Rapport de |>o|ire, i mars. (Arch. nat. F. 7. 3?o
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Napoléon, niais qui, soit crainte, soit jeu — car sous ce gouvernement que personne ne respecte, il y a peu de pé>il à exprimer ses opinions — ne prononcent jamais son nom. Quand ils s'attablent dans un café, ils boivent à sasanté /quand ils s'abordent dans la rue. le premier dit : « — Croyez-vous en Jésus-Christ? » Et le second répond : « — Oui, et en sa résurrection !. » Sur la pomme de leurs cannes, sur le couvercle de leur tabatière, sur le fourreau de leurs pipes, sous le chaton mobile de leurs bagues, il y a le profil de Napoléon. Us ont des bonbonnières à ressort secret sur le double fond desquelles est peinte une aigle; ils ont des statuettes de bronze représentant Louis XVIII avec cette inscription : le Désire ; mais ces statuettes, d'un grossier travail, forment boites, et en les ouvrant on trouve un petit bronze de l'empereur finement ciselé. De même, on vend des tableaux à coulisses, intitulés les Dt/naslies. dont la planchette cachée porte les effigies impériales*. C'est en 181V que grandit et s'exalte leculte domestique île l'empereur, ce culte qui ira croissant jusqu'en 18.10 et que nous révèlent aujourd'hui des assiettes, des tasses, des pichets, des pots à tabac, des pelles, des pincettes, des bêches, des gaufriers, des fers à repasser, des marteaux, des tenailles, des chandeliers et une infinité d'objets usuels, où peinte sur la faïence, sculptée dans le bois, découpée dans la tôle, frappée sur le cuivre, gravée sur le fer, apparaît l'image de Napoléon *. Napoléon devient symbole, fétiche, dieu pénale. L'opinion et les sentiments du peuple de Paris dif-
I Rapport d<* poliro, 16 juillet et «i soptembr* (Anh. nal F
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feront peu «le ceux qui régnent dans la population «les campagnes et chez les ouvriers des grandes villes. « Je n'ai rien de bon à te dire, écrit le i juillet .1. P. Brès à son oncle. L'amour des Parisiens pour le roi s'est tellement ralenti qu'à peine en reslc-t-il une étincelle. » « — L'indisposition du peuple est si prononcée, dit Barras au duc d'Havre, que les bonapartistes peuvent rallier un grand nombre d'hommes et toute l'armée*. » La foule se presse aux devantures des marchands d'estampes où sont exposés les portraits de Napoléon, de Marie-Louise, de Napoléon II. On va voir au boulevard du Temple le cosmoramade l île d'Elbe. La fonderie de Launay, place de la Fidélité, où a été transportée la statue de la colonne Vendôme, devient un lieu «le pèlerinage. Hue Tiquetonne, un ex-maréchal des logis de hussards montre dans la lanterne magique Arcole, Austerlitz et Tilsilt. A la Comédie-Française, le parterre applaudit par trois fois cette phrase d Edouard en Ecosse : « Il n'y a qu'un malhonnête homme qui puisse parler ainsi d'un héros. » Au Palais- Hoyal, un individu écrit avec un diamant : Vive l'empereur! sur la glace d'une boutique; des passants s'amusent à graver sous l'inscription : Approuvé, approuvé, approuvé3. Le 19 juillet, faubourg Saint- Martin, le IS août, rue des Vieilles-llaudrieltcs, des ouvriers chantent des refrains révolutionnaires et des couplets bonapartistes. Le 17 septembre, Louis X VIII est salué boulevard du Mont-Parnasse
son des curettes a pipe. portant IcWisir de |Vinp«-re ur tr«\s i.'ios'oerement gravée, dunl se servaient les soldats au camp d<- UmiiIo^hc On en retrouve encore parfois sur l'emplacement <1 1 1 camp.
t. J. F. Un s a son onde. iMris. k juillet. Arch. Affaires elr.. «'.:».) Mémoires manuscrits de Barras. Itapp. général «le |w>lice *: sept. Areh. nat. F. 7. .iMni : . Les nie.-, ntents ro\.ilistes atlrit ueut a la mollesse «Je la police les propres efTra\ants de l'opmio.i . outre le irouverncnient ..
lt.ïp|M>rls do police, «i août, 10. 21 oct H», i.i de- , t janvier. H.i9 février, i" mars. (Arch. nat. F. 7, JT.;y ; F. 7. .t-ii/u'; F. 7. J.'uo»;
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par quelques acclamations auxquelles la foule riposte on criant : Vive l'empereur 1 1
A Paris, d'ailleurs, le mécontentement se manifeste bien plus par les épigrammes et les sarcasmes que par les cris et les violences. On ne prend pas les choses au trafique. L'opposition es! frondeuse et goguenarde. On attache des cocardes blanches à la queue «les chiens. On plaisante le « Conseil d'en haut >,que l'on appelle le Conseil du ciel ou le Conseil du Très- Haut. On surnomme les chevaliers du Lys les compagnons «Ulysse, et les gardes du corps les gardes-dindons. On dit que Louis XVIII est un roi fainéant, qui ne s'inquiète que de sa messe, de son latin et de sa table. Les princes sont détestés : ils s'entourent « de vieilles ganaches, de calotins, de chouans et d émigrés mendiants •», regardent la Charte comme nulle et rêvent «le sanglantes représailles. L«*s minis très sont méprisés : lllaeas un plat valet, Talleyraud une girouette. Louis un agioteur. Dupont un c«»neussmunaire. hVrthier. qui a abandonné l'empereur, et Marmont. qui l'a livré, commandent l'un «'t l'autre une compagnie de gardes du corps. On appelle la compagnie Wagram la compagnie «le Saint-Pierre, «'I la compagnie Itagusc la compagnie «l<> Judas1. Les émigrés, pauvres, quémandeurs et arrogants, sont un objet «h» risée. Ou les chaiisonnc, ou les caricature, on raille leur mise antique, on insulte à leur Age et à leur misère. Lescfdoncls Jacqueminot et Duchamp «'t trois autres oftiriers uniment un jour ceth» comédie. Costumés »'t grimés eu gentilshommes d ancien régime, ils entrent chez Tortoni. et «lemamh'iit pour eux cinq une seule n'itele tte «le mouton qu'ils se par-
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tagent gravement. I n dimanche d'août, un individu traverse l'église de Saint-Eustache, pendant l'oftice, avec un habit de marquis et un tablier de savetier1.
Le peuple et l'armée restaient donc hostiles à la royauté. Et non seulement Louis XVIII n'avait pu gagner leur respect et leur confiance, mais il n'avait pas réalisé les espérances que la noblesse, la bourgeoisie et le monde de la politique avaient fondées sur son gouvernement. Il avait ainsi perdu beaucoup des sympathies que ces classes presque tout entières s'étaient senties pour sa personne aux premiers jours de la Restauration.
Pour les royalistes de la veille, la royauté avec une charte constitutionnelle, deux chambres et un ministère formé en partie de bonapartistes ralliés et de libéraux impénitents, la royauté avec l'administration et la justice aux mains des fonctionnaires et des magistrats de l'empire, avec les grands commandements laissés aux lieutenants de Napoléon, avec des révolutionnaires nommés pairs de France et des régicides maintenus à la Cour de cassation, n'était pas la royauté. Louis était-il remonté sur letrône des Bourbons pour adopter les institutions «le la République et de l'usurpateur, pour couvrir de son manteau lleurdelysé les crimes et les iniquités de vingt-cinq années? La modération «lu roi confondait toutes les idées des émigrés et décevait toutes leurs espérances. Ils avaient un gouvernement qu'ils
I. Mm** t\f Wimpfrn au baron Slr-no-l. Paris, 2 octnhiv. (Anh AfT. etnnir., <>:.-..) I»uchrs«> ii'Ahr:int»-s, !//•,.». XVIII. Kapp. de police, lu et 31 août. vArch. uaL F., 7, 3TJS.)