Napoléon, Corresp
4. 1815, I, 4-'*'*>44't, 450 et les notes (41 • édition et suivantes)
prédisant la guerre. Ce n'était pas le moment d'alarmer, de mécontenter tout le pays par l'appel des réserves. Au reste, Napoléon conservait encore une lueur d'espoir qu'il n'y aurait pas rupture avec l'Europe ^ Cette chimérique espérance diminuant d'heure en heure, il se décida à faire paraître le décret dans le Moniteiœ du 9 avril. Comme il le prévoyait, ce décret porta un coup à l'opinion. En quelques jours, la rente baissa de huit francs. La tristesse et l'abattement dominaient dans les campagnes. Les paysans, fort heureux en général de n'avoir plus à subir les vexations des hobereaux ni à redouter le rétablissement des privilèges et la reprise des biens d'émigrés, sentaient s'affaiblir leurs sentiments pour l'empereur à la pensée que son retour allait amener, sinon peutêtre une seconde invasion, du moins une guerre sans fin^
En raison du temps nécessaire à la transmission des ordres, àraffichage, aux délais légaux, les revues d'appel commencèrent seulement le 25 avril ^ L'opinion était si réfractaire à l'idée de guerre que parmi les rappelés eux-mêmes, tous cependant anciens soldats de Napoléon, beaucoup ne se présentèrent qu'afîn de faire valoir des motifs d'exemption ou de réforme. Il est vrai que, si un grand nombre de ces hommes avaient déserté en 1814 pour ne pas porter la cocarde blanche, un plus grand nombre avaient quitté les corps par lassitude des armes. Depuis une
1. Caulaincourt à l'empereur, 25 mars; au cardinal Fesch, 8 avril. (Arch. AfT. élr., 672 et 18ul.) F. de Ghaboulon,ilfém., I, 330.
2. 1815, I, 514-515, et les notes. — Les renvois au tome I de 1815 et à 1814 se rapportent aux 41' éditions et suivantes de ces deux ouvrages. Je dis cela une fois pour toutes.
3. Circulaire de Carnot, 9 avril. (Arch. nal. Fia, 31 Davout à Napoléon, l»' mai. (Arch. nat. AF. IV, 1936.)
année, ils avaient repris les travaux des champs et des ateliers, beaucoup d'entre eux s'étaient mariés; ils se trouvaient moins encore disposés à servir. Dans les départements à esprit royaliste oii les rappelés se sentaient soutenus par la population, les séances d'examen furent tumultueuses. On criait : «Nous ne partirons pas. Vive le Roi' ! » Craignant une insurrection dans l'Ouest, l'empereur autorisa plusieurs préfets de cette région à appliquer le décret avec de grands ménagements et môme à en suspendre l'exécution ". Malgré tout, la levée donna 17 000 hommes de plus que ne l'avait présumé Davout, peu enclin aux illusions^. Dans les premiers jours de juin, 52 446 rappelés avaient été incorporés, et 23 448 étaient en route pour rejoindre '*.
Les engagements volontaires, qui avaient été si rares pendant la campagne de France % s'élevèrent à plus de ^5 000^ Une ordonnance royale du 31 dé-
1. Corresp. des préfets, avril-juin. Rapports à l'empereur et à Fouché, mai-juin. Rapport de Davout, 11 mai. (Arch. nat. F. 3774, AF. IV. 1934 et 1936. AF. IV, 1947, AF. IV, 1939.) Corresp. générale, avTil-juin. (Arch. Guerre.)
2. Davout aux préfets de la Mayenne et de Maine-et-Loire, 28 avril ; à Bigarré, limai. (Arch. Guerre.) Rapp. de Davout à l'empereur, s. d. [10 ou 12 avril?] ebll mai. (Arch. nat. AF. IV, 1936.) - Aucune poursuite ne fut exercée contre les réfractaires ; les rappelés qui voulurent bien se présenter furent autorisés par certains préfets à entrer dans des corps déparlenientaux destinés à ne pas quitter le pays. Passé le 15 mai, il n'y eut même plus de revue d'appel.
3. « Il ne restera comme ressources réelles que 59 000 hommes », avait dit Davout. (Rapp. à l'empereur, avril. Arch. nat. AF. IV, 1936.) — L'évaluation de Davout fut même dépassée de plus de 25 000 hommes, si Ton ajoute aux 7G 000 hommes incorporés ou mis en route du 25 avril au 10 juin les 4 000 semestriers qui avaient rejoint les corps du 15 mars au 9 avril, et enfin les quelques milliers de rappelés arrivés aux chefs-lieux des départements du 10 au 2.j juin. (Les opérations du recrutement durèrent jusqu'après l'abdication.)
4. Rapport de Davout à l'empereur, 1 1 juin, (.\rcli. nat. AF. IV, 1936.)
82 560 rappelés avaient reçu des feuilles de route, mais 6 662 avaient déserté. De ces 82 560 rappelés, les uns provenaient des 8.5 ÛOO déserteurs de 1814, les autres de ceux des 32 ÛOO hommes en congé Limité et illimité qui n'avaient pas rejoint les corps antérieurement au 9 avril.