II. La défection du maréchal Ney
III. Napoléon a Aulun, à Avallon, à Auxcrre (15, 16 et 17 mars). — Entrevue de Ney et de Napoléon. — Napoléon a Pont-sur- Yonne (19 mars).
A Lyon, Bonaparte agit comme s'il était rede venu l'empereur. Il harangue le peuple, passe l'armée en revue, reçoit le conseil municipal, la cour, le clergé. les facultés, les députations des ateliers, nomme et destitue les fonctionnaires, décore un garde national pour avoir, seul entre tons, escorté le comte d'Artois jusqu'aux portes de la ville, pourvoit aux commandements vacants dans les 7' et divisions militaires', et. par décrets, il proscrit le drapeau royal et la cocarde blanche, abolit la noblesse et les titres féodaux, supprime les ordres de Saint- Lonis et du Saint-Esprit, licencie les régiments suisses et la Maison du roi, annule toutes les nominations faites dans l'année et la Légion d'hon-
!. r.ur m», Lyon en MI4 tt M/5, P* m. K.'itiry. Itn,*ra>r* d* lUtona^xrte. M-M. Kleury ilr Otntuiiilmi. \ir>».. I. -*"+-2»i.r., (Kkury ti-venu «)<• \aj>le* par Turin, ou il avait appris le drl.arqurin. ni »\r ! « mp« r« ur. arm;< n L>«<n If 10 mars.) — «iuerre fait remarquer que m • ■ t Vr l< i> n ont
pas <1>*«-<>rtc «le K»rJ«* nationale a son départ. c > sl que |..nlre n'en avait point ele «tonne.
neur, ainsi que tous les changements opérés dans les cours et tribunaux, rétablit le drapeau tricolore, rend obligatoire le port de la cocarde nationale, restitue aux légionnaires leur traitement et leurs droits électoraux, abroge les ordonnances qui dépouillent les commune* et les hospices, met le séquestre sur le> biens formant l'apanage des princes de la famille des Bourbons et bannit du territoire français tous le> émigrés rentrés depuis l'invasion. I*ar un onzième décret rendu le même jour, 13 mars, il abolit la Chambre des pairs. «< composée en partie de personnes qui ont porté les armes contre la France et qui ont intérêt au rétablissement des droits féodaux et à l'annulation des ventes nationales » ; il dissout la Chambre îles députés »< dont les pouvoirs sont expirés et dont la plupart «les membres se sont rendus indignes de la confiance de la nation en adhérant au rétablissement de la noblesse, en faisant payer par la France des dettes contractées à l'étranger pour tramer des coalitions et en violant les droits du peuple il convoque à Paris, en assemblée extraordinaire du Champ de mai. les collèges électoraux de l'empire '.
Napoléon procède avec la rapidité, la résolution et la vigueur de la Convention. Le roi l'a mis hors la loi : il anéantit l'autorité royale. Les paysans et les ouvriers ont salué en lui le restaurateur des droits du peuple, le souverain de la Révolution; il rend les décrets du l.'l mars qui répondent au sentiment |>opulaire. Sous l'intlueuce des masses exaltées du Dauphinéet du Lvonnais. il s'inspire de l'esprit de 93.
(Test sur les pas et devant la demeure de l'empereur une acclamation continue qui ne cesse qu'à son
l. Os «Mi/o .l<--r>'i«. «1:«t»*s <1u n mars, furent d'at«on1 publia dans I* J< ur**l < u l'K'.nt. |<ni> rt1 pnMviils <tan«* W Moniteur d»-s SI rt 22 mai"*. — D'api ^9 Fat r> <lt>>«-r,t,rt. §-,, i,. i..m.N W.uty. pr» mi«-r président d* U Cour Je L>on. collai* ra av«v Nap-.l»-..ii p.>ur ks coosMc-ranls de* décret*
.NAPOLÉON KMPEKEt H A LYON
«lépart, le \l\ mars, au delà «lu faubourg «le Vaise jusqu'où l'accompagne la foule des Lyonnais. A Villefranche des arbres de la liberté s'élèvent sur les places, les maisons sont pavoisées aux couleurs de la nation et décorées d'aigles en papier doré. Dans cette petite ville qui ne comptait pas, en 1815, plus de quatre mille habitants, il y avait soixante mille paysans venus des environs pour voir l'empereur. A dix lieues à la ronde tous les villages étaient désertés. L'écrivain royaliste Fabry conte que deux paysans achetèrent a l'aubergiste, pour les garder comme reliques, les os du poulet mangé par l'empereur à son déjeuner De Yillefranche, Napoléon alla coucher à Maçon. Le préfet tîermain et le maire en étaient partis dès l avant-veille, au milieu des huées de la populace. La réception enthousiaste des Maçonnais n'empêcha pas l'empereur de leur reprocher d'avoir, l'année précédente, rendu la ville à un peloton «1* Autrichiens. « — Vous n'avez, point soutenu l'honneur des Bourguignons. » « — Sire, répondit un conseiller municipal, nous étions mal dirigés ; vous nous aviez donné un mauvais maire. » « — C'est bien possible, répliqua l'empereur: nous avons tous fait des sottises. Il faut les oublier et ne plus nous occuper que du salut et du bonheur «le la r ranc«» s. »
En arrivant, U* lendemain 14 mars, à Tournus et àChalon.où llottaient depuis le 12 les «Ira peaux t ricolores*, les premiers mots de l'empereur furent pour féliciter les habitants «le leur vaillante conduite pendant l'invasion. «< — J<» n'ai point oublié, «lit-il.
I. Kabry, Ifnrrniri de Bnonnp.. «*-H<V f.al«>rd<\ lltUt>OH <le iile d Klt.ê. MV f><*yru«se, .Vfmonnl de l <U dl.tht, ."M..
1. Kleury de Ch.ihrmloii, II. ti'. iit. Kahry. *'.»■••!. JI<l<n<on du Mon>t,,<r, i 1 inar*.
3. Rapports du pcnéral II" \t «M 13 mars l;.i|t|»nrt du viroiiitr .S-
Saillan, «4 mars. Arch. r,u«.rr.
que vous avez quarante jours résisté à l'ennemi, et bravement défendu le passage de la Saône. » Sur son désir de connaître celui d'entre eux qui dans ces circonstances s'était particulièrement distingué, la foule nomma le maire de Saint-Jean-de-Losne. « — Je le décore, dit l'empereur. C'est pour des braves comme lui et comme vous que j'ai institué la Légion d'honneur et non pour les émigrés pensionnés par vos ennemis. » Il décida en outre que les villes de Tournus. de Chalon et «le Saint-Jean-de-Losne porteraient désormais dans leurs armes l'aigle de la Légion'.
L'empereur avait su à Lyon l'arrivée du maréchal Xey en Franche-Comté. Selon Hovigo. c'était de tous les maréchaux celui que Napoléon craignait le plus. L'empereur, assure au contraire Fleury de Chaboulon, apprit avec plaisir que le commandement des troupes destinées à agir les premières contre lui avait été confié à New Ces deux sentiments opposés ne sont pas inconciliables . Napoléon connaissant l'extrême violence du maréchal pouvait redouter de lui quelque coup de tète, mais il avait plus à espérerdesa nature impressionnable et spontanée que de la fermeté d'un Macdonald ou d'un Suchet. Quoi qu'il en soit, l'empereur dépêcha avant son départ de Lyon plusieurs émissaires au maréchal New ainsi d'ailleurs qu'à différents généraux1. La fascination qu'il avait exercée sur le bataillon de Laflray, la conduite de la garnison de Grenoble, l'élan de la garnison de Lyon ne laissaient plus de doute à l'empereur sur les sentiments des troupes. Il savait que les chefs les plus aimés n'entraîneraient au pis-aller contre lui qu'un très petit nombre de leurs soldats. Lui-même, sans compter le
i. F. t\r Chal>oulnn. II. 23o-;3l. Fabry, 91. lïelation du Moniteur, i3 marv /lulltlm dti /.on, 25 niai.
I. Interrogatoire de N>y. (/Vorr». II. 101-102.) K. do C.haboalon, II, J2*. HoviK->, VII, 160. Lan Cases, VI, 109.