gourgaucl, fixer à 4 heures l'enlèvement de cette position? Pour mémoire, les historiens Siborne et Chesney disent que la Haye-Sainte fut prise à 6 heures. Van Lôben, il est vrai, dit qu'il erojïquela Haye-Sainte fut prise à 4 heures ou un peu plus tard, mais il ajoute en note que, dans la relation hollandaise où il puise ses renseignements, l'heure n'est point précisée.
Wellington, dans une lettre du 17 août 1815 (Dispatches, XII, 619), dit que la Haye-Sainte « fut prise à 2 heures par la négligence de l'officier qui commandait ce poste ». C'est une grosse inexactitude en même temps qu'une accusation injuste. Le major Baring se défendit en héros. On a expliqué cette erreur de Wellington en disant qu'ayant vu à 2 heures le verger de la Have-Sainte aux mains des Français, il avait cru que toute la ferme leur appartenait aussi. C'est possible ; mais le « noble duc » aurait dû se renseigner.
le jette mortellement blessé à bas de son cheval. Le 5e bataillon se replie. Le 8% qui est plus en avant, est exterminé par un escadron de cuirassiers. Son drapeau est pris ; son chef, le colonel Schrader, est tué ; trente hommes seulement échappent aux sabres*.
Le centre gauche ennemi (brigades Kempt, Pack, Lambert, Best et Winke) tient ferme ; mais, à l'extrême gauche, les Nassaviens du prince de Saxe- Weimar se laissent, pour la seconde fois, débusquer de Papelotte par la division Durutte, et, au centre droit, les Anglo-Alliés sont ébranlés, à bout de résistance. Les munitions s'épuisent, des pièces sont démontées, d'autres sans servants. Le prince d'Orange et le général Alten, blessés tous deux, quittent le champ de bataille ; les colonels Gordon et de Lancy-Evans, aides de camp de Wellington, sont tués. Les brigades de cavalerie de Somerset et de Ponsonby sont réduites ensemble à deux escadrons ; la brigade Ompteda n'est plus qu'une poignée d'hommes, la brigade Kielmansegge se replie derrière le village de Mont-Saint-Jean, la brigade Kruse recule. A l'arrière, les fuyards se multiplient. Le régiment des hussards Gumberland tout entier tourne bride, colonel en tête, et détale au grand trot sur la route de Bruxelles. Partout les rangs s'éclaircissent, les blessés étant nombreux et nombreux aussi les hommes qui s'éloignent sous prétexte de les porter aux ambulances. Il y a du désordre même dans l'intrépide brigade Colin Halkett, où un bataillon se trouve commandé par un
1. Rapport d'Alten, Bruxelles, 19 juin. (Dispatches of Wellington, Suppl., X, 534.) Lettre d'Alten au duc de Cambridge, Bruxelles, 20 juin. (Papiers du général G.) Waterloo Letters, 128, 330, 390, 391. Kennedy, 124. Cotton, 105, 113-114. Siborne, II, 113-116. Souvenirs d'un ex-officier, 293.