DÉPART DE NAPOLÉON POUR FLEURUS
On s'occupait au quartier-impérial de l'expédition de ces ordres, lorsque l'empereur reçut un billet de Grouchy, portant que de fortes colonnes ennemies, qui paraissaient déboucher de la route de Namur, se dirigeaient vers Brye et Saint-Amande Tout en croyant les Prussiens en retraite, Napoléon avait admis l'hypothèse d'une rencontre avec eux à Sombre ffe2, mais il n'avait nullement pensé qu'ils viendraient prendre position aux débouchés de Fleurus. Ce mouvement indiquait que, loin de replier ses troupes et de s'éloigner de l'armée anglaise, comme la direction de retraite de ses avant-postes l'avait pu faire croire la veille, Blùcher manœuvrait en vue d'une bataille, pour le jour môme, en liaison avec Wellington. Au lieu d'une arrière-garde ou d'un corps isolé à débusquer de Sombrelïe ou de Gembloux, on allait avoir à combattre, au nord de Fleurus, l'armée prussienne tout entière; et, Blùcher et Wellington devant apparemment opérer de concert, on rencontrerait les Anglais en forces sur la route de Bruxelles.
C'était le renversement du plan conçu par l'empereur. Il ne pouvait battre dans la journée l'armée de Blùcher à droite, culbuter dans la soirée l'armée de Wellington à gauche, et marcher dans la nuit sur Bruxelles. Napoléon, cependant, ne fut point décon-
1. Grouchy à Napoléon, bivouac près de Fleurus, 16 juin, 5 heures du matin. (Arch. Guerre.) — Pajol, qui, dans ses notes, fait mention de cette lettre, dit qu'elle a dû arriver au quartier-impérial à G heures et demie.
A 6 heures, Grouchy écrivait de nouveau à l'empereur que le général Girard, en position à Wangenies, voyait les Prussiens se porter en forces vers les hauteurs environnant le moulin de Brye. (Arch. Guerre, 16 juin.)