LE COMBAT DE GILLY
de Vandamme, secondée par la cavalerie de Pajol, aborderait l'ennemi de front, tandis que Grouchy le prendrait de flanc, en passant à gué le ruisseau, près du moulin Delhatte, avec les dragons d'Exelmans. On poursuivrait alors les Prussiens jusqu'à Sombreffe où l'on prendrait position *.
Ces ordres donnés, l'empereur regagna Gharleroi afin de presser la marche du corps de Vandamme 2. Il eût mieux valu qu'il restât à Gilly. En son absence, Vandamme et Grouchy mirent deux heures à combiner leur attaque. Vers cinq heures et demie, l'empereur, surpris de ne 'point entendre le canon, revint sur le terrain et enjoignit à Vandamme de donner tête baissée contre l'ennemi3.
Après une courte canonnade qui éteignit le feu des pièces de Pirch, trois colonnes, de deux bataillons chacune, s'élancèrent baïonnettes croisées. Les Prussiens postés en première ligne n'attendirent pas le choc. Sur l'ordre de Zieten, Pirch les mit incontinent en retraite. Irrité de voir ces bataillons se retirer sans pertes, l'empereur ordonne à l'un de ses aides de camp, le général Letort, « de charger, d'écraser l'infanterie prussienne » avec ses escadrons de service. Letort ne prend pas le temps de réunir les quatre escadrons. 11 part avec les seuls dragons; les autres suivront quand ils seront prêts ! 11 franchit le ruisseau au nord de la
1. Grouchy, Relation succincte, 11-12; Observations, 61. Notes de Pajol. (Arch. Guerre.) Cf. Gourgaud, 82-83. Napoléon, Mèm., 49.
2. Grouchy, Relat. succincte, H. Cf. Noies de Pajol. (Arch. Guerre.)
3. Gourgaud, 49. Napoléon, Mêm., 83. Journal manuscrit de Gourgaud, Damitz, II, 70-71. Notes du colonel Simon-Lorière sur les journées des 15 et 16 juin. (Arch. Guerre.)— Grouchy {Relation suce, 11 et 12, et Appendice IV, 31) ne veut pas reconnaître que lui et Vandamme aient perdu du temps. Il prétend même que Vandamme attaqua prématurément, sans attendre ses ordres. Or ce fut l'empereur lui-même qui donna l'ordre à Vandamme d'attaquer. Grouchy, étant à la droite, ne pouvait savoir exactement ce qui se passait au centre.
route, dans la partie la moins encaissée du ravin, retraverse la route de Sart-Allet devant les colonnes de Vandamme et fond sur les Prussiens en retraite. Des quatre bataillons ennemis, deux parvinrent à gagner les bois de Soleillemont. Les deux autres, formés en carrés, furent enfoncés et sabrés ; leurs débris se sauvèrent dans les bois, dont une compagnie du 1er régiment de la Prusse occidentale occupait la lisière. En les poursuivant, Letort reçut une balle dans le ventre et tomba mortellement blessé à bas de son cheval. Les dragons adoraient ce chef doux et intrépide ; ils vengèrent sa mort en massacrant tout ce qu'ils trouvèrent à portée de leurs longues épées^.
Pendant ce combat, les dragons d'Exelmans, brigades Burthe et Vincent en tête, débouchaient au-dessus de Ghatelineau, culbutaient le régiment de dragons du colonel Moïsky, chassaient un bataillon du bois de Pironchamp et le rejetaient sur Lambusart. Toutes les troupes de Pirch s'étant ralliées là, l'ennemi fit tête. Attaqué simultanément par les dragons d'Exelmans et par la cavalerie légère de Pajol, qui avait dépassé les colonnes de Vandamme, il se replia au-delà de Fleurus2. Grouchy avait conduit en personne l'attaque de droite. Bien que le jour déclinât, il voulait emporter Fleurus, occupé seulement par deux bataillons3, et pousser les Prussiens jusqu'à Sombreffe, selon les ordres de l'empereur. Mais Vandamme, qui avait déjà com-
1. Lettre de Kimann, chef d'escadrons aux dragons de la garde, au bivouac, 17 juin. (Papiers du général G.) Journal manuscrit de Gourgaud. Bulletin de l'Armée. {Moniteur, 18 juin.) Gourgaud, Camp, de /<?/£, 4U-50. Napoléon, AJém. 83. Damilz, 71. Wagner, IV, 15.
2. Grouchy à Napoléon, Campinaire, 15 juin, 10 heures du soir. Cf. Exelmans à Soult, 16 juin, et Pajol à Grouchy, Lambusart, 15 juin, 10 heures du soir. (Arch. Guerre.)