‹ 1815 (volume 2)Chapitre 242 sur 271 · DÉPART DE L'EMPEREUR POUR PARIS · texte numérisé non relu

DÉPART DE L'EMPEREUR POUR PARIS

temps, à Paris, l'empereur prendrait avec Davout et Carnot les mesures de salut public. Il conjurerait la crise politique, accélérerait tous les services, ferait diriger sur Laon les disponibles des dépôts, les bataillons de mobilisés, les batteries de campagne, les convois d'armes et de munitions, décréterait, de concert avec les Chambres, de nouvelles levées de soldats et de gardes nationales, et viendrait, après quatre ou cinq jours, reprendre le commandements On a dit que Napoléon « abandonna » son armée, comme en Egypte et en Russie2. Hélas! Napoléon n'avait plus d'armée. De Grouchy, il ne savait rien3; on le présumait en grand péril avec les corps de Vandamme et de Gérard 4. Des 74,000 combattants de Waterloo, 40,000 peut-être s'étaient retirés sains et saufs et avaient repassé la Sambre5; mais

1. Gourgaud, 132-133. Napoléon, Mém.,111. Monlholon, Récits^ I, 3; II, 179. Las-Cases, I, 20.

2. Si Bonaparte n'avait pas « abandonné » son armée en Egypte, il n'aurait été ni consul ni empereur. Si Napoléon n'avait pas « abandonné » son armée en Russie, il n'eût pas, pour ainsi dire, fait sortir de terre la Grande Armée de 1813. Si enfin il n'eût pas « abandonné » son armée après Waterloo, un vote de déchéance l'eût surpris à Laon, au milieu de cette armée, comme l'année précédente à Fontainebleau. Sansdoute.cn 1815, iln'arrêta pas la marche des choses en allant à Paris, puisqu'il y fut contraint d'abdiquer; mais il pouvait et il devait espérer que sa présence aurait un tout autre effet.

3. C'est seulement dans la nuit du 21 au 22 juin que Soult reçut à Laon un avis du général Dumonceau, commandant la 2e division militaire, annonçant que, d'après une dépêche du général Bonnemains, datée de Dinant, 20 juin, l'année de Grouchy repassait la Sambre à Namur. (Soult à Grouchy, Laon, 22 juin, 7 heures du matin, et à Napoléon, 22 juin, 6 heures du matin. Registre du major-général.)

4. Fleury de Chaboulon, II, 191. Cf. Rapport de Davout à la Commission de Gouvernement, 23 juin (Arch. nat. AF. IV, 193G) : « On a l'espérance, fondée maintenant, que la portion de l'armée qui agissait sous le maréchal Grouchy et qui inspirait de grandes inquiétudes, est conservée à la patrie. »

5. L'état des pertes de l'armée française à Waterloo n'ayant pas été dressé, on nepeutqueles évaluer approximativement. Gourgaud (128) les porte à 2iî,000 hommes, dont 7,500 prisonniers. — D'après les Mémoires manuscrits de M™8 de X..., qui tenait le renseignement de Joseph, 30,000 hommes seraient restés sur le champ de bataille. Un rapport confidentiel adressé d'Avesnes à Davout, le 20 juin (Arch. Guerre), évalue les tués, les blessés et les prisonniers à 30,000 ou 40,000.

Si l'on consulte les situations, on trouve pour les seuls corps ayant corn-

plus des trois quarts de ces hommes étaient encore dispersés depuis Cambrai jusqu'à Rocroi, cheminant sur les routes isolément ou par petits groupes bivouaquant dans les bois, s'arrêtant chez les paysans. Le 20 juin, à l'heure où Napoléon quitta Laon pour aller à Paris, il y avait 2,600 soldats rassemblés à Philippeville et environ 6,000 à Avesnes *, C'était toute l'armée.

battu à Waterloo un total de présents sous les armes de 26,715 hommes le 29 juin, et de 32,646 le 1er juillet. (Arch. Guerre, carton des situations.) Gomme il y avait 7'i,000 hommes à Waterloo, on y aurait donc perdu 41,500 hommes. Mais le calcul ne saurait être exact: 1° Surces 32,646hommes rassemblés le 1er juillet, un certain nombre venaient d*ètre versés des dépôts dans les bataillons et escadrons de guerre. — 2° Beaucoup d'hommes de bonne volonté n'avaient pas encore rallié. — 3° Des soldats échappés au désastre, une multitude avait déserté, les uns parce qu'ils étaient las de combattre, les autres parce qu'ils croyaient la guerre finie « puisque l'empereur avait abdiqué ». Même parmi les soldats qui avaient rejoint les corps du 19 au 23 juin, il y eut beaucoup de désertions quand fut connue l'abdication.

Dans le Tableau des officiers tués et blessés pendant les guerres de l'Empire, par M. Martinien, employé aux Archives de la Guerre (ouvrage sous presse), les pertes en officiers pour la bataille de Waterloo sont portées à 720, et pour les batailles de Ligny et des Quatre-Bras à 346. Or j'ai donné le chiffre total des tués et blessés à Ligny et aux Quatre-Bras : environ 13,500. Si donc la proportion fut la même à Waterloo entre les officiers et les hommes de troupe, il y aurait eu dans cette terrible action plus de 27,000 Français tués et blessés.

En résumé, il est vraisemblable que des 74,000 Français qui avaient combattu à Waterloo, 25,000 ou 27,000 furent tués ou blessés, 8,000 ou 10,000 furent faits prisonniers, 30,000 rallièrent les corps, et 8,000 ou 10,000 désertèrent.

1. Soult à Napoléon, Rocroi, 20 juin. (Registre du major-général.) Jérôme à Napoléon, Wavre, 21 juin. (Citée dans les Mémoires du roi Jérôme, VII, 131.)

On a vu d'ailleurs, dans la note précédente, que ce noyau d'armée s'augmenta rapidement ; dès le 22 juin, il y avait 14,800 hommes rassemblés à Laon. (Soult à Napoléon, 22 juin, Arch. Guerre.)

Page 1