Napoléon, Mém., 59. Cf. 1815, II, 88, note
5. Il y a des traces de ces hésitations dans la Correspondance : 13 mai, à Davout (21900) : « Quelle est la largeur de l'Escaut du côté de Mons, de
qui était de battre l'une après l'autre les deux armées occupant la Belgique, il fallait attaquer Wellington ou Blûcher avant qu'ils eussent opéré leur jonction. En prenant sa ligne d'opérations sur Bruxelles par Ath et en débouchant de Lille ou de Gondé contre la droite de Wellington, Napoléon refoulerait l'armée anglaise sur l'armée prussienne et se trouverait, deux jours plus tard, devant les deux armées réunies. Si, au contraire, il se portait contre la gauche de Blûcher par Givet et la vallée de la Meuse, il arriverait de môme à hâter la jonction des deux armées en poussant les Prussiens sur les Anglais. Par une de ses plus belles conceptions stratégiques, l'empereur résolut de se porter hardiment au centre môme des cantonnements ennemis, sur le point présumé de concentration des Anglo-Prussiens. La route de Charleroi à Bruxelles formant la ligne de contact des deux armées, c'est sur cette route que Napoléon comptait fondre, par Beaumont et Philippe ville, avec la rapidité de la foudre.
Les ordres de concentration furent donnés dans les premiers jours de juin. Le lor corps se porta de Valenciennes sur Avesnes; le 2e, d'Avesnes sur Maubeuge ; le 3e, de Rocroi sur Chimay ; le 4°, de Thionville sur Rocroi ; le 6% de Soissons sur Avesnes ; la garde impériale, de Paris par Soissons
la Sambre du côté de Charleroi, de la Meuse du côté de Maestricht ? et combien faut-il de pontons pour faire un pont sur chacune de ces rivières ?» — 22 mai, à Soult (22955) : « Si je prenais l'offensive par la gauche... »
sur Avesnes*. Les communications avec la Belgique et les Provinces Rhénanes étaient interceptées ; dans les ports de mer, l'embargo fut mis sur tous les bâtiments, jusque sur les barques de pécheurs; et, pour ne point donner l'éveil aux avant-postes ennemis, des corps francs et des divisions de gardes nationales vinrent remplacer aux frontières de l'Est et du Nord les troupes dirigées sur les points de rassemblement2. Quand Napoléon, qui avait quitté Paris dans la nuit, arriva à Laon le 11 juin, à midi, toutes les troupes opéraient leurs mouvements. Seul Grouchy, dont le quartier général élait précisément à Laon, n'avait pas encore fait bouger ses quatre corps de cavalerie. Mandé chez l'empereur, il dit qu'il n'avait reçu aucun ordre3. En effet, ce fut seulement le lendemain 12 juin que le major-général pensa à lui transmettre d'Avesnes les instructions de Napoléon 4 ! Mais aussitôt après avoir vu l'empereur, Grouchy avait envoyé l'ordre aux quatre corps de cavalerie de se rendre à la frontière à marches forcées ; lui-même, sans perdre une heure, était parti pour Avesnes. La concentration ne fut point retardée, puisque toute la cavalerie de réserve arriva au-delà d'Avesnes le 13 dans la nuit; mais plusieurs régiments avaient dû faire vingt lieues sans débrider, mauvais enlraî-
1. Napoléon, Corresp., 22004, 22005, 22006, 22022. Ordre de Napoléon, 10 juin. Ordres et lellres de Soult, 5 et (ï juin. (Arch. Guerre, Armée du Nord.) Rapport de Soult à Napoléon, Avesnes, 12 juin. (Arch. nat. AF. IV, l'!38v)
2. Ordre de l'empereur, 10 juin. La Poype à Davout, Lille, 2 juin. Ordres de Davout. ô et lu juin. Soult à Ilouyer, 5 juin. Frère à Davout, Lille, 8 juin. Vandamme à Davout, 10 juin. (Arch. Guerre, Armée du Nord.)
3. Grouchy, Helationsueeinete, 10-11. Déclaration du colonel de Blocqueville. Journal du généra! Bonncmains. (Arch. Guerre, Armée du Nord.)
4. Ordre de Soult, Avesnes, 12 juin : « L'empereur ordonne que vous mettiez en marche vos quatre corps sur Avesnes... Votre mouvement doit être terminé le 13. » (Arch- Guerre.)
nement pour des chevaux à l'ouverture d'une campagne1. Si, au moins, ce fâcheux incident avait éveillé l'attention de Napoléon sur la négligence de son major-général !
Le 13 juin, l'empereur vint coucher à Avesnes; le soir du 14, il porta son quartier-général à Beaumont, au centre de son armée2. Malgré le mauvais temps, toutes les troupes bivouaquèrent cette nuitlà aîîn de rester bien rassemblées3. Au réveil, il leur fut donné lecture, à la tête des bivouacs, de l'ordre du jour de l'empereur : «... Soldats, c'est aujourd'hui l'anniversaire de Marengo et de Friedland qui décidèrent deux fois du destin de l'Europe. Alors, comme après Austerlitz, comme après Wagram, nous fûmes trop généreux. Aujourd'hui, cependant, coalisés contre nous, les princes que nous avons laissés sur le trône en veulent à l'indépen lance et aux droits les plus sacrés de la France. Ils ont commencé la plus injuste des agressions. Marchons donc à leur rencontre ; eux et nous, ne sommes-nous plus les mêmes hommes4? »
Les positions de l'armée étaient celles-ci : le 1er corps (20,731 hommes sous Drouet d'Erlon3), formant l'extrême gauche, entre la route d'Avesnes
1. Journal de Bonnemains. Déclaration de Blocqueville. Gronchy, Rplatinn succincte, 10. — Bonnemains dil que beaucoup de chevaux étaient blessés au garrot et que tous étaient harassés.
2 Journal des Séjours de l'empereur. (Arch. nat. AF* IV, 437.)
3. Napoléon, Corresp., 22041). Grouchy à Soult et à Kellermann, Bossus, 14 juin. (Arch. Guerre.)
4. Ordre à l'Armée, Avesnes, 14 juin. (Cnrrexp., 22052.) — Cotte proclamation fut lue aux troupes au réveil. Ordre de d Erlon, 14 juin. (Ai «.h. < riicrre.)