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VII. Le commandement : Les généraux

Au retour de l'île d'Elbe, l'cmpeieur n'avait plus trouvé sous les drapeaux que 210 000 hommes environ '. S'il se fût senti la toute-puissance de naguère,

1. La situation générale au 15 janvier 1815 (Arch. Guerre) porte 205 766 officiers et soldats, dont 8 350 aux hôpitaui et 1 340 en recrutement et détachés. 11 faut

il eût recouru, pour doubler l'armée, à une levée extraordinaire sur les classes de 1806 à 1814, au rappel de la classe de 1815 et à l'appel anticipé de la classe de 1816. Mais il hésitait, à peine ayant repris la couronne, devant une mesure aussi impopulaire que le rétablissement de la conscription abolie par Louis XVllI. Il avait donc pour seules ressources la rentrée dans les corps des soldats en congé limité et illimité elle rappel des nombreux déserteurs portés sur les états de situation comme « absents sans permission». Les hommes en congé de semestre s'élevaient à 32 800 S les déserteurs à 85 000 ^ On pou-

défalquer de ces 205 766 hommes 3 546 officiers et soldats des régiments suisses et des !<"■ et 2« régiments étrangers, (I^a Tour d'Auvergne et Isenberg), que Napoléon fui dans la nécessité de licencier. Restait donc 202 220 hommes. Mais l'armée avait été augmentée de 7 000 ou 8 ÛOQ soldats rentrés dans les corps postérieurement au 13 janvier, en vertu du rappel ordonné en novembre 1814. (Les opérations de celte levée, qui devait être de 60 000 hommes et qui en donna à peine 35 000, continuèrent jusque vers le 15 février. 1815, I, 106-107.) Quant à ceux des rappelés qui avaient rejoint, du 13 au 20 mars, les chefs-lieux de départements, conformément à l'ordonnance royale du 'J mars (1815, 1, 331), il n'y a pas à les compter ici, car au 20 mars quelques centaines d'entre eux, à peine, avaient été incorporés.

La Maison militaire, la gendarmerie, les vétérans, etc., ne sont point compris dans ces 210 000 hommes.

Je cite la situation du 13 janvier par la bonne raison que c'est, avec celle du 1°' janvier, la seule authentique qui existe pour l'armée royale en 1813. La situation des Archives nationales (AF*. IV, 1153), qui porte faussement la date du 15 mars, est manifestement postérieure au 5 avril, puisqu'il y est fait mention de décrets impériaux du 2 avril et du départ pour Lyon de la division Girard (4 avril).

Napoléon [Mém. pour servir à l'histoire de France en 1815, 19) porte l'effectif de l'armée royale, au 20 mars, à 149 000 hommes, et Charras {Campagne de 1815, I, 40) à 224 000 hommes. Je dis ici, une fois pour toutes, que je ne m'arrêterai pas à discuter les effectifs cités par l'empereur à Sainte-Hélène, ni ceux qu'a donnés le colonel Charras, Napoléon et Charras augmentant ou diminuant allernaliveraent le nombre des soldats, le premier dans l'intérêt de sa mémoire, le second dans l'intérêt de sa thèse. Les tableaux donnés dans la Campagne de 1815, écrite par Gourgaud. sous la dictée de l'empereur, et dans les Mémoires pour servir à l'histoire de France en 1815 sont en général de purs trompe-l'œil. Quant aux états de situation donnés par Charras d'après des copies à lui envoyées de Paris, ils présentent presque tous, je l'ai vérifié, de notables différences avec les originaux des Archives. Est-ce le copiste qui a mal copié ou Charras qui a mal lu?

1. Davout (Rapport à l'empereur, s. d., [25 ou 26 mars?] Arch. naL AF, IV, 1936) dit : 26 000, — Les situations portent 31 469, 32 884 et même 38 233.

2. Rapport précité de Davout à l'empereur. — La situation du l" janvier élève à 101503 le nombre des déserteurs; mais en janvier et février la levée des

vait compter sur la presque totalité des semestriers; déjà môme trois ou quatre mille avaient rejoint les dépôts, conformément à 1 ordonnance royale du 9 mars'. Mais parmi les 85,000 «absents sans permission », il fallait admettre qu'il y aurait beaucoup d'insoumis et aussi beaucoup d'hommes susceptibles de recevoir aux revues d'appel des congés définitifs, soit pour infirmités, soit comme soutiens de famille. Le maréchal Davout, ministre de la Guerre, estimait que le rappel des militaires de toute catégorie donnerait à peine 59 000 soldats-.

Le décret d'appel, préparé dès le 28 mars^, ne fut rendu public que le 9 avril. Il y avait à ce retardement des raisons d'ordre politique. L'empereur, qui s'efforçait alors par tous les moyens d'entrer en négociations avec les puissances pour le maintien de la paix*, craignait que la mise de l'armée sur le pied de guerre ne démentît ses protestations pacifiques. A l'égard de la population française, qui désirait si ardemment la paix, il se sentait contraint aux mêmes ménagements. L'Ouest s'agitait, le Midi prenait les armes ; dans le reste de la France, les royalistes travaillaient à détruire la popularité de l'empereur en

60 000 hommes, commencée en novembre 1814 et qui portait sur les hommes de celte catégorie, avait continué de produire son effet. Nombre d'hommes avaient rejoint les corps, d'autres avaient obtenu aux revues d'appel des congés défiilitifs.

1. l/ordonnanco du 9 mars, publiée le 12 mars, prescrivait aux militaires en congé de toute catégorie de se rendre les uns à leur corps, les autres dans les chefs-lieux des départements pour y être organisés en bataillons de réserve. L'empereur, qui ne voulait pas de ces bataillons de réserve (à Davout, 26 mars, Arch. Guerre, carton des lettres de Napoléon), rendit, le 28 mars, un décret abrogeant l'ordonnance royale du 9 mars et ordonnant à tous les militaires « ayant quitté l'armée pour quelque raison que ce soit » de rejomdre leur corps. Le décret ne fut publié que le 9 avril. Or, du 15 mars au 9 avril, 4000 semestriers environ avaient rejoint les dépôts.

2. Rapport précité de Davout à l'empereur. (Arch. nat. AF. IV, 193G.)

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