‹ 1815 (volume 3)Chapitre 23 sur 226 · I- A KKNA1S8ANCE DES PAHTIS · texte numérisé non relu

I- A KKNA1S8ANCE DES PAHTIS

la garde nationale, les modifications apportées à son service, aurait paré à tout. On ne s'en avisa point. I n beau matin, les nouveaux gardes du corps vinrent purement et simplement occuper les postes, et, sans laisser mémo le temps aux miliciens de s'assembler pour prendre les armes, ils itèrent les fusils du râtelier et les jetèrent sous les banquettes1.

Les politiques de profession, libéraux, bonapartistes et anciens révolutionnaires, s'évertuaient naturellement à agiter l'opinion. Comme ils se croyaient les plus menacés, les uns dans leurs principes, les autres dans leur personne1 — cinquante-cinq de ces derniers avaient déjà été exclus de la Chambre des pairs — ils attaquaient pour se défendre. Ils censuraient tous les actes du gouvernement, commentaient les articles imprudents des journaux royalistes, dénonçaient les projets du parti de l'émigration, signalaient l'influence croissante du clergé, montraient la réaction près de triompher, argumentaient avec une subtilité deeasuistes sur les infractions à la Charte. Durbach. Haynouard, Lambrechts, Bedoch, Dumolard, Flaugergues, Souques, Benjamin Constant, Comte, La Favette déclaraient la liberté en péril'. Madame de StaFl dogmatisait et <« faisait rage

l . J. P. Biv* a son oncle. Paris, 4 juillet. (An-h. Aff. etr.. 473.) Lettre du p»*neral lierre. Paris. 19 juillet ^Arch. tiuerre.j Comte. Hitt. dt la tiarét n.f/io»«f' <i« Parti. 4tl-4îî Rapports de police, SI Juillet, 3l août. (Arch mt. F. ?. 3-3* 1

f>tl«* «rave maladresse est d'autant plus inexplicable que jusqu'à ce jour « îS Juin le gouvernement avait tout fait pour sauner la inrde nationale. Le comt»' d'Artois avait t»ri* l'uniforme de ce corps le jour «!»• son entre-* a Pari« : le r<>i avait m tille à la milice, de préférence à la troupe, le servi. e dra Tuileries : enfin les (çard««s nationaux avaient ete décores en ma»*** de l'ordre du Lys avec un ruban sp«vi;il. liseré de I>1«mi. et |»ar surcroît n*»mhr»* d'entre eux avaient reçu la L«"j»ion «l'iionm'ur.

i. Happ. deTal|p>rand au roi. juin 1«I5. Xorrt»(,.mvtc l.ouii XV Ut, t«-463.

1. La Faille, Ùtm . V. 3 1«. 331. Ilolihous*. Uttrrt, H. 77, A.VxT. U C*n- **mr,l, 5*. *9. «M-»3, tT9, 304. et //«//*fi/»i tiu Ctmtur, juill-l *ept»Mnhre. Cf. Pojtru. C ormp I.Î4, 40. M. Mm»" <U- Sl.ii-I. romn/rr-if/n-n $ur /« /frro'uhon. III, 71. w. H Constant, M** iur ttt Ctnt Jour,, 1, |?. 3r

Mi 1815

constitutionnelle » au château de Clichy, où elle rccevail à souper trois fois par semaine tout le personnel libéral*. Chez la duchesse de Saint-Leu, chez madame llamelin, chez madame de Souza, les honaparlisles crihlaient d'épigrammes la famille royale, les ministres, les émigrés, et ne cachaient pas leurs espérances renaissantes*. Mais les plus empressés à prédire la chute de Louis XVIII, les plus ardents à exalter les esprits, à provoquer l'agitation, à attiser les haines par leurs paroles et leurs écrits, c'étaient les anciens terroristes, Carnot, Fouché, Thihaudeau, Héal, Thuriol, Méhée, Pons de Verdun, Merlin, Villetard, Grégoire, (iarat. Prieur de la Marne3.

L'opposition était montée du fond à la surface. Un n'en était plus à ces premiers temps de la restauration où les classes supérieures et moyennes se félicitaient unanimement du retour des Bourbons, où tous les journaux céléhraient la bonté et la raison de Louis XVIII et escomptaient les bienfaits de sou gouvernement réparateur, où Ton ne voyait aux devantures des marchands d'estampes que portraits du roi et caricatures de l'empereur, où il ne paraissait d'autres brochures que les Sépulcres de la Grande Armée, Ruonapartc aux prise* avec sa conscience, la Vie de Xicolas, le Mea cal/ta de Ruonapartc, le Coise dévoilé, Robespierre cl Ruonaparte, la Résurrection de Henri IV. Maintenant les salons devenaient inquiets

!. Jnucourt a T:ill<-> mxl. i» >cpt. <-t l nV.«Miihiv Cnrmp. d? Talteyrandet de Loua XVI//, UiM<-J, ix. (. s ; S... a la . omlr>*«- «l'Alk'iriv. liix.v. Arch. AflT. ♦•tr., 075.)

i Hapports '!<• p'tli<v. it. juillet. 12 .t. ut. t mars. (Ar<-h. nat. F. 7, .ijïh>«, F.

7. 3739.-. La F.iv. M.-, Me n , V. l*«>. TlilkTM'l.aU. X. i<>9. l'ny/.i. Cnrrrtp.. |, 13. Lettres d.> la mn-- ( i.tl h- riiu-, 7 a-ût, 1» ^-pt. .!/<'• <;i. tf>, roi J-r.,me. VI, 4'»i-463 j

3. Hapports il.- poli.-,.. j> juill-t. 13 <-t M a-. ni. *3 <-\<\ , I'.. !<• ...-loNre, U> frvrkr. Arh u.il. F. 7, cm. F ". .17 r>. F. 7. .♦„•<•••». , F"ii. !»<• a Tal- !«■ \ r:iTi<i. iS srj.l. , ,l( Tnii-:rj> au-l et de /,o <<i A' VIII. 1 note'.)

I'„l7>: < orr^p. I. Si, (.J, T.'.

LA KEN A ISS AN CL' UKS l'AUTIS

et frondeurs. On parlait de coups d'Etat, d'une loi suspendant lu liberté individuelle, d'rmeulos, do conspirations militaires. Los étudiants, opposas à l'omporour sons l'empire, so rangeaient parmi los onnemisdos Bourbons. L'Lcole polytechnique signa par ordre uno adrosso au roi, mais los élèves diront: « Lo eoMir n'y ost pour rion1. » Les passions, los espérancos, los animosités dos partis so reflétaient dans la presse. La Quotidienne — surnommée la Nonne sanglante — la Gazette de France, lo Journal des Mécontents, lo Journal royal soutenaient la politique violente et provocatrice} dos ultras. Le Journal de Paris, lo Journal général, parfois le Journal des Débats* défendaient los idées libérales. Lo Censeur, dont chaque livraison faisait événement, dénonçait avec autant d'élévation que d'àjïrelé los actes arbitraires et les tendances rétrogrades du gouvernement \ Le Xain jaune, d'une méchanceté diabolique, menait la guerre do personnalités. Il attaquait los ministres, les émigrés, los cléricaux, los écrivains royalistes, les transfuges, los flagorneurs. « les ventro-à-terro dos antichambres » ; il appelait los uns los chevaliers de l'Ltoignoir, los autres los chevaliers de la tiirouetto On lisait partout lo Mémoire au roi,

I llapp. 'k \*>hci\ U juillet, 14. 29 sept, 6. il, 31 orl. (Arch. nat. F 7.

; Nutaninn-fit <l;tny In qu<««t\oii <k lil^-rt* <k In pr<»**e. Mai* s'il *»' ranimait [>:u(<-\^ ilii •'•■(<■ il.s lik-raux. k Journal de* lt*h,tt» n"«-tï <*«»n 1 1 II liai t pa* ni'.ius it'ntt.vpn-r av.-.- l;t «km ko- vi..kii>#« ks iKHiunfs. kx .i.-t.-s. k* souvmir* In li' \M|iiti(.n. 1/arlKk siitne A., du i'J swphinl.r.? i<li. «Ion tu* k loti «lu journal :i . < U»' qx»pie.

3 I..- < enirtir. r. «hf. p;»r «.Miiit»' »•! l>un«>yrr cl prmripnl nrirane .lu parti lir>rnl. pnr.uvvut par livraisons. <!»• lu feuille in-*, alln <l . •» happ»r a la «••nsur»- pH'.il.il.Jo

4. \.r .Vu h Jaunt, <|iii |>:ir;ii'*.nt 'kpni* mi«| an« nv.v r»» s. >uvlitr>- Journal rfi-f ii- f#, rf*t tci^.i r<-t «r* «/<• /<« /.ff,-,-aMifv, t ra u-sf. »rii i-i «-n j. urn.il <»• nu-p.,llti'ju»- ii la lin itc IM|, s..u> I inspiration, 'lil -on, «l»-^ halulii'^ >in salon <!«• |V\ n-nvr lli»rt«-n— ■ I..-s |.<l.i. t<ur-« lu A'toi J>iunt, i.;iu !.. •rti.tir»-, |Ury-

Sainl-Vui. -ni, Lti.im«v .ku\. II. m l. M- tk, «-t.n.-iil .-n «-IM I il- h tt*t«-».

tuais lU curent -un <k . a- kr kur <lr»|M?au, n atta pi- r«*nt jamais k rv»i .-I

où. sous couleur île respectueuses représentations à Louis XVIII, (larnot traçait un tableau alarmant (le | Vlat des esprits. Il se vendit, assure-t-on, six cent nulle exemplaires de ce Mémoire, qui circulait clandestinement sous toutes les formes, manuscrit, imprimé et lithographie" ; on en paya quelques-uns jusqu'à 2:»0 francs Ce qu'on lisait encore, c'étaient la Lettre à iol,l»:tle Montesquvm et In Dénonciation auroides actes jiflr lesquels les ministres de S. M. ont violé la Constitution, les deux mordants pamphlets du septembriseur Méhée; c'était une brochure qui, au moyen d'extraits du .Moniteur de 89 et de î>7, remémorait le rôle équivoque du comte de Provence dans le procès de Favras et traitait le roi de tartufe et d'intrigant*. Les marchands d'estampes n'exposaient plus de caricatures de Napoléon, et s'ils mettaient toujours en montre les portraits des Bourbons, ils y joignaient des portraits de l'empereur,de Marie-Louise et du roi de Rome3. On vendait secrètement des caricatures contre Louis XVIII. Le roi

prirent pour épigraphe : U /toi et la Charte. Sous la protection de cette devise constitutionnelle, ils jetèrent impunément le ridicule sur les hommes ei les tendances du ministère et du parti de l'émigration. On a dit qu'il ne déplaisait pas a Louis XVIII de voir ainsi maltraiter la faction des ultras, et qu'il envoyait même des nouvelles à la main à ce journal. D'après u tic n.ite des Archivas nationales 16 fevi. F. 7, 37jï>i. le roi répondit a (|. s courtisons qui réclamaient la suppression du .V«u'n Mume : • — Non, « est par ce journal que j'ai appris des choses qu'un roi ne doit |mint ignorer. •

t Itapports de police. 17 septembre. Arch. nat. F. 7. ï73*.) Carnot, M»m. du roi, Avi» de l'e.ttteur, édition de 1815.

Les incidents relatifs à ce célèbre Mémoire, d'abord destine a la publicité, ensuite modifie pour être remis à Louis XVIII, puis publie a l'insu de l'auteur et desavoue par lui dans le Journal dtt /)è6<ir«du 8 octobre, s .ni ret.iles exactement dans les M+moiret d* Car*ot publié par^sou fil» II. -ni»; - *T * i . Os patres sont absolument confirmées par la lettre de ( la root a Hetiir-jo! ('.*.> juillet: et par le mémorandum au roi de Carnot de Feulins -1 novembre) qui se trouvent aux Archives des AIT. étrangères. 6i6.

î. Cette brochure qui parut dans le courant de septembre fut saisie. L'auteur, l'imprimeur et le libraire furent condamnes a cinq ansdeprison .juohiiienni. 15 nov.).

s. Happort de |>o|ice. u oct.. 13 dec i7 j.mv.. is fevr. {Arch. nat. F. 7. >:<•.». F. T. Jl'.!»>. i'ozzo. Corrttp . 1. Ii>-i0 — De temps a autre, la police saisissait cea portraits, mais ils reparaissaient quelques jours après.

LES DÉKATS DES CIIAMBKES

était représenté en croupe derrière un Cosaque, ou à coté de saint Antoine, sous la figure de son traditionnel compagnon1.

A l'unanimité de l'opinion avait succédé la confusion des opinions. Les uns pensaient au comte d'Artois, d'autres au duc d'Orléans, d'autres à la république, d'autres à la régence, à Napoléon, au prince Eugène*. Mais royalistes, libéraux, jacobins, bonapartistes, tout le monde s'accordait à dire : « Cela ne peut pas durer'. »

f)es la première quinzaine d'août, l'opposition s'était comptée à la Chambre des députés sur la question de la liberté de la presse. Après cinq séances fort animées, où les Parisiens passionnés pour cette discussion envahirent en foule les tribunes et l'hémicycle même \ le projet du gouvernement portant rétablissement tir la censure préalable ne fut voté que par 137 voix contre 80. Et les libéraux, parait-il, espéraient une minorité plus nombreuse*. A la Chambre

I KnpjMTl <U' \»>\\< i\ M juill.. 21 .mut, 4 nov. (An h. n»t. F. 7. J2ft*, F. 7, 17J* .«I JTiV Journal >t un a(f\r<er <r»y/ai«. ■ Hevut /tritanniyur, V, 8i.) M. Frv-

«li*n<- Maison .1 i|;hi* ses nilli'i-imus un jrnnul nombr»' «!»• ' f* eaiVattirr*.

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«les pairs, le scrutin donna i2 voix pour le rejet et HO voix pour l'adoption. Les débats furent plus vifs encore qu'au Palais-Bourbon. Lanjuinais. Boissy d'Anglas, Cornudel, le maréchal Macdonahl. le général de Valence, les ducs de Brancas et de Praslin combattirent ardemment le projet que défendirent avec non moins d'ardeur les ducs de Brissac, de La Bochefoucauld, «le La Force, le comte de Ségur et Uarke, duc de Feltre. <!e dernier, à l'indignation de plusieurs «le ses collègues, termina sa péroraison en citant le vieil adage monarchique : qui veut le roi, si veut la loi '.

l ue discussion, sinon plus acerbe dans la forme, du moins plus grave et plus brûlante dans le fond, s'engagea peu de temps après sur le projet de loi relatif à la restitution «les biens d'émigrés restés à l'Etat. En vertu «le l'amnistie «le l'an X, l'immense majorité îles émigrés avait recouvré «lès le consulat les biens non vendus, à l'exception toutefois «les immeubles affectés aux services publics «*t «les bois et forêts déclarés inaliénables par la loi «lu 2 ui\Y>se an IV. (l'étaient ces immeubles et ces forêts, d'une superficie totale d'environ X"0.000 hectares, que Louis XVIII avait à cu'iir de faire restituer aux anciens propriétaires. D«;jà même, par «1«' simples ordonnances. I«» comte d'Artois <»t lui avaient rendu, en vi«dation «le la loi, plusieurs forêts à quelques personne* particulièrement pris ilégié«'s'. Nul parmi les députés ne songeait, «l'ailleurs, à tain» opposition sur ce point ;i la volonté royale. Malheureusement, le ministre «l'Etat Fcrrand,

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