Davout à Napoléon, 17 mai. (Arch. nat. AF. IV
2. D'Erlon à Davout, Lille, 4 juin. (Arch. Guerre, Armée du Nord.) Lettre du colonel Vialla de Sommières, ancien sous-chef d'état-major du 1" corps, insérée dans la Bévue de l'Empire, III, 373. — Le colonel Taubin commandait la place de Condé par intérim, pendant l'absence du général Bonnaire, venu à Paris pour la cérémonie du Champ de Mai.
n'aboutit à aucun résultat. On ne put découvrir ni comment, ni pourquoi, ni depuis quand ces étranges cartouches se trouvaient en magasin *.
La discipline, qui, même dans les armées d'Austerlitz et de Wagram, était beaucoup moins forte qu'on ne se l'imagine, se relâche encore par l'effet de cette suspicion presque universelle, comme aussi des événements accomplis depuis une année. Les soldats sont peu portés à obéir à des chefs qu'ils croient capables de ragusades (c'est le mot en usage) et à respecter des généraux et des colonels qui, après les avoir fait marcher trois mois auparavant contre leur empereur, manifestent désormais le plus ardent bonapartisme. Seuls les officiers qui, pendant la période du 5 au 20 mars, ont par leurs propos ou leurs actes encouragé ou provoqué les hommes à la défection, conservent leur autorité. Et encore pas toujours ! Six officiers du 1er cuirassiers ayant été avancés d'un grade par l'empereur pour avoir entraîné le régiment sont reconnus, selon le règlement, devant le front des troupes. Les cuirassiers les accueillent par des murmures et des huées. « Nous en avons fait autant que vous, crient-ils, et nous n'avons ni avancement, ni autre récompense. » Dans plus d'un corps de troupe, on espère que tous les officiers seront remplacés par les sous-officiers. Dans plus d'une Adresse des régiments à l'empereur, on réclame la révocation du colonel. « Nous demandons, écrivent les dragons du 12e régiment, la destitution de notre colonel, dont l'ardeur pour Votre Majesté n'est pas à la
1. DErlon à Davout, Lille, 25 avril. (Arch. Guerre, Armée du Nord.) Davout, Corresp., 1636. — On verra plus loin que pendant la campagne, du là au 18 juin, on distribua encore à certains corps des cartouches et des gargousses chargées avec du son. (Soult à Davout, Laon, 21 juin. Arch. Guerre, Armée du Nord.)
hauteur de nos sentiments. » — « Nous sommes persuadés, écrivent les officiers, sous-officiers et soldats du 75e de ligne, que l'intention de Votre Majesté n'est pas de conserver un traître à la tête d'un régiment français *. »
Il y a une autre raison encore à l'esprit d'indiscipline. Dupes des apparences, comme à peu près tout le monde à cette époque, les soldats s'imaginent qu'ils ont fait seuls la révolution qui a ramené l'empereur aux Tuileries2. Napoléon leur doit le trône; en conséquence ils se croient tout permis au cri de : Vive l'Empereur ! Davout n'a-t-il pas déclaré que l'abandon de leurs corps par les soldats pendant les derniers événements ne doit être considéré que comme une preuve de dévouement à l'empereur ? le sage Drouot, lui-même, ne conclut- il pas à la réintégration dans les cadres de la vieille garde de sous-officiers cassés en 1814 pour avoir déserté « par chagrin du départ de Sa Majesté3»? Quels exemples pour une armée !
Le 26 mars, les dragons de la garde arrivent de Tours ; ils apprennent sur les quais que l'empereur passe une revue. Il y a un an qu'ils n'ont vu leur idole ! Us entraînent leurs officiers, enfilent le guichet du Louvre et débouchent au grand trot, tout couverts de boue, les chevaux en sueur,
1. Général Saunier à Davout, Orléans, 25 mars. D'Erlon à Davout, 1" avril. (Arch. Guerre.) Napoléon à Davout, 25 mars. (Arch. nat. AF. IV, 907.) Rapport du chevalier d'Artez, avril. (Suppl. Dispatches of Wellington, X, 250.) Adresses à l'empereur des 25e, 39e, 75e de ligne, 12e de dragons, etc. (Arch. nat. AF. IV, 1950.)
2. C'est là une illusion des contemporains qui en a imposé à tous les historiens. La révolution du 20 mars fut non point un mouvement militaire subi par le peuple, mais un mouvement populaire secondé par l'armée. J'ai cherché à le prouver (1815, I, 364-309), et, si j'en juge par l'opinion de la plupart des critiques, je crois y avoir réussi.
3. Ordres de Davout, 29 mars. (Arch. Guerre.) Rapport de Drouot 15 mai. (Arch. nat. AF. IV, 1940.)
sur la place du Carrousel, en vociférant : Vive Fempereur! Quelques jours plus tard, à une inspection à rangs ouverts, des dragons de la ligne se donnent le mot. Soudain, le premier rang fait demi-tour, et les deux rangs lèvent leurs sabres et les croisent au-dessus de l'empereur. 11 courbe la tête en riant et achève son inspection sous cette voûte d'acier^. Le fanatisme pour Napoléon peut excuser ces manquements à la discipline, ces caprices antiréglementaires. H y a des fautes plus graves. Les troupes de Grouchy, en marche de Pont-Saint- Esprit sur Marseille après la capitulation de La Pallud, commettent les pires excès à Orgon, sous prétexte que, l'année précédente, quand Napoléon exilé a traversé ce bourg, les habitants l'ont voulu pendre2. A Aire (Pas-de-Calais), le 105e de ligne en route pour la frontière commence à démolir une maison toute neuve dont la façade est décorée de fleurs de lys; pour calmer les soldats, le commandant de place ne trouve d'autre moyen que de faire incontinent mener en prison le malheureux propriétaire. A Aix, des canonniers, offusqués de voir de jeunes royalistes se promener avec d'énormes roses blanches à la boutonnière, les dispersent à coups de sabre3. A Saint-Germain, les tirailleurs de la jeune garde se mutinent et refusent d'entrer dans leur caserne parce qu'il n'y a point de drapeau tricolore à la porte. Dans les théâtres, les soldats maltraitent les spectateurs qui n'applaudissent pas la
1. Labretonnière, Souvenirs du Quartier Latin, 211, 225. — Cf. pour la venue des dragons de la garde à Paris, l'ordre de Davout à Pajol,21 mars. (Arch. Guerre.)
2. Grouchy à Le Sénécal, Aix, 15 avril. (Arch. Guerre, Armée des Alpes.) — Déjà, en juillet 1814, les habitants d'Orgon avaient été maltraités pour le même motif par un détachement d'infanterie. (1815, I, 47.)
3. Commandant de la place d'Aire à Drouot, 8 mai. (Arch. Guerre.) Préfet des Bouches-du-Rhône à Carnot, 25 mai. (Arch. nat. F. 7, 3774.)
Marseillaise. Dans les cafés ils battent les gens qui refusent de crier : Vive l'empereur M Entrés en Belgique, ils pillent à qui mieux mieux. « La maraude et le pillage sont dans l'armée, écrit le 17 juin à Soult le général de gendarmerie Radet. La garde elle-même en donne l'exemple. On a pillé des magasins à fourrages, volé des chevaux au piquet. On a pillé toute la nuit chez les Belges qui avaient tout donné de bon cœur et pansé nos blessés. Les hommes méconnaissent l'autorité de la gendarmerie. J'offre ma démission de Grand- Prévôt de l'armée2. »
Des régiments refusent le pain biscuité. Friant se plaint que les grenadiers de la garde traînent des femmes avec eux. Un voltigeur du 96e déserte en armes pour aller voir ses parents ; il rentre au bout de huit jours, et le colonel ne lui inflige qu'une légère punition disciplinaire 3. 292 soldats des 39e et 59e de ligne déclarent qu'ils déserteront s'ils ne passent point dans la garde. Des hommes du train qui ont suivi l'empereur depuis Grenoble se font incorporer au 1er hussards, et des hussards de ce régiment se font incorporer dans la garde4. Le général Barrois, commandant une division de jeune garde en formation, reçoit cette singulière supplique : « Monsieur le comte, nous sommes 1,374 hommes des 1er et 2e de ligne et du 1er léger
1. Maire de Saint-Germain à Davout, 6 mai. Ordre du jour de Pire, \'t mai. (Arch. Guerre.) Gorresp. des préfets et rapports de police, avriljuin. (Arch. nat. F. 7, 3740 et F. 7, 3774.)
2. Ordre du jour de Foy, Gosselies, 11 juin. (Registre de correspondance de Foy.) Ordre du jour de Vandamme, Gembloux, 18 juin. Radet à Soult, Charleroi, 16 juin, et Fleurus, 17 juin. (Arch. Guerre, Armée du Nord.)
3. Daure à Davout, Laon, 5 juin. Pire à Davout, Laon, 6 juin. Ordre du jour de Friant, Charleroi, 16 juin. Rapport de la 2e division militaire, 27 mai. (Arch. Guerre, Armée du Nord.)
4. Lobau à Davout, 3 et 7 avril. Davout à Lobau, 5 avril. (Arch. Guerre.)
qui avons toujours servi avec honneur. Nous croyons donc qu'il est de notre devoir de vous prévenir que nous ne voulons pas rester davantage dans nos régiments, bien que nous n'ayons pas à nous plaindre. Mais ayant servi dans la garde, nous voulons y retourner. Il serait imprudent de nous arrêter, le parti que nous avons pris étant irrévocable. Vous pouvez empêcher la faute que nous allons faire en obtenant notre rentrée à la garde. Mais nous ne voulons pas attendre plus de quatre jours. Nos colonels sont prévenus *. »
Il y avait des rivalités de corps qui provoquèrent des rixes et des duels. L'empereur se vit forcé d'ordonner la suppression, dans les cinq régiments de cavalerie portant le n° 1, des aiguillettes blanches que jalousaient les autres régiments2. Les soldats de l'île d'Elbe ayant été logés dans l'hôtel des Cent- Suisses, place du Carrousel, quelques enthousiastes avaient substitué à l'inscription de la grande porte celle de : Quartier des Braves. Les autres braves de l'armée, tout bonapartistes qu'ils étaient, virent là une offense. Les grognards furent plaisantes par leurs camarades de la ligne et môme de la vieille garde. On échangea des coups de sabre. Il fallut effacer l'inscription3.
Mais si l'armée est énervée par l'indiscipline, elle est animée par l'impatience de combattre, la résolution de vaincre, l'idolâtrie pour l'empereur, la haine de l'étranger. Un espion écrit de
1. Lettre citée in extenso dans un rapport deDrouot à Napoléon, 26 avril. (Arch. nat. AF. IV, 1940.) Cf. Reille à Drouot, 29 avril. (Ibid.)