MARIE-LOUISE ET NE1PPERG
cherais les draps de mon lit à une fenêtre et je m'échapperais1. » Mais Marie-Louise ne savait que pleurer.
Au mois de juin, l'empereur d'Autriche ne crut pas pouvoir refuser plus longtemps le voyage à Aix. Toutefois, comme on se défiait encore des sentiments de Marie-Louise, il fut décidé qu'elle laisserait son fils àSchonbrunn et qu'elle aurait auprès d'elle un chambellan autrichien pour lui servir de conseil. François Ier. qui ne pensait pas à mal, avait désigné le vieux prince Hstcrhazzy ; mais Metternich, mieux avisé, choisit le général comte Ncipperg*.
<' Ncipperg, dit Meueval, avait pour mission de faire oublier à l'Impératrice la France, et par conséquent l'Empereur »>*. Il y réussit bien, prenant à la lettre f sans nul scrupule, ses instructions secrètes « de pousser les choses jusqu'où elles pourraient aller 4 ».
— Et que m'ordonnex-vous, seigneur, présentement?
— De plaire à cette femme et d êlre son amant.
O n'était pas cependant que Ncipperg parût destiné à ci» rôle par ses avantages physiques. Agé de quarante-deux ans. d une taille moyenne, les cheveux blonds et rares, le visage sillonné de rides, le teint rouge et ha1 lé. il avait eu l«eil crevé par un coup de feu et portait sur le front un bandeau noir pour cacher cette cicatrice. Mais ce soldat qui ne s'était pas épargné à la guerre — cette blessure et trois ou quatre autres l'attestaient — était en même temps un di-
1 Rapport de M»Mif\:»l. a Napoléon. (Arch. Aff. elr., ï. M« !i"v.-il. Soureitin. II. t »l. m. i M. n. v.il. II. iu>.
4 M< il- \. il. Il, UJ. M»Mit'v;i| dit en.r.rr . J«.» : . L'empereur d Autruh t| 1 1 î . diitisdf'S^in'i^tstaïK'i-s ordinaires, aurait recommande a M u i<- • Louise de ^»rd>r la tid«lite a son époux, lui conseilla l'ouMi de m-s liens . Selon l'auteur d»- Vao<i hut* ><n,i H-,:o,, von Rr,rhttadt (t W. I»i » • >. . Met- U-nu.'h aurait |vnv des lendemain de l'abdi<\ïlion a lure de Neipjhtj; l'amant de Marie d.oioo.
plomatc et un homme de cour. Ministre à Naples en 1813, c'était lui qui avait entraîné Murât à s'allier avec l'Autriche. Dans le monde, qu'il aimait et dont il avait l'usage, il comptait de nombreuses bonnes fortunes. Soigné de sa personne, fort élégant dans son uniforme de hussard hongrois, il possédait au suprême degré la distinction et le charme des manières. Il composait son attitude de gravité et de bienveillance, parlait avec grâce, d'une voix mâle, chaude, caressante, et se montrait empressé à plaire. Il était cavalier remarquable et excellent musicien1.
Quand Neipperg se présenta à Marie-Louise, à deux postes d'Aix, il lui fit une impression déplaisante qu elle ne dissimula pas. Pendant les premiers temps elle ne le vit qu'en audience officielle, réservant son intimité pour Meneval, Uausset, mesdames de Brignoles et Hurault de Sorbée, qui faisaient partie de sa suite, et pour les Français qui venaient en assez grand nombre lui rendre visite dans cette ville restée française. Elle reçut la duchesse de Montcbello, Corvisart. Isabev, Talma, le comte de Cussv, d'autres encore, et très vraisemblablement on lui fit des ouvertures pour une restauration de Napoléon II avec elle comme régente*. Ces propositions ne pouvaient qu'eflraver Marie-Louise, qui, sans aucun doute, répondit aux émissaires de Paris de façon à leur oter tout espoir. Elle n'envisageait plus qu'avec effroi les grandeurs, les émotions et les dangers du trône impérial. Tous
1. Mené val. Sotirsmrs, II. ll)O-J07, 420, -U2-4X>. M aria- Lui»*- und der Hrnoy eo/i Rrychitailt. I iV l.VS. I.V..
i. Happort de Meneval à Nnpol. .m (Areh. AfT. etr., IK02 . Meneval. II Initia, 192. liausset. II. t«»-t~. Lettres an dur <l«* Maille et autre» personnages, Aix et<:haml.er>. 20. i i juillet, i: n.,ût. R sept. Areh. AfT. étr..G7i.) Cf. |. * paroles «lu due de llerry nu mnceil de* ministres du 5 août : • Marvl.ouise se conduit à Aix de la manière la plus ridicule. Elle ne prend pa> les eaux et est entourée d'oflieiers français. Il faut écrire il l'empereur d'Autriche pour la rappeler. • (An h. nat., AK* V».) — Sur les propositions d'une régence faites à Marie-Louise, voir 1815, I, 114-115.
MARIF-L011SE KT NEIPPKKG m
s«*s désirs tondaient maintenant à la modeste souveraineté de Parme où elle vivrait bourgeoisement, selon ses goûts, élevant son fils et allant chaque année passer plusieurs mois avec s<m mari. Le 13 août, elle écrivit à Mènerai : « Comment puis-je être gaie, quand je suis obligée «le passer cette fête, si solennelle pour moi, loin des deux personnes qui me sont les plus chères 1 ? » Pendant le séjour à Aix, plusieurs lettres furent échangées entre Marie-Louise et l'empereur, et elle rec.ut même un envoyé «le lui, Hurault deSorbée, capitaine au Bataillon Napoléon et mari d'une de ses dames d'annonce". Kl le espérait bien ne pas retourner dans «. son exil de Schonbrunn »>, selon son expression, et sa saison d'eaux s'avançant, elle écrivit à l'empereur d'Autriche «le l'autoriser à s«* rendre à Panne. Metternich. puis François l'r répondirent que l«'s circonstances politiques ne permettant pas encore qu'elle prit possession du <luché,elle devait revenir à Schonbrunn pour y attendre la clôture du congrès. Ma rie- Ironise se résigna*.
D'ailleurs, en l'absence «le Mènerai, Neipperg était parvenu à faire revenir l'impératrice «l«i s«'s prévenlions «»t avait peu à peu gagné sa confiance et son amitié. Les nouveaux sentiments de Marie-Louise prirent plus «l«» force encore p«'tnlant son voyage d'Aix à Vienne, que Neipperg sut faire durer tout le mois «le septembre «»t dont il profila pour se trouver sans cesse auprès «le la jeune femme. Si en arrivant à Schonbrunn. Neipperg n'était pas encore l'amant «h»
I. l.» Ur»' M:iri<'-l.'Uii-*»\ Aix, lr> ;mfit IMk > i[rr par Mi in val. Il, \*i .
-.. N'.Tfxi|.MH. Corr'ip . il ».M. M«mi«'\.iI. II. »!»î. Il»'» i<"' h'nprvs v.il. !»• rnjiit.iitii' llnr.iiilt l'Liil - h t i-lt>- |»:»r Vipi-I..>n tl inn- iifr M;in>- l.'iii*' a ! il»- <J'KII»>. i-. fus;« partir il»- p.-ur <1<> m> < «>ui. nt< i ] Viiip- r. ur
•l'Autriclt»'.
J l«npjx>rt (t.- Mmiv.il .H N >|Ht|. ..u. Anïi. AfT. » tr., «««•-'■ I.'liro* M.»n«'-l.«Mus«- rl >\v M'Hi i m. h, i. T. i >. >o .i .nt. i itct-n p.tr M< tn \al. 11. IT*-!**. M** II. a I .iMh- «if i,..r<iiii, <-li.niit« ry, •> nfpl. Ar<h. AU. cli-, i>*>.
Mario-Louise, il avait porte'» le trouble dans son cu*ur et était maître de sa pensée. L'intrigant Autrichien devait achever deux mois plus tard cette très agréable et très profitable conquête en s'omployant ardemment à faire obtenir à l'cx-impératrice, par l'intervention du czar, la souveraineté des états de Parme1.
C'est d'Aix que Marie-Louise envoya ses dernières lettres à Napoléon*. Pendant son voyage à travers la Suisse et le Tyrol, elle n'eut point l'occasion de lui écrire— grâce à Xeipperg, elle n'en eut peut-être pas le désir — et quand elle fut de retour à Schonbrunn, Melternich lui arracha la promesse de cesser personnellement toute correspondance avec File d'Elbe et même de remettre, sans les lire, à son père l'empereur d'Autriche, les lettres qu'elle pourrait recevoir de Napoléon3.Marie-Louise s'était transforméesous l'influence de l'homme à qui l'avait livrée la politique autrichienne. Bientôt, elle allait consentir à vendre son fils pour un duché. Elle allait avoir l'impudence dédire a Metternich, afin qu'il le répétât au congrès, qu'elle n'accepterait pas la souveraineté de Lucques parce
1. M.'iK'V.il. II. U>*. t'Jt. lOi. !97. i U. i05. Marin-Lnit* >md fltnog /trirl.itaift. I.S.'vl.ST. I«i2-I«>0. Correxp, df Marif-Ix>ni$r avre ta comtfttr d*
Ci-'n.-v<ll>\ il avril. 10 mai. 1h d><\ i h ui. Sur 1<- zèle de NVippenr |*»ur f.ur. ul.l.-mr a M.h m- Louis.; l<- Uu«:h>* <1«- Pamir, Voir 1815, I, l3y-l*o.
« >i (j ti i • * 1 1 1 Moimirr. «ians drs Mémoires iu«>dils f cit^H par d'IIrrissun. I* VnUi,t. t ,tr,n-, >\"), ose-t-il <lir«- : « Onaud rimp«ratri«>' partit de Haml-iuillet, sons la LMPli'dr \.mp|m tc. <l<"s la pn-mit-rv nuit. « Ile coucha ave-' lui. »
I" M.irn Louis.', d«* Itamhouillt't a S- houhrunn, fut «sous la pard»» •. non <l>- N«'ipp< r>.', mais ilu p«;n»ral major Kinski ; i" «piand NVipperp s«- pr»- «M-nta a Mari<--L«.uis«-, !«• 17 juillet, a Carmupr.rVlait la se««>nde foimjuVII.» 1.- voyait. K 1 1 « - l'avait vu une pivniit'iv fois à Piajjin* m ISU, oii il faisait W >« rvi(v. ,1,. ohamlHIan. iMeneval, II. l<»«.. Haussât. III. *«"..)
i La i rni.Mr l.'ttn- qii.- Mari.- Loiii^- ait . ente à Nap«uVon «**t du il juill' l; •■II'1 la ronila ji Haussât «pu la lit plisser à 1*1 1»* d'Elbe par un pretriulu folporl. ur itali» n. L'rm|»T«Mir la r«*< ut lr 10 aofit. i \apol«tm, ( ormp.. SI « il. il .»»■.!. HausM-t. H, 4H. M.-n. val. II. ii«u
.!. happort «le Mnn'valà Nap«d«-<<n. Areh. AIT. *'tr.. t>0i.) — C'est ainsi que la lelliv -I»- Napol-on <ln l«' o.t.din- Mfin val dit a tort du 20 novembre. %«ur Corctp. «/«• V<t/,oiVo.». <l «. .1 , m\ o\ . par IV-ntrcmise du prnnd-dif- d»- Titrai fut d' «-a. het« e par IVuip.-ivur «l'Autrulie et < ummunt«pf>e aux meinbr«-s <1u «.•onifir*.
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que, a Lucques,ellc serait trop près de Napoléon1.
Informé par Mencval de la contrainte imposée à Marie-Louise, l'empereur ne put plus douter des intentions île la cour de Vienne que déjà les obstacles mis à sa correspondance avec sa femme lui avaient fait soupçonner'. A plusieurs reprises, il se plaignit avec amertume à Campbell de la conduite inhumaine de l'empereur d'Autriche : « — Ma femme ne m'écrit plus, dit-il d'une voix tremblante d'émotion qui impressionna le commissaire anglais. Mon fils m'est enlevé comme jadis les enfants des vaincus pour orner le triomphe des vainqueurs. On ne peut citer dans les temps modernes l'exemple d'une pareille barbarie'. » Telle était cependant chez l'empereur la ténacité des illusions qu'il ne désespérait pas. Il demanda à Campbell d écrire à Castlereagh afin de savoir si les puissances et surtout l'Angleterre <« si juste et si libéral*» » étaient d'accord avec l'Autriche pour le séparer de son (ils et de sa femme. Il voulut faire parvenir une lettre à Marie-Louise par l'intermédiaire «le lord Burghers. Des journaux ayant annoncé, au commencement de décembre, un prétendu voyage du général autrichien Knllcr à l'Ile d'Elbe, il crut que cet officier avait pour mission de lui parler de Marie- Louise. Le 28 décembre, dans une lettre a Bertrand sur des détails d'aménagement, Napoléon se laissait aller à écrire encore : « Si l'impératrice et le roi de Home venaient ici »
1 Talleyrand h Louis XVIII, f. v. txi:> (r0,-,-$p. de Talleyrand pendant le foHgrti de Vienne). Meneval. Il, 1M. i*'-. Ut. <:f. la lellre de Vieillir analyse dan* le» Mém. de Lavallettr (11. : • ... 1/iinperatrire, livr.eà X. .. !>•• prend plus même le soin de cacher s<>n K"ùt hi/arr»- |»our ot le.miie- •|uî e<»l autant maître de sou esprit que de sa per>«>nne. •
t. Napoléon, Cùrretp.. SI . •-«>*, il . «» » t . Itapp»rl de .Meneval a \ap«>!e«iii. M mai mis. Rapport de lierlrand a i.aulain. ourt. I" juin Ui . An h AiT. • tr.. i*'»M
S. Camplx'll. Xapolronal Elka. VT, - W . M'