DÉCISION SOUDAINE DE NAPOLÉON
curer des bateaux de transport, le 2.') quand il ordonne à Peyrusse d'emballer l'or dans des caisses et de ne plus taire de paiement pour l'Ile qu'en monnaie d'argent. Napoléon s'efforce encore de ne point livrer son secret \
(le secret, seul Drouot. et peut-être Madame mère* le possédaient depuis quelques jours. Après ses ordres du H> février, évidemment rédigés avec la préoccupation «le cacher son dessein à Drouot, l'empereur s'était ravisé. Soit qu'il eût scrupule de manquer de confiance envers un homme de cette trempe, soit qu'à la veille d'une si aventureuse entreprise, il sentit le besoin d'y être encouragé, le 18 ou le 11) il s'ouvrit au général. « — Drouot, lui dit-il. je suis regretté et demandé par toute la France. Dans peu de jours, je» quitterai l'Ile pour obéir au vomi de la nation. »> A cette confidence, l'empereur vit s'assombrir le visage» de Drouot. Celui qu'il appelait <« le Sage » avait eu la soudaine vision de la guerre civile et de l'occupation étrangère. Si pénible qu'il fût de discuter avec l'empereur, Drouot n'hésita pas à lui représenter les périls de cette tentative ; peut-être même osat-il lui exposer les considérations d'ordre moral qui devaient l'en détourner. Mais quels appels a sa raison et à son co'ur pouvaient faire fléchir la volonté de Napoléon! Depuis le jour où Drouot connut ce fatal secret jusqu'à l'heure de rembarquement, il demeura soucieux et profondément triste. Il exécuta en fidèle et obéissant subordonné Jous les ordres de l'empereur relatifs à l'expédition, mais sans cesser de le conjurer d'abandonner son projet. Drouot dit plus tard, et plusieurs témoignages ont continué ses pa-
Cf. Iji^ Cas«*s, VI, !*<.. . Nj|h»|k.,h i,t»i<I.i |<> *.-.-r.-l ju-jn .ni 'Irrnu r moment •
i. Forçai, X'tpohtne ah' inln dtll A'/'xi. ? I
rôles : « J'ai fait ce qui était humainement possible pour empêcher cette entreprise1. »
Le hàtif radoub du brick, rembarquement sur ce navire de vivres et de munitions, le retour de la Pianosa des chevaux appartenant aux lanciers polonais, la distribution à chaque fantassin «le deux paires de souliers commencent, cependant, vers le 20* ou le 21 février, à faire jaser les soldats et les habitants. On dit qu'une division napolitaine est entrée en Toscane et que l'empereur se prépare à l'aller rejoindre. On commente les paroles d'un certain Charles Albert, négociant de Marseille ou prétendu tel. qui. débarqué le 19 février, court les cercles d'officiers et les cafés de Porto- Ferrajo, répétant à qui veut l'entendre, même à l'agent de Mariotti. que sauf les riches et les émigrés, tout le monde en France désire l'empereur, que le roi est devenu odieux et « qu'il suffira du chapeau de Napoléon planté sur la cote de Provence pour attirer tous les Français1 ». Ce Charles Albert, d'ailleurs, bien qu'il eût été reçu par Napoléon et qu'il fût fort bavard, n'en disait pas davantage. (Test apparemment qu'il ne savait rien de plus. Ce n'était pas un Fleury de Chaboulon, et l'empereur
l. Interrogatoire de Drouot. Im positions de Lacoiir. ex-eommisMire >W ;?uerr»*s a I d'Elbe, de M"*" Deschamps, femme d'un fourrier du Palais, et de Pey russe. li*rocet dr Dronot. S -6. II. 15, Iti.
1. D'à près l'éditeur du M>inu*rrit d« l it- d'Elbe. Napoléon aurait passe la journée du io février et la matinée du ii a dieter ret opuscule, qui est le résume politique de l'histoire des vinirt dernières années et qui conclut a la légitimité île la IV» d> nantie. (> manifeste un |»eu sérieux et un |»eu lon^r pour un manifeste '., devait, parait il. être publie eomme le développement des proclamations de l'empereur au pcupl" français. Las uwi. \ Vrmor., VI. 129.141. rite à peu près la moitié de eel ernt qu'il deelare ao thentique. Quoiqu'il en soit, il ne Tut pas imprime en 1813. En 18 1 h. après le sui i.ès du livre de Lullin de lihateauvieux . le Manmrnt «/»■ Sainte- H, im». (> Meara l'ediU suis le titre de : t/a„»»o-,f df f iiV d hlb*.
». «apports à Mariotti précités. Porto Kerrajo. 19. 20, 21,2.'. 2J fev. f.f. Peynis'.e. Urmor. .'Tu. et llapport du seer» -taire de la princesse liurght-se «cite par llelfert, Murât u„d htu>n Kxmpfe. ITI .
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s'était borné à écouter ses dithyrambes bonapartistes lui faire aucune confidence *.
Pour s'embarquer, l'empereur comptait profiter de l'éloignement du commissaire anglais Campbell. Cehii-ci était parti le 16 février, et son absence devait se prolonger dix ou douze jours *. Le départ était donc lixé dans l'esprit de l'empereur au 20 février au plus tard et tout se préparait en conséquence lorsque, durant la nuit du 23 au 21, la frégate anglaise la Perdrix vint mouillera Porto-Ferrajo. C'est le plus fatal des contretemps. A la vérité, le capitaine Adye est sans défiance. Avec les marins de la garde et deux ou trois compagnies de grenadiers, on peut aborder la frégate à l'ancre dans la rade et désarmer l'équipage avant qu'il ait le temps de se mettre en défense. Ce coup de main donnera même un bon bâtiment pour la traversée. Mais l'empereur a trop d'illusions sur les sentiments de la nation anglaise pour commencer son entreprise par un casus belli avec l'Angleterre. Il est déconcerté, inquiet, hésitant, ne pouvant se résoudre à un guet-apens qui cependant sera peut-être nécessaire. Enfin, Bertrand lui apprend vers midi que le capitaine Adye, dont il vient de recevoir la visite aux
{. Dans un rapport non date du 24 ou du i> février, l'agent de Mariott< ♦«rit : «Je crois que le Français Charles Albert a ha té le d« part «pu aura lieu au premier jour. • Cette supposition, mai fondée, était cependant fort naturelle de la part de l'espion. Charles Albert arrive le \0 ; c'est le iOou le il «|ue les préparatifs de départ commeneent à être visibles. Donc. Charles Albert a décide Napoléon. Mais si l'agent de Mariotti avait connu les ordre» de l'Empereur du février, anti-rieurs de trois jours h l'arrivée de Charles Albert et postérieurs d'un jour au d« part de Kleury de Chahoulon. il aurait compris Napoléon avait arrêté ses résolutions avant de voir Charles Albert.
t. Campbell, 358. Foresi, 7i. Cf. Pey russe, i71.
Mulini, est au moment de prendre la mer1. A peine la Perdrix a-t-elle levé l'ancre que l'embargo est mis sur lous les bâtiments ; des courriers sont expédiés sur les différents points de l'île pour défendre de laisser embarquer personne, môme les pécheurs; la police refuse de délivrer tout passe-port et la Santé tout billet d'expédition. Le soir, les autorités civiles se rendent au palais. Le présidentdu tribunal exprime à l'empereur ses félicitations et ses regrets : ses félicitations de lui « voir reprendre le chemin de la gloire », ses regrets de »< le voir quitter l'île où il laissera de si grands souvenirs ». Napoléon est songeur, préoccupé. On l'entend murmurer, à mieux dire on l'entend penser tout haut : « Ah î la France ! la France* î >»
Le lendemain, 2o février, les préparatifs de départ continuent. On embarque les quatre pièces de campagne à bord de f Inconstant. L'embargo est rigoureusement maintenu, la police oblige même les insulaires et étrangers munis de passe-ports à les déposer temporairement au bureau central. Les soldats du bataillon corse, où l'on craint des désertions, sont consignés ; les grenadiers font des patrouilles dans le> rues et «les rondes sur la cote. On parle sans mystère du prochain départ. Sur le port, on dit que l'empereur va en France; dans les cafés on dit qu'il va en Italie. Pour les habitants, c'est une désolation. Lhacun regrette la garnison et la petite cour. Les femmes pensent à ces réceptions des Mulini où elles étaient extrêmement llattées d'être admises et qui ne reprendront plus ; quelques-unes pleurent un amant ou un liancé. Les marchands de IWto-Ferrajo. qui ont si
i. «apport du capitaine Adye -Vite par CamplwU. 3tO ir.4. noie). Rapport àMan-tti. l'nrto-Ferrajo. il février (cite par IVIIH. Appendice . FVvm^. . i'Kf.i.
i. «apports précités a Mariotti. Porto-Ferrajn. il et frv. Cf. Monter, lieutenant «le grenadiers. Un.- dr .\<j/>o/»0'i, 9*.
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largement profita de la présence des Français, sont d'autant plus afiligés que les officiers et les soldats laissent «le nombreuses dettes. Naturellement, la troupe est joyeuse. « Les militaires, dit latent de Mariotti, font la roue sous leur uniforme et appellent les combats dans l'espérance d'en sortir au moins maréchaux >»
On remarqua ce jour-là (pie, contre son habitude, l'empereur resta enfermé au palais3. Il s'occupait de rédiger trois proclamations, les deux premières adressées par lui au Peuple français et à l'Armée, la troisième prétendument adressée par la garde impériale aux généraux, officiers et soldats de l'armée. Les trois pièces furent imprimées secrètement dans la soirée ou dans la nuit3. Ecrites avec l'emphase que
I. Rapports à Mariotti, Porto-Kerrojo. ts février. Cf. Rapport au même, Vorto-Kerrajo, s. d. (il ou i~> fevr. cites par Pellet, Appendke. Mi. Itil- 1*3;. — h'aprés Monier. lieutenant de irrenadiers il' ne année de \»pol'on; et le colonel Lal»orde {.\npol. rt la yard'' <t i'ilê tTKlbn. les officiers ne furent averti* du départ que le i>> — Avertis ofîiciellement. oui. Mais cela ne veut pas dire qu'ils ne s'en doutaient pas la veille et lavant-veille, l.'airent de Mariotti en bmoik'tie. et des rapport» redises au jour le jour sont plus exacts sur les |»oints de delail que des souvenirs écrits plus ou moins longtemps après les événements.
t. Rapport précité à Mariotti. Porto-Kerrajo. i\ fevr.