LA COMMISSION DE CONSTITUTION
reur appelait « divaguer fortement1 ». Il avait hate d'arrêter cette rumeur.
Dès les premiers jours d'avril. Napoléon se résigna donc, selon le mot d'un contemporain *. « à s'acquitter de cette dette d'une constitution contractée devant les ouvriers de Lyon ». Mais alin d'éviter, du moins, la réunion immédiate d'une assemblée, il résolut défaire rédiger la nouvelle constitution par une commission, et de la proposer dans son ensemble à la sanction du peuple au lieu de la soumettre aux discussions interminables et dangereuses des députés. Les ministres et les commissaires, Regnaud, (iinou, Boulay, tenaient pour une constitution analogue à celle de l'Angleterre. Seul Carnot repoussait cette idée. <• La constitution anglaise, disait-il, suppose l'existence d'une puissante aristocratie ; or la France ne possède aucune aristocratie. » Il présenta un projet de constitution comprenant une chambre des députés, un sénat dont les membres seraient nommés à vie et un tribuuat que formeraient cinq commissaires de la Chambre, cinq du Sénat, cinq du conseil d'ICtat et cinq de l'ordre judiciaire. L'empereur inclinait plutôt aux théories de Carnot. mais dans la commission elles étaient unanimement condamnées \ C'est au cours de ces discussions que reparut sur la scène politique un personnage dont le rôle surprit tout le monde, à commencer par lui-même. Benjamin Constant.
Persuadé que sa catilinaire du 19 mars le vouait à la vengeance de celui qu'il y avait appelé Tentâtes et Néron, Benjamin Constant ne voulait cependant ni
\Com*p.. XXXI. CaftatvHi à Hav<»ut, Ilmnc*. i'J avril. (Ar>*h. Ciu-rn- • — Lucien lui-nuMiH* «••divoillnil :\ IVuifH'n-ur «l'aMuiurr. Noirs df Lua<'w. (Arch. Aff. etr.. î mis.)
1. Napol«*ft». L à'Elitt et le* Cent Jonr, , \Cornt*p., XXXI, !S1>;.
î. Villoniflin. SourrmrA. II. 17-i.
3. Napoléon. K'iU d Klhe et tn t >„/ J»uri. 130. Cf. Boula v de la Meurll;. . 25«. Benjamin Constant. Mém., II. t». M. Mim. *>,r Carnot, \\. 430-435.
émigrer ni faire acte île soumission. Il se cacha deux jours, puis s'imaginant trouver en Vendée un centre île résistance royaliste il partit pour Nantes, s'arrêta à Ancenis à la nouvelle que son ami Barantc avait donné sa démission de préfet, et revint à Paris. La modération de Napoléon avait un peu calmé ses craintes; néanmoins, il crut prudent de voir le prince Joseph, qu'il avait beaucoup connu pendant le Directoire, pour le consulter sur les intentions de l'empereur à son égard. Joseph dissipa ses dernières alarmes et l'assura que loin de songera des mesures arbitraires, l'empereur, bien changé depuis un an. voulait sincèrement la liberté. Joseph connaissant la faiblesse et la mobilité de Benjamin Constant profitait de sa visite pour tenter de le rallierai! nouvel empire. Très vraisemblablement. Benjamin Constant écoula ses paroles sans paraître y voir de-* ouvertures, iiihis à quelques jours de là, il fut peutêtre moins étonné qu'il ne le prêtent! en recevant du chambellan de service l'invitation de se rendiv au palais des Tuileries
Kn apprenant par Joseph son entrelien avec Benjamin Constant. I empereur, sans doute, n'avait p«»inl pensé dans l'instant à confier à celui-ci la rédaction de la future constitution; mais au moment où i1 s'occupait de cette constitution, il jugeait utile et .-n tout cas fort intéressant île faire causer » sur b-principes constitutionnels l'illustre écrivain qui avait été pendant la restauration l'oracle des libéraux, [lancette première audience, ce fut d'ailleurs NapoL—r qui parla. La justesse de ses vues sur l'état <U*
I liantiiti'. .S'o<.<«?>.»rf. II. (i* li». cf. Umpmin Constant, iirm.. Il \-.-\) — I ..imt.ml «lit <|im| fut îip|..«!e aux Tuil-no» le i* avril. C<-la — |.|.» nif t rnar. <«r il.* le r, ;i v ni. le J . rn-tl ./. rK»>j\tre anuon< t M H.-in itnirt C-.ii»t;int . t.ul un «le* in-'iii Ln-s <U la i nsniilission . -.r.»: tii.nn. 11. •. l>.m. . avril. Benjamin Constant avait .tejà vu lVmperr*ur