PROJETS INCERTAINS DE NAPOLÉON
<:Vst dans ce même mois de décembre que Napoléon eut avec un sapeur de grenadiers cette courte conversation qui fit impression chez ses familiers: « - Eh bien, grognard, tu t'ennuies? — Non, sire, mais je ne m'amuse pas trop, toujours. — Tu as tort, il faut prendre le temps comme il vient. >» Et lui mettant une pièce d'or dans la main, il s'éloigna en ( ban tonnant : Ça ne durera pas toujours. Au mois de janvier, on put remarquer aussi que Napoléon ne tenait plus le même langage à ses soldats. En octobre, il avait dit tristement à ceux d'entre eux qui demandaient leur congé : <« — Vous voulez nf abandonner
parce que je suis malheureux Que ceux qui veulent
partir partent. Je ne retiens personne. » Maintenant, il répondait aux mêmes demandes: « — Patientez. Nous passerons ce peu de jours d'hiver le moins mal que nous pourrons. Puis nous songerons à passer le printemps d'une autre façon1. »
Mais ces paroles, bien qu'il ne lui en eut pas encore échappé de pareilles, sont de bien vagues présomptions des desseins de l'empereur. Si. dès la lin de I S I i, il songea vraisemblablement à ce grand projet, jusqu'à la mi-février 1813 il ne s'en ouvrit à personne et ne prit aucune mesure préparatoire. Ni les officiers et les serviteurs de Napoléon, ni le colonel (lampbell et les espions aux aguets à l'Ile d'Elbe ne soupçonnèrent rien. La réconciliation, d'ailleurs
I. P»vruns*\ i:>«. Knp|»irt* <!«• Marintli, I" nov. IIU rt 2* janv. Ml »( Vn h AfT i*tr . 1»»hi; — Il y ;i i-nfon- la phrusi- aniphil-.|«.k'i«|ii»' «!<• Vi|K.|.-.m dans *a •••iivmati'-n av.v latta ,i <!••« i : « Avant d* partir, j'aurai !«♦ plaisir d*' \*m* rvv.»ir. • S.-|..n un rapport du I" d»v. do latent •!»» \lan«itti, NajH.|.^»n aurai» <t il au «m à hnamt vu pl<iu <-.rcl»\ — * Kit I i«n. c><n«ral, quVn p»'iivj-v<»us * S»r.ut-il trop tôt d«* sortir dr HL- pendant |.- <-aritavji| ? . Mais <v ra'-onlac»- nous (tarait itnpli<*it>-m<-nt < "iiln- lit |»ar la lellr»' d«- I»rt»u«»l «pi.- n.iiiH i-iimi* dan» la indi. Miivanti-
t. |Vvru!s*«\ ni Korr*i, ni CampU-H sicnalent a u«mi i>.- <-..:if' n tt au- ♦■un pr« j»aralif Urmiot .1 Camhrorm»- ont t< ni.nk'ii< > . ln «i-.nt. n«n, prrniHT jumpi'au 16 on 17 ffvrnT, *>■<•• uni jusqu'au ti /'i o'n rf<- J/re-ot, 13. l'rocc*d* f'amtro'inf, '.)-- la:* f>vn«r 1*1 «. l»rmi'.l <-cn\ alla un
pou cordiale de part et d'autre, de Napoléon et de Murât, la correspondance entretenue assez régulièrement avec Naples, les allées et venues constantes d'Italiens plus ou moins suspects entre le continent et l'île, des rapports sur les ventes de Bologne, de Regjcio, de Gènes, de Milan, où Ton préparait, disait-on, un soulèvement général de l'Italie aux cris : Liberté et Napoléon ! inspiraient bien quelques craintes, pour le printemps, d'un débarquement de l'empereur sur le littoral de la Toscane ou des Légations '. Mais la faiblesse de ses ressources en hommes et en argent, l'impossibilité presque absolue où il se trouvait de communiquer avec Paris ou Toulon rendaient invraisemblable qu'il méditât sérieusement une entreprise contre l^uiis XVI 11*. Le ! i février, Mariotti écrivait en toute quiétude : « Napoléon reste enfermé dans ses appartements sans voir personne; cela tient à ce qu'il craint les assassins envoyés de France et d'Italie. » Dehouel, aide de camp de Bruslart, constatait aussi « que Buonaparte paraissait fort tranquille depuis
ami intime : «... Il ne m'est pas arrivé une seule fois de regretter le parti que j'ai pris. Si c'était à recommencer, j'agirai* comme j'ai fait. Je nr prévois plus pour moi des plaisirs l»ien vifs, mais» je vivrai dans le calme et la tranquillité de l'Ame. I/élude est pour moi d'une grande ressource. • (Lettre au capitaine Flan.it. citée par (Jirod de l'Ain, A* général Drouot,:* Pour qui connaît le caractère de Drouot, il est certain que le général n'aurait pas écrit ces lignes s'il avait cru s'embarquer trois semaines plus tard
t. CamplHdl.iM. i3t.i58.iiis. iT5. SHQ.3o3. 343. Rapports de Mariotti, M ri-, -.. U janv (Areh. Aff. etr.. 18uo ... Rapports à Mariotti. i*\ i, 5. 7, »7, 3! <W . 6jaiiv.. io. 2i for. (cites par Pellet, Appendice). Cf. Ua>mano. La v.rtt' ««-■ le$ Cent Jour» principalement par rapport à la renais tance projetée de rfim/>w romain. 4-20, 2*-5i. 55-75. etc. — Il s'agissait delà reconstitution de IWnpin* romam avec Napoléon empereur à Rome, quatre vice-empereur» dans les principes villes de l'Italie et un parlement libéral. Napoléon était certainement au courant de ces projeta, peu I -être même les encouratreait-il pour entretenir dans la jKMiinsule une agitation qui pouvait s**e«nder ses desseins sur la France. Mais il est bien peu probable qu'il ail jamais soupe a prendre part de sa |H'rsonne à cette révolution.
«. lians es instructions secrètes de l'amiral Miermitte aux commandants de* fie*. tes eu croisière autour de l'Ile d'Ella, il n'est question que d'emp'dier le débarquement de l'empereur sur les cotes d'Italie, i Arch. de la Manne, bb m, à la date du tQ décembre.)
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longtemps et semblait seulement s'inquiéter des projets «les frégates anglaises et françaises en croisière autour de l'Ile. » Quand , le 1 ti février, le colonel Campbel 1 s'embarqua afin d'aller passer huit jours à Florence, il était bien loin de se douter qu'il eût vu Napoléon pour la dernière fois1.
Le commissaire anglais, il est vrai, ignorait le 16 février que le 12 ou le 13, un Français déguisé en matelot eut abordé dans l'île sur une petite felouque de Lerici. C'était Fleury de ChaboulonV
1. Rapport de Mariolti. Livourne, U févr. (Arch. Aff. <-tr., 1MW0. Hehouel. aide de camp de Bruslart a comte de Marens, Uastia, 10 mare. (Arch. nat. AF. IV. m*j. Camp)*ell. XapoleoH at Elba, 361.
t. Fleury de Chaboulon. 1*6-107, IU-H4. Cf. Rapport de latcent de Mariolti. Porto-Ferrajo. t« février (cité par IVÏlet. Appendice'.» : • Il est arriva il y a quelques jour» un personnage distingue, déguisé en marin, transporte |iar une felouque de Lerici. Il est re|iarti après avoir eu plusieurs conférences secrètes avec l'empereur. Cette visite a très visiblement rejoui Napoléon. •
On a cru jusqu'ici que Fleury n'avait débarque que le ti février. Nous iffnonini absolument sur quel lèmoifmatre s'e«t formée eetle opinion. Napoléon (HU> <TKl6«t lu Ctnti Jour$, torretp. XXXI, «<) dil que la visite de Fleur) eut lieu en février, mais il ne précise pas le jour. Kleury n'indique pas non plus la date de son arriva et dit seulement qu'il entra au |»»rt dan* la soirée. Mais le rapport de l'espion italien, qui ronllrme sur lous les potnts le récit de Fleury. le complète sur ce point parlicu lier. Os mots dates du ta février: «... a débarqué il y a quelque* jours . marquant bien que Fleury a débarque le li ou le 13. c'est-à-dire cinq ou six jour* auparavant. Si son arrivée avait eu lieu le 16, l'espion aurait évidemment écrit : il y a deux jours ou avant-hier. ( (tailleurs l.i mippoHition du 16 est inadmissible, cardans ce cas Fleury. qui arriva h l'Ile d'Elbe passe 6 heures du soir et qui y resta 4* heures, n'aurait pu en être reparti le tf à l'heur»' ou l'espion errivait son rapporOSi.au contraire, la venue de Fleury avait eu heu antérieurement au 10 février, l'espion aurait mis : il va huit jours ou il y a quinze jours. Mais l'aèrent deMahotti ac rit : • il y a quelques jours ». Nous le repetons On*t<j*"$ jaurt. cela veut dire qu i liv. cinq nu six j..urs. D'autre part, c'est du 10 février, c'est-à-dire <lu lendem.iiti ou du surlendemain des audiences de Kleury que sont dates !<•* prv miers ordres de Napoléon touchant des préparatifs de de|*art i ( onci/iOM éaner, ii«:i, 41*7 », ; et Itrmiot lemoiime aussi (Interrogatoire, /Vo-vi </ Dreuot, is. si) que ce fut seulement dans la se. -onde quinzaine de f, vn- r que l'empereur lui coulla ses nouveaux desseins
Ainsi Kleury del»arque le I ï ou le 13 dans la soirée. I.e lendemain 1 1 i.'.j 14. et le surlendemain 14 ou 15. il voit sueeensivemeut l'empereur. Le S'.ir du 14 ou du 15. il quitte l'Ile, et le to Na|«>l''«.n donne s. s premiers ordre» l«»ur le départ. Il est diftkile de rroir»* à une <om. i.j. n. .■ f..rtmie entre les audiences de Fleury d-s 14 et r. février -t |Wdre de N.i|...|. ,.n du 1»» dradouber le brick et de n-li^ r d. s bâtiments Bien plut-d. d faut admet.
Auditeur au Conseil d'Etat, sous-préfet de Château- Salins jusqu'en janvier 1SI V, puis nommé sous-préfet «le Reims quand cette ville fut reprise aux Busses. Elcuryde Chaboulon avait donné sa démission au retour des Bourbons. Besté fervent admirateur «le Napoléon, il résolut , au commencement de 1815, d'aller à l'ile d'Elbe, sans peut-être avoir «l'abord d'autre pensée que de revoir son ancien souverain ou d'être employé auprès de lui. Mais les défections étaient alors si générales que le plus entier dévouement passé ne répondait pas de la fidélité présente. Malgré sa belle conduite pendant la campagne de 1814, où il avait gagné la croix et mérité d'être appelé par Ney <« l'intrépide sous-préfet », Fleury pouvait craindre <ju«' l'empereur ne le reçût point «m ne le reçût qu'avec défiance. Il s'adressa au duc de Bassano qu'il connaissait personnellement. C'était vers le milieu de janvier, au moment où les craintes «l'une guerre «l'intérêt dynastique, l'arbitraire de Soult. rannonce «les cérémonies expiatoires pour l'anniversaire d<< la mort de Louis XVI, l'équipée «lu curé de saint Boch. les prétendus projets de représailles «les royalist<»< avaient porté l'irritation au plus haut «legré, et où l<» complot ébauché par Fouché, Thibaudeau, Davoust,
tre que 1rs nouvrllrs apportées par Kleury de Chal>oulon déterminèrent Napoléon a quitter l'ile ou du moins hâtèrent son départ.
Kleury de Clialmukm avait l»i<n aOiriiio que ses paroles avaient eu retir action décisive sur Napoléon, mais sa prétention paraissait mal fonder puisqu'on l«- croyait deharque a Porto-Kerrajo seulement le H février, «-t que ks premiers ordres relatifs au deparl so?»l du ■ o février. Maintenant que trràce au rapport de l apent de Mariotti nous avons pu lixer l'arriver de Kleury au li ou au U février, la chose ne parait plus douteuse
Disons à ce propos que M. Marcellîn pellet, qui ne parait pas soupçonner l'importance du document découvert parluietqui est désireux sans doute de mettre le témoigna ce de l'espion italien d'accord avec la tradition, mus fondement, de l'arriver de Kleury leii février, assure dans une note que le paragraphe en question du rapport du 1* février a dû «Mre transpose par erreur et doit être plat e dans un rapport MiUequent. Cette assertion est inadmissible puis. pie jrg rapports de l'agent de Mariotti existent aux archives du consulat de Livoume en originaux et non en copies.
FLEIKY DE CHABOtLON 18!
les régicides et les généraux mécontents commentait à prendre corps. Il est facile de comprondro qu'au cours des deux entreliens que Fleury eut avec Bassano, le jeune sous-préfet et le vieux ministre parlant tour à tour de Napoléon et de Louis XVIII s'exalteront mutuellement. Les paroles de feu de Fleury ravivent la llamme au cœur de Bassano, le plus dévoué comme aussi le plus aveugle des serviteurs de Napoléon. Le duc se laisse arracher, pour servir de mot de passe, un secret que lui seul et l'empereur connaissent, et il autorise Fleury à répéter de sa part à Napoléon toute leur conversation. « — Mais, conclut Fleury, si l'empereur me demande : Est-ce le moment pour moi de revenir en France? » Dassano hésite un instant, puis il dit : « — Je ne puis prendre sur moi de donner un si grave conseil. Exposez la situation à l'empereur. Il décidera dans sa sagesse ce qui lui reste à faire. » (Ce n'était là qu'une réticence qui ne suffit pas à dégager la responsabilité du duc de BassamO Fleury de Uiaboulon se mit aussitôt en route. Après avoir surmonté dos difficultés sans nombre, il arriva à File d'Elbe le 12 ou le l'J février dans la soirée. Heçu le lendemain par l'empereur, il se lit reconnaître comme envoyé de Bassano, puis il dit tout ce qu'il >avait, tout ce qu'il supposait, tout ce qu'il espérait1.
Jusqu'alors, les seuls Français qui eussent débarqué à Porto-Ferrajo étaient, à quelques exceptions près
I. Kl«*ur> <t«» t:hal«>uIou. I. VI - 1*7. <X Itapport j>rv< it«; «1.- l'a^mt <!•• Mari"lli, l'urto-hVrraji», I? fi-vrirr. Krn-'Uf, V/<i/W, d»r d>> Uaê$n>.o, hii. l.avalMt.% M. m.. Il, Uo-IU. M<»nlh«.i«.n. Hc,tt, 11. iùi, 3t>s.
On **a«t 'ju«' H-'ury u> <:hal*'ulon s»* »li>M.nulr dans m.h n*<-it «lu voya^r • a l'Hi» tl*KIIi«* s.. us |.' nnni «l'un pr»-t<*n<lu mlmu'l Z..., «.-fiiM* tu«* a \Val«-rl'>» <t «pu u a jamai* oxist**.
i. L ac» nt <1«> MariMU •'.Kippnrts prtvitis ,!•** il «l^v »*i l : f. \r.» cit.: »-n« «»r»-, parmi \> s Français <tvlar<pi',s, un a\o<at iii>ii)in<* Lanulit. fi.>nap.irli>ti- rxpannf. trop l>a\.'ir<J pmir av..ir et.* «ïioi>i (•.•mm.- < -rmi-au ■• *,-.jvt. ' t |<- . upitain»' «!♦■ fr»>'al«* Chaulant, «jui fui n<»innu* «mi janvi.-r a i roiiiniAUtlftiK'nl du bri«k r/nromtant. Ii'aprr* la pr»*fa<-e -lu hwv >\r <.li nilanl AU '(.Xapol' On et /<i />- »torr«tu, ouvrai?** it«-clamal«-.rr- sans ir>t« r l
des officiers en réforme ou en demi-solde venus pour solliciter du service dans la garde !. Us n'avaient aucune mission politique, et les renseignements qu'ils donnaient sur l'esprit de tel ou tel régiment ou de telle ou telle province étaient suspects d'exagération. Les lettres de France ne contenaient que des demandes d'engagement dans l'armée elboise, des compliments de nouvelle année et des avis anonymes, dont à tort ou à raison l'empereur faisait peu de cas*. Sans doute. Napoléon savait ce qui se passait et ce qui se «lisait en France, mais il le savait imparfaitement. Qu'élaient-ce que les articles des journaux, les racontages des officiers réformés, les conversalions des touristes anglais auprès du rapport complet, précis et authentique de Fleury de Chahoulon ! Fleury révéla, en outre, à l'empereur l'existence d'un complot et les projets des conjurés d'établir la régence. « — t ne régence ! dit-il avec humeur. Pourquoi faire? Suis-je donc mort * î »
Napoléon, cela est certain, projetait de rentrer en France. S'il n'avait pas véeii avec cette pensée depuis plus ou moins de temps, les récits de Fleury de Chal)oulon. et même les paroles de Bassano qui lui furent redites par le jeune homme n'auraient pas sufli à
historique), le capitaine Chautard se rendit h l'Ile d'Elbe à la suite de l'avortcmeiit d'une conspiration à Toulon. C'est une léfrende que détruit I examen du dossier de Chautard. i.\nh. de la Marine.) Mis à la retraite au mois d'août 1*1-1, cet officier n 'était sous 1»' coup d'aucune poursuite quand il vint à l'Ile d Elbe pour y chercher un emploi.
l> après Lal»>rde uV.»/»/. et In yard? à nu d'Elhe, ♦>:>) et Monlholon [htnit. II, \» un certain huinoulin. riche gantier de Crenoble. serait aussi venu à l'Ile d'Ell*' en octobre ou novembre et aurait renseigné l'empereur sur l'esprit du l>auphme. guant aux prétendues missions du médecin llenoult. je procès de luvliro a demontr»* qu'elles sont absolument imaginaires. ftovigo, Mem., Vlll. u»a « t ji>: 3»s.
I. Sapol**"»- Corn-f,, . i|.,.»T. Cf. tE„rr*, de Sainte- fi W, ne [f'orresp. X.WI ii'.) et M-ifii'T, h' ut- n, uit «b- grenadiers. I ' ne ai. n, ,■<{>■ la ne dr .V«/*>/., ~ i-~ i
i. /Vo«<-» ./* Ln-'Uette, I L fl;<|.p..rt a Mariolli, Porto- Kerrajo. 26 dec. \a! l-.-leon, LU. d'Blte et In Cent* Jourt :tor,;*i, XXXI, Sli.
■i. Fleury de ChaUulon. I, lio. Cf. m.
FI. Kl' K Y I>E GH AnOI I.O.N
Tentrainer dans une pareille aventure. Mais si l'empercnr méditait ces desseins, l'exécution n'en était pas arrêtée dans son esprit. Peut-être hésitait-il encore, l-es renseignements de Fleury de Chaboulon le déterminèrent à brusquer son départ.
Le lendemain, l'empereur eut un second entretien avec Fleury. Il ne lui cacha pas qu'il avait fixé ses résolutions, mais il s'abstint de révéler son plan de campagne et la date très prochaine de son embarquement. Fleury quitta l'île le soir même, l'ne felouque affrétée par ordre «le l'empereur le conduisit à Naples où il devait se faire donner un passeport pour la France *.
t. Fleury de Chaboulon. I, 137-150. I5M57. Cf. Napoléon, L'tU tBlb* «t Ut Cent» Jour*. \Corr*ip. XXXI. :«i-3t.; Montholon, /IrciU, II, Sf.i.
D'après Napoléon, il renvoya Fleury en France afin de prévenir de son prochain débarquement les personnages connus pour leur attachement à
sa personne et le» engager à se cacher de façon à ne point servir d'otage» au\ Bourbons. D'après Fleury, il aurait rte charge d'une tout autre mission. Il devait enga^rer les bonapartistes et les patriotes a njfir dèn qu'ils apprendraient le débarquement >ie Napoléon afin d'assaillir les royalistes de deux cote* h la fois. Il devait, en outre, envoyer a l'Ile d'KIbe des ren- M'iirncmeiits sur l'esprit de* officiers des régiments en garnison dans le Sud-Est df la Kranre.
Il est difficile d'admettre une Fleury put avoir le tempM de rentrer a Fans par Naples. de conférer a ver les bonapartistes, de prendre <les informations sur l'esprit des garnisons du Midi et de les transmettre à l'Ile d'EII«e. tout rela avant le départ de Napoléon qui devait avoir lieu, dit Fleury. • le !•• avril ou plus lot ». A hou retour en Franee. le s mars, Fleury fut un peu dépiU' «l'apprendre que l'Empereur y avait dé|»arqtie le I" mars. Il l'accusa, a part lui, • de l'avoir trompé .. Napoléon lui donna, dit-il, celte explication : « -- A peine futes-vou* parti que je regrettai mon imprudent e de vous avoir renvoyé sur le continent, car 1rs renseiirnenients que vous deviez prendre, les lettres que vous dévie/. mVertre. les eonferenres que vous deviez avoir pouvaient éveiller les sou|n;ods. (l'est pourquoi je me suis dévide a partir tout de stiile. • Fleury put se paver de ces paroles, tua in il est plus presumahle que l'empereur avait fait res réflexion* avant le départ de son jeune rontldent et .pie ne voulant pas. pour un motif ou pour un autre, qu'il restai a lïle <1 hlt.e, il lui avait donne
••|i;nik'o en le .-har^eant <le prétendues missions •] n il ne lui laisserait pas le temps de remplir. Nap.-l.-on voulait être en Kranre avant que Fleury ne put y être lui-même.
n.mt a .-roire que Napoléon roinptait rester h l'Ile d'Ell** jusque vers le I" avril, mais que le lendemain «lu départ de rb-urv l'armée de t olonna d'Istria qui ap|»>rta la nouvelle de la pr-teudue • I. lure .lu .onirres de Vienne le de«'ida 11 iwriir tout <|e suite, . «-la n'est irn. r-' (..s^dde. Montholon dit bien : . L'arriver de Klcury . -m. ida ave. colle -le i.ulouna. La
Dès le Hî février, lendemain ou surlendemain du départ de Fleury. Napoléon s'occupa de préparer son expédition. Il envoya coup sur coup à Drouot l'ordre de noliser deux bâtiments de Rio et l'ordre de faire radouber le brick, de le faire peindre comme un navire anglais, de le réarmer, de l'approvisionner, de le munir d'autant de chaloupes qu'il en pourrait porter et de le tenir prêt à prendre la mer le 24 ou le 2."» février1. Toutefois, ah'n de ne pas éveiller de soupçons, même dans l'esprit du fidèle Drouot, l'empereur rédigea ces ordres de façon à dérouter toutes les conjectures, u Les bâtiments de Hio, écrivit-il, seront employés, l'un à embarquer du bois pour Porto-Ferrajo. l'autre à évacuer de Porto-Longone tout ce qu'il y a pour ici. » Quoi de plus naturel! On avait besoin do bois pour les constructions et l'on avait commencé depuis un mois d'évacuer sur Porto-Ferrajo une partie des munitions de Porto-Longone. « Le brick, écrivit-il encore, sera approvisionné pour cent ving» hommes pendant trois mois. » Que pouvait-on penser? S'agissait-il donc d'une évasion en Amérique ? car pour aller seulement de l'ile d'Elbe en Italie nu en France, il ne fallait pas trois mois de vivres. (Test également afin de donner le change sur ses projets que l'empereur écrit à Bertrand, le M) février, qu'il ira passer les mois de juin et de juillet à la Marcianas. Le 22 février, quand il demande à Foresi de lui pro-
deeision fut instantané**. » Mais nous savons par le Livre de caisse dePeyrusse Mémorial, Annexes. \:\\) que C.olonna était de retour à l'Ile d*Klbe le il février, c'est-a-dirc avant l'arrivée de Fleury qui n'y débarqua que le M ou le 13.