MARCHE DE GROUCHY SUR WAVRE
lettre de l'empereur ou plutôt de Soult, datée du Caillou, dix heures du mâtiné La suscription portant : Au maréchal Grouchy, à Gembloux ou en avant, l'estafette, l'adjudant-commandant Zenowicz, avait dû passer par Genappe, Sombreffe et Gembloux. C'était un trajet de dix lieues. Zenowicz aurait pu cependant l'effectuer en moins de temps2. Au reste, cette dépêche, qui prescrivait à Grouchy de marcher sur Wavre tout en liant les communications avec l'armée impériale, lui fût-elle parvenue plus tôt, qu'il n'eût rien changé à ses dispositions essentielles. Après l'avoir lue, il dit même à son aide de camp Bella « qu'il se félicitait d'avoir si bien rempli les instructions de l'empereur en marchant sur Wavre au lieu d'écouter les conseils du général Gérard3 » ; et il fit répondre à Berthezène qui lui avait envoyé un aide de camp pour
Zenowicz dit avoir remis la dépêche à Orouchy entre 3 et 4 heures. Cette assertion concorde avec le récit de Grouchy, que la lettre de Soult lui parvint après la retraite des Prussiens du défilé de la Huselle (au plus tôt à 3 heures, selon les documents allemands) et au retour de sa reconnaissance vers la Dyle. — Le témoignage de Le Sénécal (Grouchy, Iielat. suce, App. IV, 8), que la dépêche fut remise par Grouchy vers midi 1/2, « au moment de l'attaque de l'arrière-garde prussienne au bois de Limelette (La Huselle) » — attaque qui commença à 2 heures au plus tôt — est manifestement inexact.
1. J'ai donné le texte de cette lettre à la page 31G, note 2.
2. A la vérité, Zenowicz (29-30) assure que la dépêche, bien que datée de 10 heures, ne lui fut pas remise par Soult avant 11 heures 1/4. « Il y avait, dit-il, quelques minutes seulement que je galopais quand la canonnade se tit entendre. » Ce détail parait confirmer l'exactitude de l'assertion de Zenowicz.
Zenowicz, d'ailleurs, est loin d'être véridique sur tous les points. Il rapporte (29) que l'empereur lui dit à 10 heures, en avant du Caillou: « Vous reviendrez me rejoindre par ici quand Grouchy débouchera. Il me tarde qu'il soit en communication directe et en ligne de bataille avec nous.» Les paroles que Zenowicz prête à l'empereur sont en contradiction flagrante avec l'ordre écrit : « Sa Majesté désire que vous dirigiez vos mouvements sur Wavre où vous devez arriver le plus tôt possible. » Grouchy ne pouvait en même temps se porter sur Wavre et venir prolonger la droite de l'empereur.
3. Questionnaire de Grouchy à Bella. Déclaration de Bella. Déclaration de Le Sénécal. (Grouchy, Relat. suce, App. IV, 9, 45, 49-50.) Cf. Rapport de Grouchy à Napoléon, Rosieren, 19 juin, 9 heures du matin. (Arch. Guerre.)
l'informer de la marche de colonnes prussiennes dans la direction du feu : « — Que le général soit tranquille, nous sommes sur la bonne route. J'ai des nouvelles de l'empereur, il m'ordonne de marcher sur Wavre ^. »
L'empereur ordonnait aussi, subsidiairement il est vrai, de lier les communications avec le gros de l'armée. Grouchy prit de lentes mesures pour exécuter ces instructions. Pajol venait de lui faire rendre compte, par un aide de camp, que la colonne de droite, dans sa marche de Grand-Lèz sur Tourinnes, n'avait point trouvé trace de l'ennemi. Grouchy renvoya l'aide de camp avec l'ordre pour Pajol de porter incontinent le 2e corps de cavalerie et la division Teste à Limale et d'y passer la Dyle de vive force 2. Grouchy ignorait le prix du temps, autrement il aurait désigné pour enlever le pont de Limale non point Pajol, qui, à Tourinnes, en était à trois lieues et demie, mais la cavalerie du général Vallin, qui se trouvait à une lieue de la Dyle, et la
1. Lettre de Berthezène, citée par Gérard, Dernières Observât., 25. Dans une lettre, d'ailleurs assez confuse et pleine d'inexactitudes (Van-
damme à Simon Lorière, Gand,. 9 février 1830, Arch. Guerre à la date du 18 juin 1815), Vandamme rapporte aussi que Grouchy l'aborda devant Wavre en lui disant d'un air triomphant: « Je viens de recevoir l'ordre de l'empereur de réunir toute l'aile droite devant Wavre. Je suis heureux d'avoir exécuté cet ordre deux heures plus tôt. » Vandamme, selon son propre témoignage, aurait jugé les choses tout autrement et aurait donné au maréchal un conseil analogue à celui de Gérard à Walhain.
2. Ordre à Pajol, 18 juin, route de Walhain à Wavre. (Cité par Grouchy, Relat. suce, App. III, 31.) — Dans une copie des Archives de la Guerre, on lit:Bielge(Bierges)au lieu de Limale; mais l'original au crayon devait porter Limale, puisque c'est sur Limale que se dirigea Pajol.) Cf. Rapport de Grouchy à Napoléon, Rosieren, 19 juin. (Arch. Guerre.) Grouchy, Relat. suce, 37. Pajol, le général Pajol, III, 229.
Grouchy assure qu'il expliqua et compléta son ordre écrit en disant à l'aide de camp chargé de le transmettre, que l'occupation de Limale avait pour objet de rétablir les communications avec l'empereur. Il est possible que ces instructions complémentaires aient été envoyées seulement une heure plus tard, après la réception de la seconde dépêche de Napoléon.