LA PREMIÈRE PÉRIODE DC CONGRÈS
que, à la maison d'Orange. Les provinces Rhénanes devaient échoir à la Prusse et à la Bavière. .Mais de peur de mettre ladiscorde entreeux, les vainqueurs avaient jusqu'alors évité même de faire allusion à certaines autres questions. Le moment était venu de les aborder. Les plus graves étaient celle du grand-duché de Varsovie et celle de la Saxe. Le czar exigeait le duché de Varsovie. Il pensait à y réunir les provinces polonaises de son empire et à en former, sous le nom de royaume de Pologne, un Etat feudataire, doté d'institutions libérales et administré par les seuls nationaux. Alexandre eût été alors empereur de Russie et roi de Pologne. La Prusse convoitait la Saxe qu'on parlait d'enlever a Frédéric-Auguste pour le punir d'avoir été le dernier allié de Napoléon.
L'Autriche et l'Angleterre étaient opposées aux prétentions des deux cours du Nord. Non seulement l'Autriche répugnait à céder au czar les districts galiciens compris dans le duché de Varsovie, mais elle redoutait la puissance de la Russie et la fortune de la Prusse. Elle ne pouvait donc consentir que la Russie s avançât en Europe ni que la Prusse, qui menaçait déjà ses frontières à l'est, vint menacer sa frontière du nord par l'occupation de la Saxe. L'Angleterre, dont la politique tendait à affaiblir la France* et à empêcher la Russie île se fortifier, était décidée à donner la Saxe à la Prusse, afin précisément d'élever contre la Russie la barrière d'un Etat compact, puissant et belliqueux ; mais elle ne voulait en aucune façon que
I. Tel avait et»' du moins le projet d'Alexandre pendant 1rs rampacne* d>* 1»U et de 1*1 1 et jus«pi'apivs la paix de Paris. Mus a Wntn\ il ne voulait plu* ériger en royaume <pje le seul duché de Varsovie, sans y joindre 1rs provinces |*'l<»n.*»i>es .le la Russie.
î. L'Angleterre était »-n train d'oMemr ce résultat par la f"tidnii«»n du royaume de* PaysRa*et l'altnl'Uliun à la Prusse des pr«>\i:iees Itliruaues. Ca*tlereaj.'h de\mle sans ainl-aces sa |«iliti<(ue anli ftan ,;iise dans sa Jetlrc a \VelliniM..n. du I" ..,t,.l.re. (/..it,, i /',-,■'"''"■ H
< vviiM'mU la totalité du duché do Varsovie. Des ' . v m lions secrètes entamées avec la Prusse pour ' * 1 ' u hcr de la Russie, sous la promesse d'avoir la échouèrent. Loin de réussir à rompre l'union \U n doux souverains, Castlerea^h ne fit que la rendre |du* solide en provoquant une explication cordiale en Ire- Alexandre et Frédéric-liuillaume. « Les Quatre <\ roiumeon appelait, à Vienne, l'Autriche, l'Angleterre, la Prusse et la Russie, se trouvèrent ainsi former deux partis, très animés l'un contre l'autre et résolus a ne se faire aucune concession, dûUil résulter de leur dissentiment une nouvelle guerre européenne1.
Il i m portail peu à la France que le duché de Varsovie restai à la Russie et que la Prusse eût la Saxe. Les intérêts français étaient sur le Rhin et sur la Meuse el non sur la Vistuleet sur l'Elbe. Talleyrand en jup»a autrement . Dès avant son départ de Paris, il avait justement pressenti que l'antagonisme des puissances allait donner à la France une situation importante dans le congrès; mais il s'était buté à l'idée que la France ne pourrait ni ne devrait en retirer aucun avantage matériel. Il voulait seulement lui rendre son ranjr parmi les grandes puissances. A ces lins, Talleyrand pensa qu'il lui fallait faire abnégation complète et n'intervenir que pour défendre le faible contre le fort, le droit historique contre le droit de conquête et la légitimité contre l'usurpation. Il s'était tracé ce rôle, il le jugeait glorieux, il voulut le jouer jusqu'au bout. La conséquence fut qu'il se rangea avec ardeur du parti de l'Angleterre et de l'Autriche. Il était donné ainsi à Talleyrand de concilier ce qu'il croyait être les intérêts de la France avec les principes nouveaux qu'il
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LES CONFLITS d'iNTÉHÊTS 129
affectait de professer. Partisan «l'une alliance entre l'Angleterre, l'Autriche et la France, qui, à ses yeux, eût assure aux trois plus vieilles monarchies la suprématie en Kurope et amené à bref délai le détronement de Murât, il devait soutenir la politique des cabinets de Londres et de Vienne. Apotre du droit, il ne pouvait admettre que la Prusse spoliât le roi de Saxe, qui était d'ailleurs cousin germain de Louis XVIII, ni que la Russie gardât la Pologne entière au mépris des anciens traités.
Lu croisant si ouvertement les vues de la Russie, l'ambassadeur du roi très chrétien manquait peutêtre d'à-propos, il manquait en tout cas de gratitude. Plus tard, quand il eut perdu la faveur des Bourbons, Tallevrand aimait à dire dans son salon vert de la rue Saint-Florentin : « C'est ici que la Restauration s'est faite. •> Il aurait pu ajouter : « ...grAceà l'empereur Alexandre. >• I levant Paris, le czar était devenu le généralissime des armées coalisées; h Paris, il avait été l'arbitre des destinées de la France. Le l\\ mars et encore le .%> avril, il pouvait, à son choix, traiter avec Napoléon lpr, reconnaître Napoléon II avec la régence de Marie-Louise, ou encore, comme il y avait pensé pendant la campagne, faire plébisciter par les Français leur futur gouvernement. S'il n'eut prêté les mains à la Restauration, jamais les Bourbons ne fu>seut rentrés aux Tuileries. Non seulement l«ouis XVIII devait sa couronne à Alexandre, mais Paris lui «levait sa sauvegarde le jour de l'entrée des Alliés ; la France vaincue lui devait une légère extension de frontières; le trésorépuisé.la réduction^ vingtcinq millions des trois cent seize millions d'indemnités et de contributions de guerre, demandés parles Coalisés et principalement parla Pru^c'. Or.com-
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mont le roi et son premier ministre Talleyrand avaientils reconnu et reconnaissaient-ils encore ces bons offices ? Le roi, en déclarant publiquement au prince-récent d'Angleterre que « c'était à lui, après Dieu, qu'il devait sa couronne >» ; en conférant à ce prince le cordon bleu et en oubliant de l'offrir au czar: en affectant aux Tuileries de prendre le pas sur Alexandre, alors que Napoléon était allé sur le radeau de Tilsitt au-devant du souverain russe: en déclinant la proposition d'un mariage entre le duc de Rerry et la^randeduebesse Anne ; — le ministre, en combattant tous les desseins de la Russie, en méprisant ses ouvertures, en s'alliant à ses ennemis. Alexandre, qui eut à Vienne plusieurs entretiens avec Tallevrand. lui rappela qu'il avait cependant rendu quelques services à la France. Tallevrand ne s'émut ni des reproches ni «les menaces du czar, et il affecta même de ne pas entendre ses insinuations. C'est ainsi qu'il laissa tomber sans daigner y répondre ces paroles d'Alexandre : « — Les complaisances que la France aura pour moi sur la Saxe et la Pologne seront la mesure de celles que j'aurai moi-même pour elle sur tout ce qui peut l'intéresser *. »»
Jamais (Iastlerea«;h ni Metternich ne devaient tenir un pareil lan^a^e à l'ambassadeur de France. Auprès des cabinets de Londres et de Vienne, dont il soutenait si ardemment la politique et pour qui il déclinait les ouvertures de la Russie. Tallevrand ne trouvait que froideur et défiance, obliquement et dédain. <!asllereajib ne croyait point à son désintéressement. Il lui dit un jour : « — Ah! s'il ne vous était resté aucune vue sur la rive gauche du Rhin! .» Pour Metternich,
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