LE COMBAT DE GILLY
cette première journée, se porter sur le point de jonction présumé des deux armées alliées de façon à les y devancer. Maintenant, puisque ses adversaires lui en laissent le temps, il va étendre son champ d'action et les mettre dans l'impossibilité de se réunir. Le gros des Anglais venant de Bruxelles et le gros des Prussiens venant de Namur, les deux armées doivent nécessairement opérer leur jonction par la chaussée de Namur à Nivelles qui passe à Sombreffe et croise aux Quatre-Bras la route de Gharleroi à Bruxelles. L'empereur veut donc porter son aile gauche aux Quatre-Bras et son aile droite à Sombreffe ^. Lui-même s'établira à Fleurus, sommet du triangle formé par ces trois points, prêt à fondre, le lendemain, avec sa réserve sur celle des armées ennemies qui s'approchera la première. Si toutes deux se dérobent, il gagnera Bruxelles sans tirer un coup de canon.
Grouchy arriva comme l'empereur achevait de donner ses instructions au maréchal Ney, qui partit sur-le-champ. Grouchy était parvenu une heure auparavant, avec les dragons d'Exelmans, au pont
1. Grouchy dit positivement et à plusieurs reprises (Relation succincte, 12, et Appendices, IV, 32 et VII, 12: déclaration de l'aide de camp Bella, et Noies sur les lettres de Jomini) que Napoléon lui donna non seulement verbalement, mais par écrit, l'ordre de poursuivre l'ennemi au-delà de Fleurus et de Sombreffe, et même de pousser des partis sur Gembloux. Cette assertion est confirmée par la lettre de Grouchy à Napoléon, Fleurus, 16 juin, 5 heures du matin (Arch. Guerre): « Je réunis en ce moment mes troupes pour effectuer le mouvement que vous avez ordonné sur Sombreffe. »
Donc, malgré les dénégations de Napoléon dans la quinzième de ses Notes sur l'art de la guerre, du général Rogniat, il est certain que son objectif était d'occuper Sombreffe le soir du 15 juin.
« Si l'on avait occupé Sombreffe, dit l'empereur dans cette note dictée à Sainte-Hélène, cela aurait fait manquer toutes les manœuvres, car la bataille de Ligny n'eût pas eu lieu. » Or, ainsi que je le démontrerai plus loin par les lettres mêmes de l'empereur, cette bataille élait absolument hors de ses prévisions le soir du 15 et même le matin du 16. Par conséquent, il ne pouvait vouloir manœuvrer, comme il l'a prétendu à Sainte- Hélène, pour amener une concentration des Prussiens sur ce point.
de Gharleroi où défilait encore la jeune garde; impatient de rejoindre son 1er corps de cavalerie, qu'il supposait engagé, il avait devancé la colonne et s'était porté à Gilly en un temps de galop. Après avoir reconnu cette position, il venait demander des ordres à l'empereur. Celui-ci monta aussitôt à cheval, voulant se rendre compte par lui-môme. Il était trois heures passées, les dragons d'Exelmans avaient fini de déboucher à la suite de la garde, et la tête de colonne de Vandamme entrait dans Charleroi^. Le général Pirch II avait établi sa division en arrière de Gilly, le front couvert par le ruisseau boueux du Grand-Rieux. Quatre bataillons et une batterie occupaient les pentes des hauteurs boisées qui dominent le vallon depuis l'abbaye de Soleillemont jusqu'à Ghatelineau : trois autres bataillons se tenaient en réserve près de Lambusart; un régiment de dragons observait la Sambre, de Chatelet à Farcicnnes2. Trompé par l'extension de cette ligne de bataille, extension qui avait précisément pour but d'imposer aux Français, Grouchy évaluait les forces de l'ennemi à une vingtaine de mille hommes3. L'empereur jugea au premier coup d'œil qu'il y en avait, tout au plus dix mille. Il arrêta avec Grouchy, investi verbalement du commandement de l'aile droite4, les dispositions d'attaque. Une des divisions
1. Grouchy, Observât, sur la Camp, de fSlo, 61. Cf. Relation succincte, 11, où Grouchy dit que les dragons débouchèrent avant le corps de Vandamme, et le Bulletin de V Armée {Moniteur, 18 juin) où on lit que le corps de Vandamme déboucha à 3 heures.