L ASSAUT DE MONT-SAINT-JEAN
digue formée incontinent au sommet du plateau de la Belle-Alliance avec tous les bataillons de la garde, quels lendemains elle préparait à Napoléon! L'armée réduite de moitié (car le corps de Grouchy laissé isolé, coupé de sa ligne de retraite, paraissait voué à une destruction totale), la frontière ouverte, la France découragée, le patriotisme abattu, la Chambre passant de l'hostilité sourde à la guerre déclarée, partout l'intrigue, l'abandon, la trahison. Plutôt que revivre l'agonie de 1814, mieux vaut tenter un effort suprême et désespéré pour violer la Fortune rebelle.
L'approche du Ier corps prussien n'eut d'autre etfet sur l'empereur que de lui faire précipiter son attaque. Six bataillons de la garde étaient seuls arrivés encore dans les fonds de la Haye-Sainte. L'empereur en posta un (le 2e du 3e grenadiers) sur un petit mamelon, à mi-chemin de cette ferme et d'IIougoumont; et, apercevant Ney qui se trouvait toujours partout où il y avait la mort à affronter, il lui remit le commandement des cinq autres pour donner l'assaut au centre droit anglais *.
1. Lettre de Ney au duc d'Otrante, 26 juin. (Journal des Débats, 29 juin.) Relation du général Petit. (Collection Morrisson de Londres.) Drouot, Discours à la Chambre des Pairs. (Moniteur, 24 juin.) Gourgaud, 101. Napoléon, Menu, 160.
Le général Petit précise bien qu'il y eut seulement cinq bataillons qui marchèrent au plateau, tous appartenant à la moyenne garde : le 1er du 3e grenadiers, — le bataillon unique du 4e grenadiers, — les deux bataillons du 3e chasseurs, — le 4e chasseurs, réduit à un seul bataillon par suite des pertes subies à Ligny. Ney dit qu'il mena à l'ennemi quatre régiments. Cela n'est pas moins exact; mais, de ces quatre régiments, deux étaient d'un seul bataillon, et un bataillon était détaché. Restaient donc cinq bataillons sous le commandement de Ney.
C'est tout à fait à tort, et dans une intention facile à comprendre, que les
En même temps, il fit tenir l'ordre aux batteries d'accélérer leur feu, à d'Erlon, à Reille et aux commandants des corps de cavalerie de seconder sur leur front respectif le mouvement de la garde. Le bruit que les Prussiens débouchaient d'Ohain pouvait se répandre. L'empereur voulut prévenir cette alarme. Il chargea La Bédoyère et ses officiers d'ordonnance de parcourir la ligne de bataille en annonçant partout l'arrivée du maréchal Grouchy^. Ney a dit qu'il fut indigné de ce stratagème. Gomme si Napoléon avait le choix des moyens ! Ce qui est certain, c'est que, à cette fausse nouvelle, la confiance revint et l'enthousiasme se ralluma. Les troupes reformèrent leurs rangs en criant : Vive l'empereur ! Des blessés se redressaient pour acclamer au passage les colonnes en marche. Un soldat à trois chevrons, un vieux de Marengo, assis, les jambes broyées par un boulet, contre un remblai de la route, répétait d'une voix haute et ferme : « — Ce n'est rien, camarades. En avant! et vive l'empereur2! »
Wellington, malgré la fumée qui s'épaississait de plus en plus, avait-il vu les mouvements préparatoires à cette attaque finale ? En tout cas, il en fut averti par un traître. Au moment où Drouot rassemblait la garde, un capitaine de carabiniers, traversa le vallon au grand galop, déliant les boulets et la grêle des balles, et aborda, le sabre au fourreau et la main droite en l'air, les tirailleurs avancés
auteurs anglais prétendent qu'il y avait à l'attaque huit et même douze bataillons de la garde.
1. Lettre de Ney au duc d'Otrante, 26 juin. Gourgaud, 101. Napoléon, Mém., 1U0. Notes de Baudus (comm. par M. de Montenon).
2. Notes de Baudus, Souvenirs d'un ex-officier, 29G. Lettre du capitaine Powel. {Waterloo Lelters, 254.) Lettre de Uùgcl au roi de Wurtemberg Bruxelles, 15) juin (citée par Pfister, Aus dem Lager der VerbiXndeien, 390). Colonel Lemonnier, Campagnes, 387-388.