‹ 1815 (volume 2)Chapitre 79 sur 271 · PROJETS ET ORDRES DE NAPOLÉON · texte numérisé non relu

PROJETS ET ORDRES DE NAPOLÉON

Les ordres pour l'exécution de ce double mouvement furent envoyés par le major-général entre sept et huit heures du matin : ordre à Kellermann de se diriger sur Gosselies pour y être à la disposition du maréchal Ney; ordre à Drouot de mettre la garde en marche vers Fleurus ; ordre à Lobau de faire avancer le 6° corps à mi-chemin de Charleroi et

à Gembloux », le second membre de la phrase (ce qui suit le donne à penser) est conditionnel comme le premier : « Je veux même l'attaquer à Gembloux, si je l'y trouve.» L'empereur continue: « ... mon intention étant, quand j'aurai connu ces deux positions, d'aller opérer avec mon aile gauche. »

S'il prévoyait une bataille sérieuse à Sombreffe ou à Gembloux, il ne projetterait pas de partir dans la soirée pour marcher de nuit avec Ney sur Bruxelles.

3° L'empereur présume également les Anglais en retraite. Tout en sachant que Ney n'a pas occupé les Quatre-Bras la veille, il n'en croit pas moins cette position évacuée par les Anglo-Néerlandais. Autrement, il n'écrirait pas à Ney et ne lui ferait pas écrire par le major-général : « Prenez position aux Quatre-Bras, établissez une division à Genappe, et faites une reconnaissance sur Nivelles, d'où probablement l'ennemi s'est retiré. » Genappe est à 5 kilomètres au-delà des Quatre-Bras, et Nivelles à 10 kilomètres à l'ouest de ce point. Il est donc bien clair que Ney doit non pas attaquer le carrefour des Quatre-Bras, que Napoléon croit évacué par l'ennemi, mais y prendre une position d'attente.

4° L'empereur compte s'assurer que les Prussiens sont en retraite jusqu'au-delà de Gembloux et repousser leur arrière-garde s'il la rencontre. Ensuite, il rejoindra les deux corps de Ney aux Quatre-Bras, avec sa garde et le 6e corps, et marchera cette nuit même sur Bruxelles. Il écrit à Grouchy: « Mon intention est d'opérer cette nuit avec mon aile gauche... Ne disposez de la division Girard qu'en cas de nécessité absolue, parce qu'elle doit marcher toute la nuit. » Il écrit à Ney : « Mon intention est que vous soyez prêt à marcher sur Bruxelles où je désirerais arriver demain matin... Vous sentez assez l'importance attachée à la prise de Bruxelles... Je désire que vos dispositions soient bien faites pour qu'au premier ordre vos huit divisions puissent marcher rapidement et sans obstacle sur Bruxelles. »

5° Le plan de Napoléon est d'ailleurs subordonné aux circonstances. 11 écrit à Grouchy : « Plus vite je prendrai mon parti (c'est-à-dire je pourrai prendre mon parti), et mieux cela vaudra pour la suite des opérations. » Il écrit à Ney : « Là (à Gembloux), d'après ce qui se passera, je prendrai mon parti, peut-être à trois heures, peut-être ce soir... Vous vous mettriez en marche ce soir même, si je prenais mon parti d'assez bonne heure pour que vous puissiez en être informé de jour et marcher ce soir sur Bruxelles... Il est possible que je me déciderai à marcher ce soir sur Bruxelles avec la garde. » — Les circonstances qui peuvent traverser le plan de l'empereur, c'est la présence à Sombreffe ou à Gembloux de toute l'armée ou d'une grande partie de l'armée prussienne. S'il n'a eu à combattre qu'un corps isolé, il n'en marchera pas moins le soir même sur Bruxelles.

de Fleurus ; ordres à Vandamme et à Gérard de marcher sur Sombreffe avec les 3e et 4e corps, et de suivre désormais les instructions du maréchal Grouchy, commandant de l'aile droite. Soult écrivit à Ney de prendre position aux Quatre-Bras avec six divisions d'infanterie et les cuirassiers de Kellermann et de porter ses deux autres divisions d'infanterie, l'une à Genappe (cinq kilomètres au-delà des Quatre-Bras) avec la cavalerie de Pire, l'autre à Marbais avec la cavalerie de Lefebvre-Desnoëttes, pour appuyer éventuellement les mouvements de l'aile droite. Ney devait eniin pousser des reconnaissances le plus loin possible sur les routes de Nivelles et de Bruxelles. Quant à Grouchy, il reçut l'ordre d'aller s'établir à Sombreffe, et d'envoyer de là une avant-garde à Gembloux et des reconnaissances dans toutes les directions1.

1. Registre de correspondance du major-général. (Bibliothèque nationale, Mss. F. Fr. 4366.)

Ces ordres datés de Charleroi ne portent point d'indication horaire, mais ils furent écrits et expédiés avant 8 heures du matin, puisque nous savons que les lettres de Napoléon à Ney et à Grouchy (Corresp., 22058, 22050), qui portent toutes deux ces mots : « Le major-général a dû vous faire connaître mes intentions », partirent au plus tard entre 8 et 9 heures. (Lettre de Flahaut au duc d'Elchingen. Doc. inédits, 63.)

Les lettres à Ney et à Grouchy étant transcrites sur le registre de Soult après les ordres à Kellermann, Drouot, Vandamme, Gérard, etc., il y a présomption que ces ordres avaient été rédigés et expédiés avant les lettres, soit vers 7 heures, peut-être même vers 6 heures du matin. Il faut remarquer que ces divers ordres et lettres forment un total de près de trois cents lignes. Une pareille correspondance demande du temps à minuter et à faire copier. Très vraisemblablement, l'empereur avait donc donné ses instructions à Soult vers 6 heures du matin, sinon plus tôt.

En outre, dès 4 heures, Napoléon avait envoyé son officier d'ordonnance Bussy à Frasnes pour avoir des nouvelles (Lettre de Bussy à Napoléon, Frasnes, 16 juin, 6 heures du matin, papiers du général G.) ; et dès 5 heures, Soult, d'après les ordres de l'empereur, avait écrit à Ney pour lui demander la position exacte des corps de Reille et d'Erlon. (Registre du major-général, et lettre de Ney à Soult, Gosselies, 7 heures du matin. Papiers du général G.)

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