WELLINGTON AUX QUATRE-BRAS
Bruxelles à six heures du matin, arriva vers dix heures aux Quatre-Bras, il y trouva la division Perponcher, quand il aurait dû y trouver l'avant-garde du maréchal Ney. Sa Grâce, paraissant oublier que l'on avait agi à l'encontre de ses ordres, daigna féliciter sur les dispositions prises le général Perponcher, et aussi le prince d'Orange, qui n'y était pour rien'. Puis, après s'être avancé assez proche de Frasnes pour bien observer les avant-postes français2, il dépêcha l'ordre à la division Picton et au corps de Brunswick, arrêtés à Waterloo3, de reprendre leur marche4, et il écrivit à Bluchcr que les Quatre-Bras étaient occupés par une division du prince d'Orange et que l'armée anglaise se dirigeait sur ce point. La lettre se terminait ainsi : « Je ne vois pas beaucoup de l'ennemi en face de nous, et j'attends des nouvelles de Votre Excellence pour décider des opérations5. »
1. Van Lôben, 142, 187. — Le prince d'Orange, absent de son quartiergénéral de Braine-le-Comte pendant toute la journée et la nuit du 15 juin, n'avait donné aucun ordre. (Berkeley à Somerset, Braine-le-Comte, 15 juin, 2 heures après midi, Suppl. Dispatches of Wellington, X, 480, et Constant Rebecque au prince d'Orange, Braine-le-Comte, 10 heures du soir, cité par van Lôben, 17G.) Toutes les dispositions avaient été prises par Constant Rebecque, le prince de Saxe-Weimar et Perponcher.
2. Wellington vint vraisemblablement jusque sur le mamelon qui s'élève au sud-est de la ferme du Grand-Pierrepont, point coté 102 sur la carte de l'état-major belge.
3. Wellington avait arrêté Picton à Waterloo, à l'embranchement des roules de Nivelles et de Charleroi, doutant encore, bien que son opinion dût être trois fois faite, s'il aurait à diriger ses troupes sur Nivelles ou sur les Quatre-Bras. (Siborne, I, 182.)
4. Wellington, Mémorandum (Suppl. Dispatches, X, 513.) — Clausewitz se trompe en disant que cet ordre ne fut expédié que passé 1 heure. S'il en eut été ainsi, Picton n'aurait pu atteindre les Quatre-Bras à 3 heures. Mais Wellington eut d'ailleurs le tort, après être arrivé aux Quatre-Bras, de n'y point appeler aussi la division Chassé et la cavalerie de Collacrt. Celle-ci fut immobilisée à Nivelles pendant toute la journée, sauf les 6e hussards et 5e dragons, qui furent amenés par un aide de camp du prince d'Orange (Van Lôben, 183, 196.)
5. Wellington a Blucher,sur la hauteur en arrière (au nord) de Frasnes, 16 juin, 10 heures et demie malin. (Citée par von. Oilecb, 125.)
Wellington ne tarda pas à se raviser. Croyant à tort ou à raison n'avoir pas avant plusieurs heures à subir d'attaque aux Quatre-Bras, il réfléchit qu'au lieu d'attendre des nouvelles qu'il ne saurait contrôler il ferait mieux d'aller voir les choses parlui-même et de se concerter verbalement avec Bllicher. Vers une heure, il joignit le feld-maréchal sur les hauteurs de Brye {. On monta dans le moulin de Bussy 2, situé en avant de ce village ; l'on embrassait de là tout le terrain, mieux encore que du moulin de Fleurus où Napoléon avait établi son observatoire3. On voyait déboucher les colonnes françaises ; avec les lorgnettes on reconnaissait l'empereur au milieu de son état-major. Il semblait évident que l'on allait avoir à combattre l'armée impériale tout entière, le détachement qui occupait Frasnes n'en étant qu'une fraction négligeable4.
« — Que voulez-vous que je fasse? » dit brusquement Wellington en français. (11 ignorait la langue allemande.) Gneisenau proposa que le duc dirigeât sans tarder toutes ses troupes en arrière de Brye, comme réserve à l'armée prussienne. Ce plan, fondé sur une fausse appréciation de la répartition des forces de Napoléon, fut combattu par Mùffling. Il dit en substance que les Anglais devaient manœuvrer de façon à déborder la gauche française. « — C'est ça, s'écria Wellington. Je culbuterai ce que j'ai devant moi à Frasnes et je marcherai sur Gosselies. » Gneisenau objecta que ce mouvement serait