RETRAITE SUR LAON
garde4. Il avait avec lui Bertrand, Drouot, Dejean, Flahaut, Bussy. Il fut rejoint à Philippeville par le duc de Bassano accompagné de Fleury de Chaboulon, puis par le maréchal Soult2. Entre toutes ses préoccupations, la plus pressante était le ralliement de l'armée. Des instructions furent envoyées aux commandants de Givet, d'Avesnes, de Maubeuge, de Beaumont, de Landrecies. Ils devraient ravitailler en vivres et en munitions les détachements et les isolés qui se présenteraient devant ces places et les diriger ensuite sur les points de rassemblement : Laon pour les 1er, 2e et 6e corps d'infanterie ; La Fère pour l'artillerie ; Marie, Saint-Quentin, Réthel, Vervins et Reims pour la cavalerie ; Soissons pour la garde. Seul parmi les commandants de corps d'armée, Reille avait rejoint l'empereur à Philippeville ; il reçut la mission de réorganiser les troupes qui arrivaient sur les glacis de cette forteresse. Une nouvelle dépêche, prescrivant au maréchal Grouchy de battre en retraite vers Philippeville ou Givet, lui fut expédiée par un espion, du nom de Cousin. On avertit les commandants de place des 2e et 16e divisions militaires de se tenir sur leurs gardes3.
L'empereur n'avait pas à penser seulement à son
1. Journal des Séjours de l'Empereur. (Arch. nat. AF* IV, 437.) Napoléon, Mém., 169. Récit de V Ambigu, de Londres, LU, 441. Relation de la bataille de Mont-Saint-Jean, 99.
2. Fleury de Chaboulon, II, 185. Cf. 187 ; et Relation de Trauffé, commandant la place de Mézières. (Arch. de Mézières.)
3. Ordres de Soult, Philippeville, 19 juin. (Arch. Guerre.) — Il y a seulement quatre de ces ordres du 19 juin transcrits sur le registre du majorgénéral. — Cf. Gourgaud, 130. Fleury de Chaboulon, II, 185.
Selon Fleury de Chaboulon, l'empereur n'aurait pas revu Soult à Philippeville, et les instructions relatives aux ordres à rédiger et à envoyer par le major-général auraient été dictées au duc de Bassano. Pourquoi, en tout cas, Bassano, puisque Bertrand qui, en pareille occurrence, suppléait le majorgénéral, était là? Mais du témoignage de Gourgaud (131), confirmé implici-
armée : il y avait l'opinion, il y avait les ennemis de l'intérieur, il y avait la Chambre. Il écrivit deux lettres à son frère Joseph. L'une, destinée à être lue au Conseil des ministres, ne rapportait qu'avec certaines réticences l'issue de la bataille ; dans l'autre, toute personnelle, Napoléon ne cachait rien de ce grand désastre * et annonçait son retour immédiat à Paris2. Fleury de Chaboulon, à qui furent dictées ces lettres, assure que la seconde se terminait ainsi : « ... Tout n'est pas perdu. En réunissant mes forces, les dépôts, les gardes nationales, j'aurai 300,000 hommes à opposer à l'ennemi. Mais il faut que l'on m'aide et qu'on ne m'étourdisse pas... Je crois que les députés se pénétreront que leur devoir est de se réunir à moi pour sauver la France3. »
L'empereur mit ensuite la première main au Bulletin des batailles de Ligny et de Mont-Saint- Jean, qui devait paraître dans le Moniteur4. Puis,
tement par le texte de certains ordres de Soult, il semble bien que ce maréchal reçut directement, à Philippeville, les instructions de l'empereur.
Gourgaud dit que l'empereur fit envoyer aussi aux généraux Rapp, Lecourbe et Lamarque, l'ordre de se replier à marches forcées sur Paris. Il n'y a pas trace de ces dépêches dans le Registre du major-général, ni aux Archives de la Guerre. En outre, Rapp écrivit de Wissembourg à Davout, le 24 juin, qu'il attendait des ordres pour savoir s'il devait revenir vers Paris. (Arch. Guerre, Armée du Rhin.)