LA HALTE A CANNES
consigna jusqu'à nouvel ordre à l'Hôtel de la Poste'.
Les troupes, qui n'arrivèrent (pie passé une heure du matin, tirent halte à une demi-portée de fusil des premières maisons, non loin de l'embranchement de la roule de Grasse'. Cette belle nuit était glaciale. L'empereur ordonna d'allumer un feu de sarments en attendant les distributions. Malgré l'heure avancée, toute la population accourut pour voir Napoléon. Un lit cercle autour de lui. Il dut même pour se dégager, car on le touchait presque, appeler des grenadiers auxquels il recommanda d'agir avec douceur. « — N'inquiétez pas le peuple, dit-il. >► Ht il continua à se chauffer, attisant le feu du bout de sa botte*.
« Le peuple de Cannes, lit-on dans la relation du Moniteur, reçut l'empereur avec des sentiments qui furent le premier présage du succès de l'expédition. » D'après d'autres témoignages, il y avait dans la foule moins d'enthousiasme que de curiosité et d'inquiétude. On prétend même qu'un boucher du nom de Bertrand, embusqué à sa fenêtre, coucha l'empereur en joue, et qu'il aurait tiré si un voisin, épouvanté des représailles terribles qui suivraient cet assassinat, ne lui eût arraché l'arme des mains. Vraisemblablement, le seul encouragement que Napoléon reçut à Cannes lui fut donné par le courrier du duc de Valentinois. Cet homme assura (pie la Provence une fois traversée, tout le monde serait pour l'empereur. Le prince fut aussi amené au bivouac. «« — Venez-vous avec nous. Monaco? demanda l'empereur en riant. « - Mais, sire, je vais chez moi. » •< — Kt moi aussi. » répondit Napoléon. Après une
!. Interrogatoire de Oimhnmno (l'rocïi, .11 . Lettre du marquis \W Hi\i<*rc, *. 1. n. d. (Marseille. 4 ou s mars i*l>. ) AU. «Mr., oso.
La ru* du liivoua*: s'ouvre aujourd'hui à l'endroit .,ufulHablioebivuiiai\ 3. Lettre précitée du marquis de Rivière (Areh. AtT. elr.,
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halte d'environ deux heures, la colonne se remit en marche et prit la route de tirasse sans entrer dan> Cannes1.
A Grasse, distant de cinq lieues, le bruit d'une descente de corsaires s'était répandu comme à Cannes, mais le maire, le marquis de Gourdon, avait été bientôt plus exactement renseigné. En l'absence du sous-préfet , il réunit dans la nuit le conseil municipal et manda le général Gazan qui depuis peu de temps à la demi-solde s'était retiré dans sa ville natale. A la mairie, on parlait d'armer la population et de s'opposer au passage de l'usurpateur s'il voulait marcher par Grasse. Gazan, qui n'était pas suspect, car dès dix heures du soir il avait envoyé une dépêche au maréchal Soult pour lui apprendre cette grave nouvelle, commença par s'enquérir de l'état de l'armement. Sur la réponse du maire, que l'on avait trente fusils dont cinq seulement pouvaient faire feu et pas une cartouche, Gazan conseilla à ce foudre de guerre de se tenir tranquille *.
D'ailleurs, on ignorait encore si Napoléon prendrait la route de Grasse ou la route d'Aix. I n homme envoyé aux nouvelles à Gannes rencontra lavant-garde à mi-chemin. Cambronne, devinant un espion, l'interpella: « — Vous m'avez l'air bien fatigué, mon ami. N'allez pas plus loin. Je vais vous dire tout ce que vous cherchez à savoir. » Gela fait, le général pressa le pas et devançant son peloton entra tout seul à Grasse. On se mit aux fenêtres ; quinze cents personnes
l. Cf. Lettre prenl»-»- «lu marquis «le ftivtëre. Peyrusse. 5*1. Lai». ni.-. :* Monier, 1<>»>. Montli<>l«»n. II. >'.». Traditions l«>«*ales rapportées par M m. phen Lieireard, La eût*- d 'Azur, U,i.
i. <in7;inau maire de finisse, l.r» ai'dt: au ministre «le la yueriv, (0 août hr.ssi.'r «le (iarin. Areh. (,u»tpv i.f. H..ulhilli« r au ministre de la trurmi . .l.-c. <>»<( . — La lettre «le Cta/an :• Soult. tirasse. :t<- février ■n>\ to|lt,i. i'"» «lu s«>tr. existe » •iraletuent au dossier «le Ga/an. Tel <>tail le tr.»uMe iu -. lierai «pu l'a datée : le février au lieu «le : t« mars.
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« beaucoup de vieilles têtes et de rubans blancs », «lit pittoresquement Cambronne — furent bientôt réunies sur le cours et sur la place du Clavecin. Le maire demanda à Cambronne au nom de quel souverain il faisait des réquisitions; et celui-ci ayant répondu que c'était au nom de Napoléon, il répliqua : — « Nous avons notre souverain et nous l'aimons. » - - «« Monsieur le maire, reprit Cambronne, je ne viens pas pour faire de la politique avec vous, mais pour demander des rations parce que ma colonne sera ici dans un instant. » Bon gré mal gré, le maire s'exécuta. « Bien pourtant, dit plus tard Cambronne devant le conseil de guerre, n'était si facile que de me tuer, seul au milieu de toute la population. Il ne suffit pas de «lire : j'aime le roi. Il fallait le montrer. » Apprenant que h» général (lazan se trouvait à tirasse, Cambronne demanda à le voir ; mais (iazan avait fui comme à l'approche d'une bande île pestiférés1.
Napoléon s'avançait fort lentement, inquiet deeequi pntivait se passer dans cette ville de douze mille habitants. Près du village de Mouau. il s'arrêta en entendant des cloches et ne reprit sa marche qu'après avoir interrogé un roulier qui lui répondit que l'on sonnait pour un enterrement. Arrivé en vue de Crasse et instruit de l'agitation qui y régnait, il contourna la ville au lieu de la traverser et lit la grand'halte à environ une demi-lieue plus loin, sur le plateau «le Boccavignon s. D'ailleurs, il n'y avait pas que des royalistes a tirasse. Nombre de gens gravirent le plateau, apportant du vin pour les soldats et des fleurs pour l'empereur. La floraison des violettes était venue à propos, l'n vieil officier aveugle se lit conduire par sa femme et de-
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manda à l'empereur la permission île lui baiser la main. Napoléon l'embrassa. C'est au bivouac «le (ira»»* qu'il réentendit pour la première fois les Vive l'empereur ! des Français
De Cannes à Grasse, la colonne avait pris un chemin carrossable, d'ailleurs en fort mauvais état, qui servait à la poste. A Crasse, ce chemin s'arrêtait. Sur une étendue de vingt-cinq lieues, jusqu'à Digne oit aboutissait la route de Grenoble, on n'allait plus trouver qu'un sentier de montagne*. Napoléon réfléchit que le transport des canons, à supposer qu'on put l'effectuer, retarderait infiniment sa marche. Il se déci<la à abandonner son artillerie avec d autant moins de regret qu'il l'avait amenée pour imposer et non pour s'en servir. Il savait bien que s'il en était réduit à subir le feu de l'armée française, ce ne seraient pas quelques boulets qui le sauveraient. Les quatre pièces furent laissées à la garde île la municipalité de Grasse qui les envoya à Antibes comme un trophée. On laissa de même la berline réquisitionnée pour le trésor pendant la halte au golfe Jouan: Peyrusse chargea sur des mulets les sacs d'or et le> papiers de la trésorerie3.
La seconde moitié de l'étape fut très pénible. On marchait au bord de précipices, par des sentiers escarpés et couverts dciicigcoù un seul homme pouvait passer de front. « Notre petite colonne, dit l*iborde. tenait l'espace qu auraient occupé vingt mille hommes sur une route. » Les lanciers démontés avait-
!. jVynisso. *si îx.» I^lx-r-lr. 7'» Pr«-fVt Hasv>;-\!pos 5 S<>n!t. l>ijjT>< . 7 mar> Ai < h. r,<i»>rr«- Ù |t;ipp«>rt «lu prclcl maritime dV Toulon, «lu .» murs {Journal <lft h. ïxUt. lo mars .
S. I>t's 1f*oi. Uonapart»* a \ :nt <*r<i<>nti*' <pie l'on rendit cimissaMp la roui»i!<- «ir.issf a l'icm*. ni.inpiet >ur la >:\xW <l>* Ossmi. Mcu^ >> s instructionu";ivni«Mit pas «*t<,- • nt'«'^. P.txlant IVmpnv <'t tout*' l.n restauration. Ca»t • lin t »+* n«- l'u'ur<' pa> (-01111110 i. l.ii dans les Livres de l'-.slc et Itinéraire*.
:i. Kapp -rt pni-ilr du pr.fet maritime de Toulon, 5 mars. lYy russe, i" 'ti* », Ui. LalM>rde. *<>.
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calcul avec une peine et une fatigue extrêmes, emharrassés par leurs pantalons basanes, leurs éperons, leurs grands sabres, leurs lances, et portant en outre selle et brides sur les épaules. Le petit nombre des cavaliers <jue Ton avait pu remonter à Cannes avec des chevaux réquisitionnés, et à ( liasse avec les attelages l'artillerie n'étaient guère plus enviables, car pendant ce périlleux trajet ils «levaient marcher à côté de leurs chevaux. L'empereur cheminait aussi à pied, un haton à la main. Il tomba plusieurs fois. I n grenadier dit : « — Il ne faut pas que Jean de l'Kpée c'était un des sobriquets du Petit Caporah se donne une entorse : il faut qu'auparavant il soit redevenu Jean de Paris. « Après avoir repris haleine à Saint- Yallier, on atteignit, vers huit heures du soir, le petit village de Sernon. à \'M'A mètres d'altitude. La colonne avait fait un peu plus de cinquante kilomètres en vingt heures. Vax pays de montagne, une telle marche tenait du prodige. Mais Napoléon, qui voulait toujours frapper les imaginations, écrivit dans la relation du Moniteur qu'il avait fait vingt lieues dans la première journée '.
Le 3 mars, entre dix heures et midi, l'empereur arriva à Laslellane. Les autorités avaient été prévenues le matin par une lettre du maire de Sernon, qui annonçait la présence dans sa commune « de l'empereur Bonaparte avec une armée », et par ce laconique billet de Camhroiiuc au sous-préfet : « Monsieur, je vous prie de donner des ordres pour fournir de suite r» ,0041 rations de pain. o.OOO «le viande. .">,000 de vin. iO charrettes à quatre colliers ou 200 mulets de bât. S. M. sera à dix heures à Laslcllanc. — Haron tlambronne, général «le brigaile. major de la garde
l l.iU.r.i'-. *•>-"! iVxni»-', Muhi.-r. U t"' «If. Muit,,,,.
impériale»1. » Quoique» pou troublôs. car c'était la promiôro nouvelle.1 qu'ils eussent élu débarquement »lo l'empereur, le sous-préfet et le maire crurent «lavoir satisfaire à cette réquisition. Ils se mirent en mesure ele fournir les cinq mille rations et le plus grand nombre possible ele mulets et ele charrettes*. L'empereur les remercia, obtint eles passeports en blanc qu'il fit remplir aux noms du chirurgien Knierv. qui partit pour (ircnohlc. et ele Pons, qui partit pour Marseille, puis il annonça au sous-préfet qu'il le nommerait préfet dès son retour à Paris. On se remit en route et l'on prit gîte à Barrème fort avant élans la nuit. Cette nouvelle étape de iti kilomètres à travers le*s Alpes ne fut ni moins pénible ni moins périlleuse que celle de la veille. Il neigeait à gre>s flocons. I n eles mulets élu trésorier Poyrusse tomba élans un précipice e»t se* tua. 11 portait 30(1,000 francs on or. On no put retrouver que 203,000 francs. Les caisses s'étaient brisées. e»t près ele» deux mille napoléons avaient roulé au torrent ou se trouvaient éparpillés élans eles creux do rocher3.
La première nouvelle du elébare|uomont au golfe .louan avait été apportée élans la nuit élu l*r mar* au maire ele Fréjus par le brigaelier do gendarmerie*
!. Maire de S'TiH.n .1 main- de Castellane, i mars. Caiiibn.nne au pn - le t de Castellane. i mars Areb. liucrn'.i
i II est fort pou probable qu'un ail fourni la totalité de* mulets demand<-<. ear nous vivons par le Livre île <aiss<- de Peyruss,. Annexe* s»'* .pi'on n'a- • beta pendant tout I»* voyage <|u<- vinirt mulets. Peyrusse, il est vrai, p-irt ii;nis ses i-oinpios des frais de transport. Sans doute un eertain nombre «b ntul«'ts furent seulement loue> pour -baque étape et renvoy .-s ensuit.leurs < ondii' teurs.
i. Pn fet «l.-s Hassf>s-Alpes à pn-fet de l'Isère. 4 mars : a Soult, : nur- An li. «iuern- Peyrusse, **.»- *a k. Interrogatoire d Kinery -Dossier de Mareband, An h. c.uerre.,